Samedi 12 février 2022 : Voyage sur les traces de l'éphémère

Carnet de Voyage sur les traces de l'éphémère

Atelier d'écritures du samedi 12 février 2022

 

 

MON VOYAGE LA BAS, LOIN, LOIN …

 

DANS MA VALISE :
- 1 flacon de curiosité
- 1 sachet de temps
- 1 filet à éphémère
- mon parfum : Eveil Permanent

 

DEPART :
Excitation
Ouf ! A l’heure à la gare.
Froid, bousculades. « Vite, vite » « Quel quai ? »
Toutes ces destinations affichées, tous ces gens de toutes les couleurs, bruyants, odorants …
Un pigeon traverse le hall, il ira plus vite que nous …
Départ imminent, je ne suis plus de chez moi …
Retour à la réalité, le quai est bondé. Où vont-ils ?
Pressée de partir. Pressée par les autres. Aïe, mes pieds !!


Et c’est parti ! Pour là-bas, loin, loin …

 

LE VOYAGE EN TRAIN
C’est le grand défilé, la grande évasion.
Des lacs, des arbres, des tunnels, une gare, un arrêt. C’est lui qui avance ou c’est nous ? On recule ?
On repart. 
Une ville, tous ces appartements posés les uns sur les autres et allumés pour nous dire « venez chez nous ». J’aimerais m’y arrêter.
Une belle demeure devant un lac gelé, j’aurais bien aimé patiner.

 

LA MER AVANT LE BATEAU
Le va et vient des vagues m’hypnotise. Le déroulé des couleurs m’enivre : bleu, vert, gris, rose, blanc, marron
Et derrière la ligne d’horizon, l’inconnu qui m’attend, qui m’appelle.
Mon cœur bat. Il s’inquiète un peu. Mais il est heureux.

 

LE BATEAU
Du monde partout et pourtant je suis seule. Sentiment de liberté.
Sel – vernis craquelé – barque bleue – clapotis – humidité – glissement – immensité – vent léger.
Libérée.


Prête pour de nouvelles sensations.

 

ARRIVEE LA BAS, LOIN, LOIN …
Waouh !!! Respire !!!
Toucher terre sans perdre l’équilibre.
Les galets sont gris et blancs, le bois et les coquillages craquent sous mes pieds, l’ombre et la lumière dansent, les parfums me donnent le vertige. 
Une nouvelle musique m’envahit.
J’observe. Je trouve ma place.


Je suis prête pour une belle cueillette.

 

Annie B.

 

 

Carnet de "Mon voyage là-bas, loin, loin…" - Annie B.

 

 

CARNET de VOYAGE


L’angoisse de la valise…
Toujours peur de manquer, toujours trop chargée
Place à l’in-dis-pen-sable
Je veux dire :
Curiosité, soif de découvrir, regard d’enfant, 
Sensibilité !
Capacité à s’émerveiller.
Ne pas oublier la Possibilité de se perdre,
Ni les Chagrins à Disperser…
Ah ! et puis la petite boite d’aquarelle, celle qui est allée partout.
Un chiffon et un carnet tout neuf.
Mais ça je l’avais mis en premier.

 

Quai de gare chéri…
Haut lieu de toutes les espérances,
Rêver devant le tableau d’affichage des départs
Croquer mentalement la jeune fille s’isole, écouteurs vissés aux oreilles,
L’homme d’affaire en nage, il a craint d’arriver trop tard . Le voila qui cherche compulsivement son téléphone, fouillant toutes les poches de son costume foncé.
Observer la maman excédée par l’excitation de son jeune garnement.
Tiens, un jeune homme tout gris qui veut se rendre indifférent aux frémissements du départ imminent
Les inévitables amoureux, collés l’un à l’autre, tout au désespoir de la déchirante séparation.


Fracas du train qui bondit, crissement puissant des freins. 
Tout le monde s’agite.
Un père de famille impatient finit le énième inventaire de ses nombreux enfants et bagages


Finalement, chacun a trouvé sa place, les quelques ajustements terminés.
La famille nombreuse et ses valises bien casés,
Larmes séchées de la jeune énamourée,
Le bambin agité vient de s’endormir.
Mon voisin l’homme d’affaire a sorti de sa serviette son inévitable ordinateur.
Je sors le livre que je « dois » terminer, mais le paysage happe mon attention et les images défilent et peuplent mes pensées de vies imaginées .


De la fenêtre s’étire la surface d’un lac lisse et glacé comme un miroir. Surface bleue.
Projetée dans l’univers d’Andersen, j’y fait évoluer des grappes de jeunes patineurs aux joues rouges et vêtements bariolés.
Séquence suivante : une péniche sombre et massive remonte sans remous le courant glacial tout en doublant un village endormi.
Solitude de ce petit château immaculé, figé dans la froidure de ce petit matin. Comme exsangue et sans vie, sa jolie silhouette semble sortie d’un conte de fée.
Une imposante maison rose s’impose dans le plan suivant. Elle sort de la nocturne torpeur. L’unique fenêtre éclairée signale le réveil tout récent du couple l’habitant ;
Avec tout ça le train approche de sa destination.
Premiers hangars ferroviaires. Une locomotive et ses wagons au repos délaissés se remémorent leurs voyageurs maintenant éparpillés.
Arrivée tonitruantes de mon train en gare. Masse métallique qui fend l’espace.
Ne rien oublier dans ce qui a été un peu comme ma maison quelques heures durant.

