Samedi 6 novembre 2021 : votre conte est bon

Ah ! Ah ! Votre conte est bon :-D

Atelier d'écritures du samedi 6 novembre 2021

 

 

Vers  l’azur

 

A l’aube, elle descend l’escalier de service étroit comme un boyau sombre. Cheveux pales tirés en arrière, parka décolorée trop large pour ses maigres épaules, silhouette anguleuse et gracieuse à la fois. Ouvre la porte de service qui donne sur la buanderie, puis la cuisine, ses domaines. Au- delà, ça brille, de cire, de dorures, de lumières. Pas pour elle. Eux ne la regardent jamais, demandent, ordonnent, réprimandent ; secs et télégraphiques, voilà leurs échanges. Elle, demeure transparente. Elle fait tout : ménage, cuisine, lessive, repassage du petit matin à la nuit avancée.


On ne sait pas d’où elle vient, pas de famille, pas d’amis, pas d’amoureux.


Là- haut, sous les toits, dans sa minuscule chambre éclairée d’une seule lucarne, elle guette les nuages amis et les étoiles mouvantes. Et la nuit, elle part, elle vole pour de vrai, vers des pays lointains de glace ou de feu dont elle revient les yeux brillants, les joues en feu, transfigurée.


La nuit, elle pense aussi à tous les secrets qu’elle a trouvé dans la tête des gens qu’elle a rencontré, car en plus de voler et voyager très loin, elle possède ce pouvoir magique de pénétrer à l’intérieur des gens, dans leur tête et dans leur cœur et d’en repartir quand elle veut. Ces secrets parfois lui font mal mais il y a aussi de sacrées merveilles même dans la tête de ses terribles patrons.


Sur le dessus du vieux placard est posé son violon dans son étui qui brille. C’est son secret à elle. Elle en joue, la nuit sous la lucarne et pense au professeur de musique du 3ème, triste et beau, avec lequel elle aimerait tant jouer.
Dans ses rêves, elle virevolte en tutu blanc à n’en plus finir, dressée sur les pointes de chaussons de satin ou elle est Antigone sur une immense scène de théâtre, applaudie à tout rompre par un public debout ou une princesse scintillante, parfumée et poudrée attendant son prince charmant. 


C’est l’heure de sortir les poubelles. Matin frais et hivernal. Au fond de la cour, derrière les bacs, quelque chose d’étrange se passe : c’est bien un pied humain qui dépasse. Elle pousse les hautes boites de plastique jaunes et vertes. Recroquevillé à même le sol, un vieillard au teint sombre, vêtu de haillons malodorants dort profondément. La cour est déserte, elle s’approche, le secoue doucement, il est froid et raide. C’est sûr, il est mort.
Crier au secours, appeler la police, certes. Mais avant tout, elle sait ce qu’elle doit faire. La voilà qui s’élance vers le 7ème étage sans ascenseur de sa chambre, en redescend, en un éclair, avec sa meilleure couverture, celle qui a la couleur du ciel et en couvre le vieil homme, l’enroule dans le bleu. 


Puis elle disparaît dans le jardin de l’immeuble ou le jardinier, de bon matin, taille haies et massifs. Elle ressurgit les bras chargés de fleurs multicolores et odorantes dont elle parsème le linceul couleur de ciel maintenant étendu au milieu de la cour.
Et soudain, le professeur triste et beau et ses élèves sont dans la cour avec leurs violons et le sien vole de la lucarne jusque dans ses bras. Il y a un grand silence puis, crescendo, la cour s’emplit des sanglots des violons parfaitement accordés suivis d’une sarabande joyeuse et endiablée. Tous les voisins sont aux fenêtres et se précipitent dans la cour en dansant et tapant des mains.


Ensuite, elle prend le vieil homme sur son dos et prenant son élan au-dessus des poubelles, s’envole vers le pays de soleil du vieil homme inconnu vêtu d’azur. 


Anne- Marie B.

 

 

ESPOIR


Il était une fois…. une forêt dense et majestueuse.
Il était une fois …des arbres dont les racines s’enchevêtraient pour se parler, partager, s’entraider, pour continuer d’exister.
Il était une fois une clairière, une clairière faite de mousse et de feuilles séchées.
Au milieu de cette clairière trônait un chêne, immense, dont les branches s’étendaient au dessus de toute  la clairière et très haut dans le ciel.


Au cœur de cet arbre, il y avait un nid tout chaud et très doux, rempli d’amour et d’empathie : c’est là que vivait Mauveline, petite fée qui répandait au-delà de ce territoire protégé son humanité et son humilité.
Chaque jour, à travers la sève de son protecteur, elle distillait un élixir bienveillant que les autres arbres drainaient de par leurs racines dans tout le royaume afin que règne la paix.


Partout dans le royaume, les hommes étaient heureux et fraternels : le respect et l’écoute de l’autre rendaient leur vie radieuse.


