Samedi 15 janvier 2022 : Passer le temps

Passer le temps : variations éphémères

Atelier d'écritures du samedi 15 janvier 2022

 

 

Habiter poétiquement la terre

 

J'habite une terre en bouleversement, 
J'habite une maison sans mouvements 
J'habite dans ma tête des rêveries 
D une autre planète... 
jolie...
Ce lieu existe juste pour un moment 
Quelques samedis par mois, un temps 
De partage, de liberté d écrire 
Tout ce qu'on n ose jamais dire 
Je serai là pour t aider à créer 
Une autre terre poétisée. 

 

Nathalie D.

 

 

 

Neuf ans


Neuf ans et toutes mes dents.
L'amour à neuf ans.
La découverte du sexe de l'autre, 
des autres, 
que l'on touche, 
qui éveille quelque chose quelque part, 
on ne sait pas où, 
dans notre ventre notre sexe, 
mais pas seulement, 
des ramifications nouvelles, insoupçonnées, incompréhensibles, 
une connaissance à poursuivre.
Faire l'amour n'entre pas encore en compte à neuf ans, 
on joue on découvre, 
et comme on ne sait pas quoi faire de tout cela, 
on abandonne à force d'inconnu.
Nos parents, quand ils découvrent nos jeux,
si ils les découvrent,
sont outrés, catastrophés, 
ils ressentent cette sorte de honte que l'on ressent 
devant le sacré rompu, le tabou franchi,
l'interdit social perverti, l'anathème
ce sont des jeux interdits.
On apprend à se cacher,
on apprend la solitude des sensations
l'intériorité explosive
on apprend que cet émoi doit rester dans l'ombre
et n'a même pas droit aux questions
auxquelles il n'existe peut-être pas de réponses.
J'ai vu disparaître le sourire de ma mère
apparaître l'inquiétude railleuse de mon père.
Reste le silence
et le souvenir fugace de ce qui s'est joué dans notre ventre
un réseau de fibres électrisées et lumineuses.
Une obsession restera longtemps
qui nous fera comprendre, à la longue
que les relations ne sont pas que camaraderie.
Le sexe a sa part, l'échange, le partage des découvertes.
À neuf ans aussi, a eu lieu une autre expérience.
La colonie de vacances.
L'été, la chaleur lourde d'une autre région
l'odeur de la pluie, du ciment mouillé des terrasses
l'herbe qui exhalait sa satiété,
et parfois, l'odeur fétide des fleurs meurtries.
L'éloignement et son désespoir
Les pleurs le matin
Les pleurs le soir
L'exil forcé
le manque des parents
la camaraderie des autres garçons comme seul remède
mais la maladie s'éternise.

 

Puis un jour le retour  chez soi enfin
les retrouvailles avec la chaleur du foyer
avec l'amour des parents.

 

Mais des pleurs encore, pourquoi ?
La découverte alors 
que la langueur
avait poussé ses racines dans le cœur profondément
pourquoi pourquoi ?
Tant de tendresse retrouvée.
la tendresse bouleverse
putain, pourquoi ses larmes.
Neuf ans, un âge, une date, 
un drapeau sur un éphéméride
une lumière dans les trous de la mémoire
c'est fini, c'est passé.
Neuf ans, une leçon fugitive.
Neuf ans, une éternelle blessure.

 

Jean-Pierre C.

 

 

Variations sur l’éphémère

 

Un éclair de soleil se faufile dans ta chevelure ébouriffée par un souffle aérien, léger comme le nuage qui dessine dans la prairie céleste un mouton fugitif. L’herbage où tu reposes t’offre un frémissement d’ombelles et le ronronnement rauque du torrent voisin. Tu savoures ce moment de bien-être intense- éphémère, et pourtant, dans sa caresse, d’une absolue béatitude.

 

Je suis le papillon nouveau-né, je déploie les ailes encore hésitantes de ma nouvelle apparence et viens vous décrire l’ancienne ; celle de ma laborieuse naissance. Car j’ai dû, pour venir vous enchanter de ma précieuse fragilité, vaincre comme un guerrier caparaçonné mon ancienne nature éphémère, la coque translucide de mes débuts dans le monde. Je l’ai laissée brisée, vaincue, sur le terrain plein de sève d’un mûrier prometteur.

 

Tu m’as caressée d’un regard rapide et insinuant, oui, si rapide que je me suis demandé si je l’avais rêvé. Et pourtant il s’est incrusté en moi comme la promesse d’un avenir glorieux, et je veux croire qu’il n’était pas le reflet d’un désir éphémère. Pourrais-tu recommencer ?? Je l’espère en frissonnant avec volupté.

 

Allo ! T’es là ? – Ouais! - T’es où ? – Au café. - Ah ! tu m’attends ? - Non, je dois partir dans 5mn. - On se voit demain ? - J’sais pas. Peut-être. Je te rappelle. - Alors salut ! - A plus !                                                                                                                                          Ainsi s’écoule l’éphéméride de nos relations inconsistantes.

