Samedi 2 octobre 2021 : des rencontres ont lieux
Des rencontres ont lieux
Atelier d'écritures du samedi 2 octobre 2021
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Célébrités
Le marché m’attend, bruissant, coloré, vibrionnant. La foule zonzonne dans les allées..
Il me faut du miel et des courgettes, ce n’est pas très contraignant, j’ai du temps pour flâner. J’aime scruter les passants. Ah ! Voilà un vieux monsieur distingué dont la barbe bien taillée m’évoque celle de Pasteur, allez savoir pourquoi. Je me plais aux rapprochements !
Mais un étal, inhabituel le jeudi, m’arrête : des livres d’occasion, ma passion. Et mon œil de prof bloque soudain sur un bel ouvrage : « La philosophie grecque », avec en couverture le buste de mon vilain et spirituel Socrate, mon idole ! « Vous aimez la Grèce antique ? » me demande le vendeur, plein d’espoir. Il a le même doux accent anglais que ma vieille amie Molly. Vision fugitive et déchirante de cette délicieuse demoiselle, morte à 100 ans. Il insiste : « J’ai aussi ce bel ouvrage sur les savants de l’antiquité. – Vous me feriez un prix pour les deux ? suggéré-je. - Allez, pour l’amour du grec, je vous offre une remise de 10%. ».
Je repars ronronnante, livres calés entre miel et courgettes.
Un autre étal, ou plutôt un tapis de vieux tableaux attire mon regard dubitatif. Mon ami Camille Seys m’a appris à apprécier les peintures. .Je le sens à côté de moi qui me souffle : »Laisse tomber, il n’y a pas dans ces croûtes la moindre petite tache rouge qui leur donne relief et vie. Laisse tomber, te dis-je ! pas de regret…» Si, regret de remettre en veilleuse le souvenir de ce docker devenu peintre, gouailleur et talentueux, conquis par Nicolas de Staël.
Mais bon, on n’est pas là pour faire de la culture, sauf maraichère ! Je vais acheter des petits chèvres en plus, tiens !
Claudine C.
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PLACE PIE
Sur le mur des halles, des plantes exubérantes maintiennent en équilibre leur rêve de forêt . Elles dominent une place Pie débordante. La vie y tournoie avec obstination. Voitures, rires, paroles, vélos, colères, fumées, bières, désirs se heurtent et se mêlent. Je suis là, attablée, dans de ce fouillis taillé dans une belle journée. Le serveur, interpellé de toutes parts, porte haut son plateau et fait son cirque entre les tables. Le temps d'un verre que d'univers se font et se défont en chaises éparpillées ! Six jeunesses radieuses rient ensemble. Une femme énergique mène une discussion assidue, avec son portable. Un homme, seul, a les yeux vides. Une famille s'affaire, des petits plein les bras et la poussette. Deux sans âge, les yeux dans les yeux, s'excluent du monde. Un couple, plein d'ennui, se mure dans le silence. Mes yeux voltigent.
Une femme coquette sort des halles, s'arrête et remet en place sa ceinture. Ce geste, je le reconnais ! C'est celui que ma prof de français faisait si souvent en classe. J'étais en première, ses cours étaient passionnants. Elle avait cru en mes capacités et m'avait encouragée. Je souris au souvenir de cette personne modeste et bienveillante. Une petite femme passe, sa silhouette m'évoque une de mes amies. Si son corps est affecté par ses 91 ans, ses pensées pétillent toujours de curiosité et d'humour. Elle maintient à flot avec détermination son projet d'écriture d'un deuxième livre et à nouveau je l'aide à en faire lever la pâte.
Au milieu de cette agitation brille une flaque d'immobilité. Un homme en barbe et redingote désuète est penché sur un chien. La covid vient-elle de matérialiser l'inventeur des vaccins salvateurs ? Il se lève et s'éloigne. Ce n'est pas Pasteur mais un hipster élégant tenant en laisse son dalmatien !