Mais un jour, le foudroyant esprit Egocentre apparut. Glacial, puissant et manipulateur, il décida de conquérir ce lieu magique en  transformant les douces pensées collectives et altruistes  en individualité nombrilistes et intéressées.
De part son pouvoir maléfique, il rendit plus difficiles les cultures, appauvrissant chacun. Les hommes se mirent à garder chacun se qu’ils produisaient, verrouillant leur grenier et » barbelisant » leurs terres.
Si un voisin criait famine, l’autre le faisait taire. Si un enfant mourrait de froid, on considéra vite que c’était une bouche de moins à nourrir.
Du troc, l’argent fut mis en place et les plus pauvres devinrent esclaves des plus riches qui les exploitaient pour quelques écus.


Mauveline ressentit vite l’angoisse chez ses congénères. Leurs racines se recroquevillaient afin de les protéger car eux aussi étaient en danger : Maître Feu, puissance nouvelle du royaume, faisait couper chaque jour plus de bois pour le vendre aux peuples éloignés.
La petite fée produisait autant d’élixir qu’elle le pouvait mais sa quantité ne suffisait pas pour lutter contre Egocentre. Elle devait trouver des alliés.


A la lisière du bois, il y avait une ferme : la Roubinette.


Mauveline savait que là vivaient un couple et leurs enfants, combattants du bonheur. Il fallait leur envoyer un message. Elle mit toute sa chaleur braise dans une nouvelle potion qu’elle pulsat par les galeries souterraines  jusqu’à un figuier géant.
Un matin, l’homme partit à son champ mais, alors qu’il approchait  du figuier, il découvrit avec immense tristesse que ce dernier pleurait des larmes de sang. Le message était clair : la souffrance des peuples et de Dame Nature refaisait surface, il fallait battre tambour et réagir !


A la Roubinette, voisins et amis furent vite rassemblés.
L’homme prit la parole :
Dame Nature pleure sa peine, mes amis ! Nous sommes en train de nous déchirer au profit de la richesse et de l’individualité. Si nous n’arrêtons pas d’appauvrir et assécher notre terre, nous assécherons nos âmes. Nous ne sentons déjà plus cette chaleur distillée par nos arbres qui réchauffait nos cultures et nos cœurs : tout est maintenant glacé ….Montrons à ceux qui « s’empalissadent » qu’ouvrir sa porte et partager , travailler ensemble et s’entr’aider permettra à tous de vivre sans problèmes trouvés.
Dans la forêt vit une fée, elle ne peut plus brumiser son espoir, les racines le bloquent, les arbres s’en emparent. Allons la retrouver, aidons Mauveline à soutenir les cœurs fragiles à résister.

 

Dès le lendemain matin, hommes et bêtes se mirent en marche. A chaque pas, la forêt ouvrait ses branches pour mieux les laisser passer. 
Arrivés au pied du grand chêne, ils s’assirent et attendirent dans le silence que Mauveline apparaisse. Soudain une pluie de coton et de duvet scintillant les couvrit de chaleur et Mauveline sortit de son cocon.
Bienvenue à vous, Esprits libres, Esprits riches d’Amitié, vous avez su comprendre mon appel au secours. Egocentre a pollué notre peuple de son avidité, les hommes rivalisent d’égoïsme, ils ne réfléchissent plus, ils ne savent plus regarder le mal qu’ils sont en train de créer. Il  faut les aider avant que cœurs et terres soient mortifiés.
Je peux vous donner mon élixir de compassion et de paix. Si vous le répandez sur le sol du royaume, une pluie d’étoiles mauves émerveillera notre peuple et les sourires renaitront. Chacun regardera alors l’autre autrement et des mains se tendront.


Toute la nuit Mauveline travailla dans son antre, les hommes mettant en flacons la potion bienfaisante. Au petit matin, ils quittèrent la forêt remplis d’espoir.


A la sortie du bois ils commencèrent à arroser le sol assoiffé de liquide magique. Son parfum embauma l’atmosphère qui se transforma en une nébuleuse fantastique. Le monde s’arrêta pour admirer, les cœurs se remplirent de bonheur et d’amour , les yeux de chacun souriaient à l’autre : vivre ensemble un tel moment….cela faisait si longtemps…
Egocentre  souffla sa « gristesse » mais le scintillement des étoiles et des yeux eurent bien vite mis à mal cet air nauséabond impulsé.
Une envie de reprendre en main leur terre et leur bonheur se fit ressentir aux  tréfonds de chaque corps.


Depuis ce jour, dans le royaume, à chaque moment de doute ou de pointe de sel au milieu du sucré, on se rassemble à la Roubinette au pied du figuier.


Nathalie D.

 

 

Un grand bonhomme

 

Voila une histoire qui passe d’oreille en bouche, puis de bouche en oreille, elle a fait le tour de la planète ..