 

Claudine L.

 

 

Vous avez dit éphémère

 

Éphémère, ce sont ces petits instants subtils que la vie donne
Comme ça, simplement, mais seulement à celui qui aura l’innocence de les voir et
Le cœur pur pour s’en émerveiller

 

Éphémère comme ce spectacle magnifique mis en scène par mon métier et inconnu pour beaucoup
Il s’agit, juchée sur le haut d’une cuve de vin, de pratiquer ce qui s’appelle un remontage.
Le geste demande de prélever un peu du mystérieux liquide au bas de la cuve et de le remonter sur la surface au moyen d’une pompe et d’un simple tuyau
Le seul mouvement du précieux nectar pénétrant l’écume met en mouvement un merveilleux carrousel
Voila qu’un cheval se dessine, étire ses flancs pour se transformer en crocodile,
Un puissant dragon fulmine alors, vite talonné par une licorne, elle-même tenue de s’effacer pour laisser vivre le temps d’un instant une tortue toute ronde.
L’arche de Noé défile sous mes yeux et s’évanouit dans le vortex du vin en mouvement,
Ils n’auront vécu que pour moi.

 

Éphémère c’est certainement l’enchantement d’un décor de conte orchestré par un matin de grand gel, la nature parfaitement cristallisée par le givre.  Comme par magie
L’esthétique parfaite de la fine pellicule irisée qui va transformer en statue immaculée la moindre brindille et rendre féerique l’arbre le plus simple qui soit et me renvoyer à une enfance où les hivers étaient glaciaux et immaculés.

 

Éphémère, ô combien, comme le moutonnement inattendu d’un lever de soleil de mars. Véritable troupeau de boules de ouate joueuses dans la lumière orangée. C’est sûr, le printemps arrive.
Je ris, je veux tout garder.

 

Éphémère c’est peut-être ce moment de grâce furtif qui s’installe, au cours d’une marche dans les vignes
Parcours si souvent pratiqué qui laisse découvrir encore des trésors cachés.
Cette couleur turquoise surprenante nichée au creux de la souche endormie,
La chevelure rousse flamboyante des sarments dépourvus de feuilles,
L’ambiance poudrée des alentours cendrés 
Et ce le bonheur paisible d’être  à la fois reliée à la terre et au ciel le temps d’un souffle

 

Éphémère, ce sont ces petits points de croix brodés sur le canevas de la vie.
Éphémère c’est laisser filer un maintenant comme le sable entre les doigts
Éphémère, c’est le regard posé sur le simplement merveilleux qui nourrit le bonheur d’être vivant.


Michèle A.

 

 

LE CHŒUR DES SECONDES


Le silence saisit à pleines mains la peau de l’instant. Mon corps écoute le chœur des secondes. Je le sens se dilater à l’échelle du monde.


Mes yeux dansent sur les flancs immenses d’un paysage. Son ample cavale cherche à atteindre le firmament. Le soleil, imperturbable descend.
Il disparaît, tous pleurent.


Des cils par milliers respirent, dans le souffle furtif d’un colosse chlorophylle. 
Des frissons, des murmures, des frôlements caracolent en farandoles et nous bercent lentement.


Des brassées de feuilles chantent au bout de mes doigts 
Ce matin elles m’ont barbouillée de vert
Déjà l’or les éclaire
L’ocre éphémère les mêle à la terre
Aux beaux jours elles revivront leurs émois.

 

Marie-Sol M. S.

 


TEXTES DE PRÉPARATION

 

L’éphémère est un pétale se détachant d’une fleur de cerisier.
L’éphémère est sa radieuse traversée de la lumière.
L’éphémère est sa voltige endiablée avant de toucher terre.
L’éphémère est son dernier souffle, ce parfum suave des rêves.

L’éphémère c’est un insecte enrubanné de pierre glissant sur une feuille.
L’éphémère c’est le travail délicat de ses mandibules translucides.
L’éphémère c’est cette fine dentelle œuvrée par son passage.

 

Marie-Sol M. S.

 

 

L’éphémère

 

L’éphémère, c’est le crépuscule qui étire le ciel et bascule dans l’univers des merveilles.
L’éphémère, c’est cueillir des coquelicots sanglants dans un fossé inaccessible et y trébucher de plaisir.
L’éphémère, c’est croire qu’amour et entente peuvent se marier d’un coup, sans protocole.
L’éphémère, c’est être totalement capturée par une rencontre oubliant que la communion n’est qu’éphémère. 
L’éphémère, c’est le printemps qui pulse à chaque fois dans nos veines et nous cache l’éphémère.