Un klaxon me ramène. Des piétons vont et viennent, leurs tenues estivales font danser les corps et les couleurs. Je devine les lignes de mires qui les tirent. Des véhicules en noir et blanc, à deux roues ou plus pétaradent en paquets drus et regards hirsutes. D'autres gonflés d'air affrontent le danger avec leur casque léger. Aucun n'échappe au courant malodorant canalisé par la chaussée. Un coup de frein brutal ! Toute la place se dresse dans un même cri. Un ballon traverse la chaussée un enfant dans son sillage. Tout se fige dans le souffle d'un ange. La mère hurle. Le drame se déchire. Leurs retrouvailles font battre nos cœurs à l'unisson. Une aile dénoue les amarres du temps. Les bruits reviennent. Nous nous congratulons les uns les autres. Nous retournons à nos habitudes, émus.
Le ballon, où est-il ? je le fixe. Il s'éloigne, suis-je la seule à le voir monter dans le ciel ? Non, j'entrevois un homme vêtu d'un manteau rouge et précieux qui le suit avec sa longue vue. Il a une allure fière et altière ! «Voici votre PAC-limonade ! » Je détourne les yeux et la foule des bus en profite pour avaler mon inconnu. Une esquisse de lune me remet à ma place minuscule de terrienne. Galilée, ou qui que tu sois, c'est promis, cette nuit je vais admirer la Voie lactée !
En attendant, je scrute l’œil globuleux d'un bus. Perché derrière son pare-brise, le chauffeur voit la ville de haut. Tous les passagers défilent devant lui sans le voir, si entouré et si seul ! Un vol feutré de pigeons plonge du dernier étage des halles, et rejoint la tour Jean le Vieux. Ils m'entraînent dans leurs méandres. Ils se posent devant la porte. Une femme vêtue de brocart en sort. Elle marche avec la prestance d'une reine. Marguerite d'Autriche traverse la place dans un grand recueillement. Elle sème une paix que ses neveux Charles Quint et François 1er feront voler en éclats dès qu'ils auront les rênes du pouvoir. Quelle classe ! Je ferme les yeux, elle disparaît.
Un couple passe, il a les yeux si bleus, « Jean, lui dit- elle, Comment est la guerre ? » « Marie, c'est une terrible boucherie ! » « J'ai aménagé un véhicule pour faire des radios, je repars pour le front avec mon aînée, elle a les connaissances mathématiques et le cran nécessaires. »
« Vous sauverez bien des vies ! Moi, on me demande de les détruire... »
Sur ma table, deux livres, un Giono et un sur Marie Curie. Je me lève, range mes ouvrages et me dirige vers le marché. Il déverse un flot incessant de gens masqués. J'avais oublié ! A mon tour je me couvre d'anonymat. Quand j'en ressors j'ai la tête qui tourne un peu. J'enlève mon masque, je me sens lasse, mon dos pèse une tonne. Je regrette les doigts de guérisseur de mon ostéopathe parti à la retraite, son cabinet était tout près...
Une mariée longe le conservatoire, elle traîne derrière elle des mécanismes enchevêtrés. Ses copines la suivent en ricanant. Un jeune homme maigre et triste la regarde. « Quel étrange enterrement de jeune fille ! Tu ne trouves pas Duchamp ? » « Laisse tomber Marcel, tu as tout l'art contemporain à inventer ! » Des adolescents les dépassent, ils portent des étuis de violons qui se balancent en cadence. Leurs têtes sont pleines de notes de musique.
Marie-Sol M. S.
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VOYAGES
J’arrive en avance à la gare avec ma valise métallique à roulettes. La grande porte vitrée s’ouvre sur un immense hall glacial, bruyant. Des gens se déplacent en tous sens : certains courent car ils sont en retard, d’autres marchent tranquillement car ils sont en avance, certains sont immobiles, d’autres s’impatientent. Le temps est leur maître.