Dans un joli endroit de la Terre vivait et respirait un grand bonhomme.
Mais alors très grand, très robuste.
En fait, comme disent les enfants de 5 ans, c’était un ancien marin. Un vrai, un pur, un authentique marin avec tout ce qu’il faut pour faire un vrai grand marin comme on aime à l’imaginer.
Pas très vieux, plus très jeune, mais avec un regard pétillant et joyeux, parfois naïf.
Des yeux d’un bleu délavé bien sûr, comme les milliers de vagues qu’il a dû aborder dans sa longue vie de marin.
Comme on peut s’y attendre, il était invariablement vêtu d’une veste de grosse toile élimée, sans couleur, et une pipe perpétuellement en extinction était fichée au coin de ses lèvres.
Lorsqu’il souriait, ce sont d’impeccables dents blanches qui s’affichaient dans une barbe fournie et rousse, bien entendu, quoiqu’elle s’éclaircissait depuis quelques temps de poils blancs.


Il pourrait paraître ordinaire notre marin, mais pas du tout, car il cachait deux atouts majeurs.
Une voix forte, si forte, si belle, si juste, si profonde que lorsqu’il entonnait de grands airs d’opéra comme le Chœur des Esclave de Nabucco (sa passion) on pouvait l’entendre loin, très très loin, par toute la Terre en fait. Et tous ceux qui reconnaissaient son chant magnifique se trouvaient apaisés et réconciliés.
Son autre particularité n’était pas moindre non plus. Il avait en effet la capacité de s’inviter dans la pensée des gens, et de surcroît, de percevoir leurs réponses et leurs humeurs. 
Un peu comme un téléphone portable qui n’aurait pas besoin de chargeur, ni d’abonnement, ni de forfait, ni de 4 G.


GrandOgreGentil, puisque c’était son nom, avait dû quitter il y a quelques temps son bateau chéri.
Les poissons se faisaient rares, il répugnait à dévaster les mers des espèces en risque d’extinction, 
Et puis le Brexit avait considérablement compliqué les relations entre pêcheurs. Et les conflits c’était pas son truc, alors..
Alors il avait préféré fabriquer une cabane en forêt avec le bois de son bateau décortiqué.
Comme ça non seulement il vivait encore un peu dans ce monde marin qu’il avait tant pratiqué et il n’avait pas ôté la vie à ses nouveaux compagnons de maintenant : les arbres.


Car, vous l’aurez deviné, notre homme est un peu sauvage.
Petite vie isolée donc. Une clairière entourée de chênes centenaires, un ruisseau tout proche pour pêcher quelques poissons et lui fournir l’eau nécessaire à son existence.
Le vent conciliant lui avait apporté suffisamment de graines pour qu’il mette en place son petit potager.


Un matin comme tous les autres, alors qu’il sortait de sa cabane pour étirer ses grands bras et chauffer sa voix (il avait en effet décidé de se frotter à un morceau réputé ardu de la Traviata) il vit avec stupeur une petite fille toute brune, toute décoiffée et la peau très mate assise dans sa clairière.
Elle semblait s’être assoupie d’épuisement.
Notre marin grand célibataire sans enfant devant l’Eternel se trouva bien emprunté mais décida judicieusement d’attendre le réveil de sa fillette.
Dès qu’elle ouvrit un œil, il la pressa de questions.
Mais quel est son nom, d’où vient-elle, que fait elle ici ?
Aucune réponse, la petite avait l’air autant étonnée que lui de se trouver là et n’avait rien compris.
Soupirant devant la barrière de la langue, Il prépara ce qui lui semblait être un bon petit déjeuner.
Las, celui-ci ne fut même pas gouté.


GrandOgreGentil fut alors distrait par un autre élément nouveau : une forte odeur de roussi envahissait l’ambiance fraîche de la clairière. Comme si un feu immense avait été allumé très loin.
Cela faisait beaucoup pour notre vieux loup de mer solitaire…
Il tentait de se rassurer en pensant : moi, de toutes façons dans ma clairière je ne crains rien…
Mais tout de même une petite voix intérieure lui disait que ces deux événements étaient peut-être les symptômes d’un changement profond et inquiétant et qu’il fallait se renseigner, même si lui ne risquait rien apparemment.
D’autant qu’il avait remarqué l’état de pauvreté de la petite fille qui avait certainement longuement marché avant d’arriver jusque là, comme pour fuir.
Et cette odeur de brûlé… inquiétante tout de même...


Il convoqua fortement son second pouvoir et se lança tous azimuts dans une recherche de connexion pour comprendre la situation.


Le captage fut excellent, mais les retours alarmants...
Des peuples entiers lui transmettaient leurs énormes difficultés de subsistance.
Les informations allaient vite, mais loin de le rassurer, elles finirent par installer un véritable chaos dans sa tête.
Certains émettaient à propos de la misère dans les mégapoles, du climat bouleversé, des disettes, de la sécheresse.
Il capta aussi à propos de conflits ethniques, de migrations, de pandémies, de feux de forêts infernaux, de pollution, des exactions aux droits de l’homme.
Que de dangers, que de misères sur cette terre il découvrait alors.
Il avait heureusement l’habitude d’affronter les flots fussent-ils aussi tumultueux.
Il canalisa alors mieux les arrivées et parvint à identifier les émissions.