 

L’éphémère, c’est cueillir des coquelicots sanglants dans un fossé inaccessible en trébuchant de plaisir. Le rouge brule mes yeux. Je le veux tout à moi, pas dans un vase mais dans mes cheveux, sur ma poitrine, bien en vue. Et qu’importe si tu meurs sur moi, beau coquelicot. Je garderai fièrement l’empreinte de ta chaleur et de ton insolence.
L’éphémère, c’est oublier que l’enfance n’est pas l’enchantement que l’on croit. Les enfants silencieux, prisonniers de l’oubli et du malheur, ont des rêves insensés ou ils deviennent princes et héros, sur des chevaux immaculés ou dans des navettes spatiales étincelantes. Ça dure ce que ça dure. Les étoiles sont à eux. Belle revanche de l’éphémère !
O les merveilles, elles sont partout tapies dans notre obscurité. Elles poussent nos fenêtres, bousculent notre petite vie grise, illuminent le chaos. Et disparaissent aussi vite qu’elles sont venues laissant derrière elle un fin sillage de lumières et de nostalgies.

 

Avant de basculer d’un coup, la lumière se fait somptueuse, sanglante et veloutée. On frissonne de peur et de plaisir à chaque soir éphémère toujours renouvelé.
Le printemps est une véritable escroquerie. Tant de miracles au jour le jour qu’on ne sait plus où donner de la tête, tant de promesses qui s’insinuent follement dans nos corps. On se métamorphose. Mais l’été arrive et nous chante une autre chanson. Déjà ?
Laissez- moi jouer encore un peu, dit l’enfant en grimpant au sommet de l’arbre, je n’en ai plus pour très longtemps. Tout va trop vite. Est-il possible encore de garder mon insouciance et mon innocence puisqu’il me faut bien grandir ? Et si je ne redescendais plus jamais ?
Les pétales de rose tombés autour du vase sont de drôles de larmes éphémères. Mais alors pourquoi ce pincement de cœur soudain ?  

 

Anne- Marie B.

 

 

Se souvenir de l’avenir

 

C’est retrouver dans son corps le chemin du trouble. La nostalgie sans les regrets. Les larmes comme métaphore du sable sous les pieds. La magie d’une banalité. La couleur d’une lune démesurée. Le blouson noir au goût salé. Le rire aux yeux mouillés. La danse au crépuscule d’un instant d’éternité.


Puissante est la fragilité
Terrifiante infinitude qui ne voie jamais le jour
Renaître de ses cendres
Eclore, encore
Choisir, si on le peut, cette mue qui ne dure
L’instant d’après tu es déjà autre
Battement suivant, nouveau, inconnu
« Méga-morphose »... vouloir l’Infinie Eternité
Dans le pas qui advient


Poids, force, sablier
Laisser s’écouler la masse de mes incertitudes
De gauche à droite, le balancier
Berce, berce mes pensées.
Sensations bien rangées
Mais toujours ici hébergées
Trame ou partition
Lumière et vibration
Toujours recommencées


L’éphémère c’est demain toujours transformé
L’éphémère c’est la valeur de la fragilité
L’éphémère c’est recommencer ce voyage si précieux de nos pas dans le sable
L’éphémère c’est ton aile fugace qui m’effleure
L’éphémère c’est un je t’aime qui s’enfuit
L’éphémère c’est encore RE vit
L’éphémère c’est la mère – mer. Le voyage recommencé de la naissance et de la mort ; de la cellule première, inconnu(e) porté(e) par la mer(e), flux de la vie sans cesse ramené par la houle.

 

Séverine G.

 

"Se souvenir de l’avenir" par Séverine G.

 

 

 

Effet  Mes Rides…


Éphémère est le temps
Éphémère est la vie
Ceux qui nous ont apporté joie et puis sont partis
Sans qu’on ait pu leur dire combien on les aimait …
Ils nous ont laissés
Perdus…
Esseulés
Désemparés
A laisser le temps passer pour enfin les retrouver

 

Éphémère est le mot : je t’aime.
« Je t’ai croisée, c’était drôle, c’était sympa,
On a bien voyagé, on a bien profité
Et puis…tu es devenue un meuble,
Routine du temps qui passe ;
J’ai oublié que je t’aimais.
Tu n’es plus l’objet de mes pensées,
Un autre Je t’aime est arrivé.
Tu es virée ! »

 

Éphémère est un mot qui construit et détruit tout ce que le rêve a exprimé.
Toutes ces pensées incultes crées par nos rêves, tout ce chemins volés par des espoirs  suicidés, toutes ces miettes d’étoiles qui explosent et disparaissent, toutes ces années à croire qu’Amour est vérité, tout ce rien que l’on est  et dont rien ne peut rester/

 

Éphémère est l’expérience d’une vie. Rien n’en reste, rien n’en découle ; on s’y épuise et s’en délie.
On est dépassé par le temps ; on résiste, on s’impose  sa propre solitude, lassitude de ces années de croyance que nous sommes ici pour nous réaliser.

 

Il faut accepter, accepter, admettre, Oh Horreur que la sagesse est le début du néant  apprivoisé.

 

Nathalie D.

 

 

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