Je lève les yeux vers le tableau numérique. Mon train est-il affiché ? Mais mon regard est attiré par des objets en mouvement bien plus haut : un mouton volant et un individu enrubanné sur une planche à clous semblent faire la course. Intriguée, je les observe : le mouton porte un sac de courrier, il me sourit, il a un visage humain ; je le reconnais … c’est Saint Exupéry !! L’homme sur la planche à clous, bien que frêle semble bien solide, il me sourit lui aussi … c’est Gandhi !! Que ces deux êtres sont lumineux et porteurs d’espoir. Lorsqu’ils disparaissent, je suis envahie par une grande chaleur et je me sens en communion avec tous ces voyageurs qui m’entourent.
Voilà que mon train est affiché, j’ai du temps devant moi, je vais acheter un en-cas (je n’ai pas voulu écrire sandwich). Je traverse le hall croisant des groupes de passagers. Ils sont en famille, seuls ou en couple ; ils ont des petits sacs ou de grosses valises. J’arrive à la boulangerie. Tiens, c’est Mlle Guillaumet qui me sert. Elle est toujours aussi longue, aussi âgée, aussi impressionnante. Et pourtant, lorsqu’elle se penche sur moi, elle devient douce, rassurante, encourageante, elle est belle. Ses viennoiseries me rappellent celles de la boulangère qui, un jour de pleine nuit, m’a adressé un « bonjour » salvateur. Je mange et je bois en regardant les voyageurs qui tirent leurs valises à roulettes bruyantes ou qui peinent à porter leurs sacs ou qui crient après leurs enfants qui courent de partout.
Je soulève le couvercle du conteneur à déchets. Quelle belle invention ! Merci Monsieur Poubelle !
Mon train est annoncé, je m’approche du quai. Quelques wagons déversent des passagers, d’autres en avalent. Certains sont heureux de se retrouver, d’autres sont malheureux de se quitter. J’entre dans le train entièrement repeint par Michel Ange. Quelle merveille de technique picturale, de délicatesse, de couleur, de clarté ! Je vais pouvoir me reposer illuminée par tant de beauté.
Je ne suis plus triste de partir. Je vais retrouver ma Mounette qui est toute à moi et qui, le cas échéant, léchera mes larmes.
Annie B.
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Hier est aujourd’hui
C’est un matin pluvieux et gris qui rend luisants les pavés de ma rue.
Je sors. Juste avant, à la radio, des chroniqueurs évoquaient avec nostalgie, le temps de la peine de mort pour le procès du Bataclan. S’est élevée alors, d’un coup, profonde et passionnée, la voix de Robert Badinter.
Dans la petite épicerie ou l’on fait toujours la queue, les clientes du matin, jamais pressées, en parlent, puis dévient sur l’éducation des enfants aujourd’hui, si permissive. Je ne dis rien et regarde dehors les écoliers tirant avec hâte leurs gros sacs à roulettes vers l’école, déjà fourbus. Je pense à mes années Montessori et à ma joie d’apprendre en toute légèreté.
Je ressors dans la rue sous une pluie fine et froide. En face, sous les parapluies, des gens attendent le bus qui les mènera vers la gare ; au milieu d’eux, vêtus de gris et de noir, se tient, haute et droite, une femme au boubou d’un jaune éclatant, un châle rouge écarlate sur ses épaules ; ses yeux sourient comme Lucienne la maman SOS de Bamako quand elle accueillait ses enfants de retour de l’école.
Le bus l’avale et je rentre dans la boulangerie toute odorante. Y déboule, en trombe, le clochard du carrefour au pantalon sale et troué, tenu par une grosse ficelle, pieds nus, semblable au François d’Assise de Joseph Delteil vu au festival d’Avignon, qui m’avait tant bouleversé. Je lui offre ma baguette, son sourire édenté et son odeur indéfinissable me poursuivent dans la rue.
Sur les pavés glissants, je trébuche. Un jeune homme noir me rattrape avec fermeté et douceur et m’accompagne sur le trottoir. Il ressemble étonnamment à Thomas Sankara, ce jeune révolutionnaire qui a semé l’espoir en Afrique, nous nous quittons en Moore, « Laafi Balla » , que Dieu te donne la santé !