Des gens du peuple, beaucoup. Mais aussi des savants, des scientifiques, des philosophes, des paysans, des médecins et même pas mal de dirigeants de nations, même s’il lui semblait que les pensées y étaient encore plus obscures.
Alors , comme l’aurait fait une super standardiste des années 50 il entreprit d’ établir des connexions entre tout ce beau monde .
Comme par miracle le paysan était relié au chercheur scientifique, le marchand d’armes au médecin humanitaire, le jeune étudiant au jeune ouvrier..


Les messages passaient, les gens se comprenaient. Cela pris un temps fou, bien sûr.
Il lui fallut bien souvent recommencer les mises en relations.
Mais bon, il sentit que les choses s’apaisaient et surtout, il s’aperçut que la fumée des feux infernaux avait disparu.
Quant à la petite fille, celle qui l’avait alerté en quelque sorte, elle avait été rejointe par toute une foule de jeunes de sa génération.
GrandOgreGentil avait ressenti la belle énergie qui les animait tous et il avait eu confiance dans cette jeunesse comme éclairée.
Tous s’étaient mis en marche, avaient pu changer un peu le monde. La catastrophe apocalyptique fut évitée de justesse cette fois.
Juste parce que GrandOgreGentil avait su faire communiquer les vivants, avait démontré les bienfaits d’une vie faite de plus de sobriété et de respect du vivant.
Et aussi parce qu’il faisait profiter le monde entier de ses chants magnifiques. Il maîtrisait maintenant Aida .


Il avait pressenti les bienfaits de la beauté.

 

Michèle A.

 

 

BLEU

 

C’est l’histoire d’une jeune femme vêtue de bleu. Elle a les cheveux courts, elle porte des bottes souples et une couronne de violettes sur la tête. Elle s’appelle Bleuette. Sur son épaule, se tient son amie la mouche tricoteuse.

Elle vit dans une maison bleue, lumineuse, posée au milieu d’une clairière entourée d’une grande forêt peuplée d’arbres bleu foncé. Elle aime le bricolage, chanter sous la pluie, faire des bulles, faire sauter les crêpes et surtout faire rire les enfants qui viennent jouer dans son pré.

Mais un jour, son père, qui vit au pays des idées reçues, des obligations et du paraître, lui intime l’ordre de trouver un mari et d’assurer sa descendance.

Elle ne se reconnaît pas dans ce profil. Elle aime les enfants, mais n’en veut pas. Elle aime les hommes, mais n’en veut pas qu’un seul.

Mais voilà que dorénavant, se présente un individu de sexe masculin différent chaque jour à sa porte. Elle tente de négocier, d’expliquer, de frapper, de chanter faux, de faire des grimaces, de bégayer … rien n’y fait, ils s’obstinent.

Son amie la mouche propose de tricoter une longue écharpe de toutes les couleurs pour les étrangler. Mais elle tricote lentement et le temps passe et la patience de Bleuette s’érode.

Les enfants, qui voient que leur amie est de plus en plus triste, veulent lui venir en aide. Ils décident d’aller trouver les araignées bleues. Celles-ci se mettent à tisser un grand filet bleu. Alors, les enfants y enferment les prétendants et les emmènent au fin fond de la forêt où vivent les animaux affamés. Enfin, il n’y a plus de visiteurs. Bleuette retrouve sa chère liberté.

Depuis, chaque après-midi, Bleuette s’assoit sur le banc bleu devant sa porte bleue, sa mouche sur l’épaule. Les enfants s’assoient à ses pieds sur le tapis bleu et elle leur dit les contes qu’elle invente pour eux :
- celui du chien qui craint les chatouilles
- celui du chat qui chante le blues
- celui de la chouette cuisinière
- celui de la biche esthéticienne


Annie B.

 

 

Le conte

 

Une cabane de rondins abritait sa massive personne au fond de la forêt. Rustique comme sa demeure, il était ventru, barbu, poilu. Ses grosses mains pouvaient faire des miracles, transformer la terre en statuettes baroques, le bronze en or, ou peut-être les crapauds en princes charmants ? Son regard brun pouvait être bienveillant ou glacial, selon son vis-à-vis. Il chantait parfois à tue-tête, de la belle voix grave des basses russes, avec pour seul public, au demeurant appréciateur, une chouette effraie, perchée près de l’âtre, qui ululait de concert en faisant pivoter sa tête à 180°, surtout quand il entonnait « Etoile des neiges », son cœur amoureux glapissant de bonheur !


Les gens du village, qu’il fréquentait peu, le tenaient soit pour un sauvage talentueux, soit pour un inquiétant sorcier. Ils le craignaient, mais recouraient parfois à ses conseils. Lorsqu’il descendait au village s’approvisionner, le feutre vissé sur sa toison hérissée, il racontait au bistrot, après quelques verres, d’étranges histoires qui faisaient peur.
Un soir d’orage (car les contes utilisent rarement le beau temps, avez-vous remarqué ?), alors que les  éclairs incessants ourlaient la cime des sapins, on vint toquer à sa porte. Une femme du village, échevelée, en pleurs, transie d’angoisse, lui expliqua le drame survenu d’un coup : une maladie subite et inconnue venait de frapper les enfants du village : ils toussaient fort, fiévreux, la respiration difficile, et tombaient dans le coma.


« A l’aide, Smurf !» (car c’est Smurf qu’il s’appelait).
Devant cette brutale épidémie, notre ermite poilu se prit à réfléchir intensément. Comment contrattaquer ce virus aussi foudroyant qu’imprévu ?
Son visage s’éclaira soudain, il entrevoyait un remède. Une solution herboriste. Trouver et infuser des clochettes bleues détoxifiantes ! 
Oui, mais où ? La nuit ? Sous l’orage ?


Il expliqua à la femme qu’il partait sans retard rechercher ces fleurs bienfaisantes et la laissa près d’un feu réconfortant. 
Ses bottes pointure 48 enfilées, il sortit dans la tempête, non sans remarquer qu’un homme attendait prudemment dehors, à la porte, sans doute le mari. Et muni d’un grand panier, il partit vers la forêt. On n’y voyait goutte ( si l’on peut employer cette expression sous l’averse). Un aboiement rauque plutôt proche l’alerta. Un loup hydrophile ? Alors qu’il avançait d’un pas précautionneux (mais pas assez) dans l’obscurité d’un taillis, « clac », une vive douleur étreignit sa cheville. Le loup gambadait mais lui était prisonnier d’un piège qu’il lui destinait ! Au cri puissant qu’il avait poussé, une ombre le rejoignit. Alerté, le mari, forgeron providentiel, eut tôt fait de desserrer le piège (refermé ensuite avec précaution) et dégager le pied ; la botte, aussi épaisse que le mollet de Smurf, avait amorti la prise, Smurf boitillait à peine. 


Tous deux reprirent alors la recherche de la plante magique. Peu après un autre « clac » et un hurlement leur apprirent que, reniflant leur trace, le loup à son tour s’était fait prendre.


Mais où donc était cette plante ?? Smurf eut recours aux grands moyens : il siffla à pleins poumons « Etoile des neiges » et dans les minutes qui suivirent la chouette  voleta vers eux (vous ai-je dit qu’elle se prénommait Ulula ?), avec ses compétences nocturnes. Comme à un chien bien dressé, il  ordonna alors : «  Ulula, cherche, cherche la CBD ! ». Bientôt un ululement triomphant indiqua sa trouvaille dans un pré plutôt voisin.


Cueillette fut faite, tisanes furent infusées, enfants furent guéris.

 

Claudine L.

 

© Photo & dessin original Claudine Laurent : Smurf !

 

 

Un  Amour  de  Lutin


Il vivait seul au bout du village, à l'orée de la forêt, dans une maison en pierres au cœur froid où tout était de même, en pierre, même les chaises, même son lit, et jusqu'au toit de sa maison, et c'était un comble pour lui, car il était charpentier.
Compagnon du devoir, compagnon de tous mais de personne en particulier.
Son métier lui avait pris une main, il était manchot et triste.
Sa main n'avait jamais été retrouvée.
Ses très longues jambes lui permettaient d'enjamber les clôtures sans passer par les portails, et c'était bien pratique de ne pas faire de détour quand il ramenait de la forêt des poutres qu'il portait sur ses épaules. Bien que frêle, il était très fort, mais quand même.

 

Il n'avait aucune notion du temps, pour lui le temps devait être à l'aune de l'éternité puisque tout dans sa maison était comme fossilisé, puisqu'il n'y avait que pierre là où on aurait dû trouver du bois. Ou bien, pour lui, le temps s'était arrêté, un jour de mélancolie, le sablier de sa jeunesse s'était entièrement vidé, mais il gardait l'apparence d'un vieux jeune-homme, même ses cheveux, noirs comme du charbon, s'étaient arrêtés de pousser.

 

Il vivait très peu chez lui, il vivait pour l'essentiel, sur les toits, y travaillant et y passant même ses nuits. La nuit venue, il choisissait un toit, enlevait quelques lauzes et s'allongeait sur la charpente où il s'endormait contre la chaleur du bois. Au matin, il remettait les lauzes en place, et retrouvait son atelier, ou la forêt, ou d'autres toits.

 

Un jour le village fut en grand émoi.
Une maison s'était mise à brûler.
Comme ça, sans raison.
Le conseil municipal se réunit autour du maire au pied de la maison dont le toit n'était plus que cendres.
Mais au bout des palabres, tout le monde se mit d'accord pour dire qu'ils ne comprenaient pas ce qui s'était passé.
Puis, un autre jour, un autre toit brûla, et quelques jours plus tard un autre encore.
Il fut décrété qu'un lutin facétieux et irresponsable était justement, responsable de ces incendies !
Et comme ce n'étaient que des charpentes qui brûlaient, il fut décrété que c'est le charpentier qui devait trouver et arrêter le lutin criminel.
Ce devait être facile pour lui qui vivait essentiellement sur les toits !
Mais où trouver un pareil lutin ?
Les lutins vivaient soit dans la forêt qui entourait le village, soit dans la montagne qui le surplombait, soit dans la rivière qui passait au pied.