Passe une jeune femme devant moi, son chignon blond croule en longues mèches dorées, indomptables ; elle tient sous son bras, pêlemêle, des partitions de musique ; je veux voir ses mains. Pianiste ? Oui, si semblable à Monique, ma cheftaine de guides adorée, disparue si vite.
En face, des jeunes s’invectivent et en viennent aux mains ; les passants les contournent prudemment ; insultes, cris, coups, j’y vais car je connais un des protagonistes, pas le moins agressif. Et je tente de me transformer alors en une sorte de Gandhi. J’ai peur mais ça marche. Ouf !
Je me mets à courir derrière le facteur avant qu’il n’arrive chez moi. Oui, j’ai enfin reçu ce colis du Chili tant attendu ! C’est un livre de poèmes de mon ancien aumônier de lycée, devenu travailleur social dans les bidonvilles de Santiago et aussi écrivain.
La pluie s’est enfin arrêtée et le soleil indécis pointe timidement, je m’assois à la terrasse du café des sports, caresse le paquet puis déchire d’un coup le papier brun et les timbres colorés. Je suis prête.
Anne- Marie B.
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Rencontre à l’Autre
Si on me demande dans quel lieu je me sens bien, quel lieu m’apaise et me réconforte, j’ai toujours la même image qui apparaît dans ma tête et dans mon cœur : la terrasse d’un café à Paris ! Seule….au carrefour de trois rues qui longent le cimetière du Père Lachaise.
Aujourd’hui, je me suis offert ce cadeau – j’y suis, là, au bord du trottoir, me laissant envahir par l’odeur et les couleurs de mon cher Paris, par ses bruits, sa foule qui ont baignés mon enfance joyeuse et libre.
J’observe, j’écoute sans but ni raison. Ma tête tente de se vider de mes petites préoccupations incessantes et futiles qui pressent mes neurones de petites choses inutiles. Autour de moi, ces gens, que pensent-ils ?
Quand soudain….
Madame, vous voulez ?
Je connais cette voix feutrée au léger accent de paix et d’épices colorées !
Je lève la tête.
Chandra !
Nathalie !
Chandra ! Que fais-tu là ?
Oh Nathalie, quelle surprise ! Attends-moi, je finis mon service et je te rejoins.
Chandra – celui qui avec sa famille a toujours su m’apporter des pensées d’apaisements, ces moments de sincérité, de simplicité qui font que le regard porté sur la vie devient, comme par magie, lisse et bienveillant. Une humanité, un cocon de paix….
Chandra revient, une bulle se forme autour de notre table, une bulle chaleureuse et duveteuse. Bonheur de se revoir. Partage de vie dans le respect, main tendue simplement, humilité réciproque, parler du Vrai, sans gêne, parce que c’est ainsi la véritable Amitié.
Il faut que tu viennes à la maison ! Khanti et Udara seront tellement heureux !
Khanti, cet être magnifique qui se bat chaque jour pour sortir de sa condition de femme sri lankaise. Femme douce et forte qui lutte pour exister…
Udara, mon petit prince, qui m’a appris l’amour de la différence, un « neveu » innocent de par son handicap, divin de part son don à l’exprimer.
Ho, Chandra ! Khanti ! Udara ! Mes amis qui sur cette planète Terre, savent offrir, à qui se présente à leur porte, toute la Sagesse qui est si souvent oubliée.
Appelle nous, Nathalie, viens vite nous voir !
Il part..
La bulle éclate.
Mais elle laisse dans mes yeux un nuage de mauve.
Je regarde les passants autrement.
Celui qui parle fort, celui qui déambule, le baladin, le sans-abri… Que pensent-ils ? que vivent-ils ?
Chacun a sa vie, sa carapace qui lui permet de marcher au milieu d’une foule sans se faire remarquer - sans avoir à oser dévoiler son jardin secret. Mais noyés dans cette marée humaine, ils ne peuvent empêcher leur regard de parler. Alors ils laissent les yeux baissés.
Nathalie D.
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