 

Le charpentier se prépara, et un beau matin de bonne heure, il enjamba la clôture de son jardin, et partit vers le cœur de la forêt, là où il ne s'était encore jamais aventuré.
Mais plus il avançait et plus un brouillard s'élevait du sol et s'épaississait.
Assez rapidement, le charpentier ne sut plus du tout où il était, ni comment s'orienter.
Par bonheur, en bon Compagnon qu'il était il savait voyager, il avait emporté un bocal rempli de vers luisants, et ceux-ci se mirent à briller furieusement dans les ténèbres menaçantes.
Comme chacun le sait, dans les ténèbres, on ne trouve que ce qu'il y a au fond de son cœur, que ce qui est vrai.
Une jeune fille apparut. Elle portait un manteau fait de flammes.
Le charpentier s'avança vers elle à grands pas, car ses jambes étaient si longues, mais plus il s'approchait d'elle plus elle reculait. 
Il la suivit longtemps.
C'est ainsi qu'il se retrouva devant sa propre maison.
Et sitôt sorti de la purée de pois de la forêt, la jeune fille disparut.
Mais pas de lutin en vue.

 

Le lendemain, ne se décourageant pas, le charpentier enjamba la clôture de son jardin et partit dans la montagne.
Quand il arriva tout en haut, il faisait nuit noire et il neigeait à gros flocons, tout était blanc partout.
À nouveau, le charpentier était perdu.
Il ressortit son bocal de vers luisants, et à nouveau, une jeune fille apparut, la même qu'il avait suivi dans la forêt. Cette fois elle portait un manteau de neige et dans ses bras nus il y avait un fagot de bois. 
Le charpentier l'appela, mais pour toute réponse elle se laissa glisser sur la neige vers la vallée, il la suivit en bondissant facilement dans la haute poudreuse, car ses jambes étaient si longues, et il rattrapa la jeune fille au moment où elle arrivait à nouveau devant sa maison.
Et comme il faisait jour alors, la jeune fille disparut, mais un feu brûlait dans la cheminée de sa maison.
Ceci dit il n'y avait de lutin nulle part.

 

Le lendemain, le charpentier enjamba la clôture de son jardin et descendit à la rivière.
Elle était gelée.
Il s'assit dans la neige au pied d'un arbre sans feuilles et attendit que surgisse le lutin, regardant, épiant tout mouvement.
La nuit venue, il déposa sur la glace de la rivière son bocal de vers luisants.
Et voici ce qui arriva : les vers luisants firent tant de lumière qu'elle réchauffa et fit fondre la glace.
Le charpentier attrapa son bocal qui flottait, et quand il se pencha au-dessus de l'eau, au lieu d'y voir sa propre image, il vit le visage de la jeune fille qu'il avait suivi dans la forêt puis dans la montagne.
Il comprit qu'il était inutile de chercher un lutin, il ne le trouverait pas, une jeune fille inconnue hantait son esprit comme une promesse, il sut dans son cœur ce qu'il devait faire, il rentra chez lui et attendit.

 

À quelques jours de là, une troupe de marionnettistes vint à passer dans le village, c'était un théâtre de marionnettes à main. Une troupe était beaucoup dire, il n'y avait qu'un père et sa fille.
Tous les villageois se réjouirent, et dans un concours de buée sortant de leurs bouches, ils vinrent voir la représentation.
Les marionnettes qui jouaient la pièce étaient : un vieux général d'infanterie, une vieille dame, un jeune homme timide et une belle jeune fille.
Mais ce jour-là, une marionnette de  lutin malin s'était glissée toute seule dans le spectacle, semant la panique.
Bataille ! Cria le vieux général d'infanterie au bout de la main du père, bataille ! Cria le jeune homme pas si timide en fin de compte au bout de son autre main. 
C'est le charpentier qui comprit tout de suite que ce qu'il se passait n'était pas prévu dans le spectacle, il se précipita, attrapa la marionnette, la fixa au sol, enfila son moignon dedans, et se releva en la brandissant d'un air victorieux.
Ainsi le lutin criminel était enfin pris, tout le monde vint féliciter le charpentier alors que le père marionnettiste se grattait la tête en disant « je ne comprends pas du tout ce qui se passe ». 
Mais la fille du marionnettiste, elle, n'avait d'yeux que pour le charpentier, elle était troublée par ce jeune homme souriant mais qui portait en lui tout ce temps arrêté.
Et le charpentier reconnut alors la jeune fille de la forêt de la montagne et de la rivière.


C'est alors qu'il sentit au bout de son moignon, des doigts bouger, ses propres doigts, comment était-ce possible ? Il avait perdu sa main depuis si longtemps.
Et chose tout aussi extraordinaire la marionnette lutin se mit à lui parler « Un instant d'inattention a suffi pour me séparer de toi, à quoi pensais-tu alors ? Que demandait ton cœur ? Tout le monde disait que tu avais des mains de magicien, mais ta vie était vide, Il m'en aura fallu du temps pour te retrouver, il m'en aura fallu du temps pour la trouver elle et te l'amener. Que croyais-tu, en faisant brûler les toits que tu avais construit ce sont les feux de l'amour que je voulais te montrer. Et puis tu auras bien besoin de tes deux mains pour prendre la jeune fille dans tes bras. Maintenant, j'en ai assez fait je crois, à toi de jouer petit père ! ». La marionnette devint toute flasque, et le charpentier en ressortit une main intacte.
Il regarda la jeune fille qui le regardait toujours fit trois pas de ses longues jambes, mais elle ne s'enfuit pas, elle l'attendait.
Ce qu'ils se dirent, allez le demander, à la forêt, à la montagne, et à la rivière.


Toujours est-il que le charpentier ramena la jeune fille chez lui, où depuis il fait toujours bon, où les chaises et le lit sont de nouveau faits en bois, et où aussi, sur la cape d'une cheminée, à côté d'un bocal de vers luisants, trône une marionnette de lutin endormie.

 

Jean-Pierre C.

 

 

INDIGO

 

C’est un matin plongé dans l’eau de tous les matins du monde. L’œil du jour caresse de sa lumière les rondeurs d’un cocon. Là dort encore le bel Indigo. Il rêve qu’il vole. C’est son rêve de l’aube. Ses yeux fermés maintiennent la forêt dans l’obscurité. Pas une forme, pas un bruit, pas une vie ne palpitent sans lui.


Pourtant un pan entier de l’existence de sa chère forêt lui échappe. Il ignore tout d’elle pendant qu’il dort. Si des effluves de champignons pénètrent dans son sommeil, il les mêle à ses récits nocturnes. Parfois des cavalcades, brutalement interrompues, des cris franchissent les barrières de son sommeil, il les tire alors dans son inconscient et les perd dans le trou sans fond de l’oubli. A son insu une main délicate s’accroche à la margelle du puits et en ressort, incognito. Une fois dans la place, elle s’y promène sans laisser de traces. Nuit après nuit elle y creuse son nid. Indigo, aveugle en son logis, sent confusément un besoin nouveau grandir en lui.


Profondément immergé dans les couleurs de sa nuit il a du mal à s’en extraire. Les doigts du matin pianotent si bien sur ses paupières qu’enfin il s’éveille. Il ouvre ses yeux violets révélant ses pupilles rectangulaires. Les contours soyeux de son refuge, tout en haut du grand hêtre, surgissent du néant. Indigo est enroulé dans une toile miroitante. Les rayons du soleil la font scintiller de toutes parts. Il se redresse et façonne sa longue chevelure transparente en un chignon débordant. Il est nu, sa peau d’un bleu sombre fait ressortir les galbes de son corps, petit mais très bien fait.


Il a soif, il a faim. Il se retrouve sur une terrasse tissée dans le même fil chatoyant que sa couverture. De longues échelles souples en descendent. Des tentures tissant feuilles et fils délicats délimitent toutes sortes d’espaces multicolores. Il boit et se lave dans le premier, des vasques tressées y récupèrent les gouttes de rosée. Dans le deuxième l’attend une incroyable garde robe. Ses vêtements ressemblent à des ailes de papillons tant ils sont fluides et nacrés. Sa peau sombre en fait ressortir toutes les nuances. Il enfile des bottes souples découpées dans la même matière. Il se glisse dans sa dernière terrasse où est dressée une table ronde, légèrement creuse. Des fruits cueillis la veille, des baies, du pain frais, des fleurs, des œufs composent son copieux repas.


Rassasié, il part explorer son territoire. Il court d’une branche à l’autre, s’aide des cordes translucides et réalise d’incroyables bonds. Indigo entend la forêt battre au rythme de son cœur. Des insectes bourdonnent autour de lui. Des oiseaux s’appellent de leurs chants. Des souris rejoignent leurs abris. La renarde allaite ses petits.


Il retrouve son instrument favori. Des fils sont tendus entre deux branches en forme de lyre. Il prend son élan et s’y lance. Les vibrations se répercutent dans tout son organisme tandis que le rebond le chasse. Il recommence jusqu’à n’être plus qu’une caisse de résonance. Un peu sonné, il se repose un peu, très peu.


Le voilà sautant d’arbre en arbre, de corde en corde vers les eaux de son lac. Il y entre en un plongeon silencieux malgré la hauteur de sa branche d’appui. Il glisse sous l’eau avec l’aisance d’une longue habitude. Quand il en ressort, un large sourire illumine son jeune visage et une carpe frétille dans sa main. Allongé sur l’herbe il laisse le soleil sécher son corps. Il est heureux. Oui, heureux ! Les jours coulent sur lui, toujours les mêmes, toujours différents, toujours pleins. 
Le temps passe, Indigo ignore qu’un grain de poussière maléfique est en train de perturber les rouages de sa vie. Par touches infimes la solitude commence à lui peser. Autour de lui tous les animaux, tous les insectes, même les végétaux s’accouplent et enfantent. Tous sauf lui. Il n’a aucun de ses semblables avec qui parler et partager son quotidien. Personne à protéger, pour qui frémir. Personne à caresser, à aimer. Alors ses cheveux se mettent à pousser de plus en plus vite... 
Sa magnifique forêt enchantée de lumière au milieu de ce lac sans fin brille, de plus en plus. Peut-être un peu trop. Tant de fils, tant de terrasses l’ont envahie. Indigo n’arrête pas de tisser des objets tous plus beaux les uns que les autres. D’abord fort utiles ils ne sont plus là que pour le plaisir des yeux. Maintenant ils s’accumulent et finissent par encombrer toute la forêt.


Indigo est dépassé. Que faire de cette masse de cheveux qui ne cesse de pousser à outrance. Cette manne est en train de se muer en malédiction. Il a déjà fui sa tribu à cause d’elle, il était devenu un mouton que tous voulaient tondre ! Son île, ce si beau refuge, à son tour devient invivable. Mais ses cheveux poussent toujours, plus vite que jamais !


Alors l’inévitable se produit, un vent aux bourrasques puissantes est le bras du malheur. L’instrument donne l’alerte. Les premiers courants de l’air secouent ensuite les milliers de fils suspendus dans la forêt. Des rafales brassent les branches comme des fétus de paille. La tempête déchaîne sa violence dans l’enclos des voûtes forestières qui répercutent le vacarme. Le cocon d’un Indigo paniqué est arraché et ballotté avant d’être projeté contre un tronc. Tout s’arrête.


Quand il revient à lui sa forêt n’est plus qu’un inextricable méli-mélo de nœuds et de végétaux torturés. Une journée passe, puis une deuxième. Il a faim, il a soif et tant d’autres vies sont dans la même impasse que lui. Sont-ils tous condamnés ? Il sommeille dans un état de faiblesse quand un petit cliquetis le réveille. Il a du mal à l’identifier. Il se concentre et comprend qu’il se rapproche. Mais il ne peut même pas tourner la tête. Il attend, inquiet. Une mort rapide est préférable à son sort actuel alors la curiosité l’emporte. Certains des bruits habituels de sa forêt réapparaissent peu à peu. Quand il aperçoit une souris s’enfuyant devant lui, un fol espoir le saisit. Il la voit grignoter un fil puis un autre. C’était donc ça qu’il entendait, merci souris ! Mais non, le bruit est toujours là. Il perçoit le déplacement d’un être bien plus grand qu’une souris. Il est là, derrière lui. Son odeur est suave. Son souffle effleure son dos. Toute sa peau frémit. Ses liens sont coupés. Il est libre. Il se retourne. Une jeune fille bleue comme lui mais avec des cheveux crépus, très courts, le fixe de ses grands yeux violets. Elle ne lui jette qu’un regard et continue, avec des gestes rapides, à tailler tous les nœuds autour d’elle avec ses cisailles.


Violine vient d’entrer avec fracas dans la vie d’Indigo. Grâce à elle la forêt va être libérée. Il faudra plusieurs semaines avant de tout dégager et nombre de rongeurs les aideront. Les voilà tous deux autour d’un feu, sur la plage, épuisés mais fiers de l’œuvre accomplie. Violine raconte son histoire. Cela faisait plusieurs lunes qu’une lueur mystérieuse était apparue à l’horizon. Bravant tous les interdits elle était partie seule, en barque. Naviguer ne lui faisait pas peur mais la tempête l’avait éloignée de son île et poussé vers celle d’Indigo.


Cette nuit là sera leur première nuit et les étoiles illumineront leurs jeux érotiques. Dans ses rêves Indigo découvrira enfin le visage de l’intruse de ses pensées : elle a les yeux et le sourire de Violine. 
Son cœur et son corps comblés, ses cheveux poussent moins vite mais Violine va faire bien plus que cela. Un de ses contes préférés racontait qu’un être merveilleux façonnait toutes les nuits les points brillants dans le ciel nocturne. Voilà un projet qui les ravit tous les deux ! Elle apprend à Indigo à crocheter avec ses cheveux de délicates formes d’étoiles. Ils s’amusent à en inventer des modèles toujours plus beaux et plus complexes. Et à chaque pleine lune ils les exposent aux lueurs de l’astre de la nuit. A leur réveil, ils ne sont plus là.


C’est ainsi qu’ils façonneront les figures délicates des flocons de neige que le vent acheminera vers les nuages en partance pour les contrées du froid. Ils vivront heureux dans leur île et leurs descendants coloniseront les archipels alentour en continuant cet art délicat.


Cette surproduction de neige, des siècles plus tard, entraînera une nouvelle glaciation aux fâcheuses conséquences. 
Mais ceci est une autre histoire et je dois vous laisser là, car j’ai beaucoup à faire.


Marie-Sol M. S.

 

 

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