 

Descente du train, mélodie conventionnelle
S’agiter, poursuivre le voyage.

 

Sortie de la gare
Sur le parvis, les gens s’agitent, se dispersent, se retrouvent bras et sourires ouverts, certains se hâtent, d’autres s’impatiente l’œil rivé à l’horloge gigantesque.

 

Je poursuis le voyage.
Recherche hasardeuse de ma direction.
Maintes fois vérifié, l’itinéraire me conduira à l’embarcadère
J’engage la bien nommée Avenue de la Mer.
La rumeur de la ville monte, éraillée par moments par le hurlement d’une pétaradante moto.
Vent glacé qui fouette mes joues.
Sur son balcon encombré un bricoleur du samedi s’affaire à monter un meuble à grand coups de marteau sonores.
Enfin ! j’aperçois la mer.
Moment toujours magique.
Elle n’est qu’éphémère.
Chaque vague est unique, chaque couleur changeante.
Elle fait ses caprices, minaude lascivement, faussement calme, puis passe à l’orage d’un rouleau violent.
Ambiance humide et iodée.


L’embarquement
Montée à bord du petit bateau qui me fera atteindre l’île convoitée.
Excitation et petite appréhension du départ, après la traversée je serai rendue à destination.
Il faudra tout inventer
Trouver la place idéale. Celle d’où je vais profiter des flots, du soleil qui fera mes yeux cligner, voir la côte s’éloigner ou au contraire la terre approcher .
Les voyageurs s’empilent. Il faut trouver une place pour chaque bagage et caler les poussettes des enfants .
Un petit chien effrayé se blottit sur les genoux de sa maîtresse.
Coloration sonore, brouhaha de langues étrangères à mon oreille.
Le moteur tourne. Le bateau manœuvre et sort du port. Ça y est, le grand large s’ouvre pour moi.
Vaporisation  de l’eau sur mon visage, une vague est venue gifler le bateau.
Ma peau tire. Mes lèvres sont salées.

 

L’arrivée serre un peu ma poitrine. Première sensation sur la terre que je foule 
Je me maudis d’avoir eu l’audace d’entreprendre ce voyage.
Je brûle d’envie de découvrir.
Les voyageurs foulent le quai encombré, petite bousculade. L’impatience.
J’avise une allée de pierres plates pavée, un chat gris croise nonchalamment mon chemin.
Tout près de là, un mécanicien s’affaire à moitié englouti par le capot béant d’une vieille voiture.
Des enfants jouent avec une balle de chiffon.
Une odeur nouvelle a mes narines flotte , exhalée par le soleil maintenant chaud du milieu de la matinée.
L’ivresse m’envahit. Je veux tout voir, je veux tout savoir. 
Je pose mon sac, sors crayons et carnet. J’appréhende ce paysage nouveau. J’en pénètre les contours et me mêle à sa terre. J’ouvre tous mes sens. 
Je deviens le paysage.

 

Michèle A.

 

 

Carnet de voyage : "CARNET de VOYAGE" par Michèle A.

 

 

 PARTIR ...

 

Dans ma valise 
Ma panoplie d’exploratrice : 
Mes yeux pour tout vous dire ; mon nez pour saisir les  désirs; mes oreilles pour explorer  les sons; ma peau pour vivre les sensations; ma bouche pour me délecter du monde. 
Ma faim de loup. 
Des poches pour mes futurs trésors. 
Des cages à photos.
Une bobine pour tisser en mots mes rencontres. 
Un attrape rêves.
Un sablier pour arrêter le temps.
Et tous ces vêtements... Ça suffit !

 

La Gare
Le Hall n’est que tumulte et désordre. 
Des bagages partout, des voyageurs pressés, des retrouvailles, des adieux.
Notre groupe entre dans la mêlée. Un panneau s’éclaire. Tous le yeux s’y fixent. 
La Salle d’Attente. Tous rangés, nos valises en chiens d’arrêt. 
Chuchotements,  paquets de solitude. Les enfants, sages ou pas, sont ailleurs. 
Les pensées partent à l’assaut des murs. 
L’heure nous fait signe sur le Quai. 
Les valises roulent, à nouveau. Bruit entêtant ! 
Piétinements sur l’embarcadère. Nos rêves se penchent sur les rails. 
Une voix synthétique annonce le train. De la vitesse fuselée, un crissement, il est là ! 
Un flot de voyageurs s’échappe de ses entrailles. Quelques bousculades policées. Des mots serrés dans les regards. Les flux et reflux se croisent. La machine affamée vide les quais. 
Le chef de gare lève la main. 
Plus de train.

 

Le paysage défile
C’est ma place. Non. Oui ! Enfin délestée.  Confort total.
La fenêtre défile à grande vitesse. Regarder. La vie en film muet.
Sous ma main ma liseuse et un sudoku. 
D’abord tout avaler ! Une façade cramoisie, je vire au rouge. Un lac glacé, rêve blanc. 
Des tranches d’arbres. Une rivière. Ai-je vu des canards ?  
Lassitude. Mes yeux vagabondent. La connivence a dressé son silence. Chacun dans son enclos ouvert. Celui des portables. L’intimité du sommeil. L’étalage d’un repas. 
Des mamans, organisées et inventives avec leurs petits. 
Des voix hors cadre, regards outrés, rires prohibés. 
Je me lève, aimantée par les sourires des copains.

 

Les grandes Villes
Paris, ville façonnée par des rois,  des géomètres, des sculpteurs et l’esprit de leurs siècles. Elle se love dans les secrets de son fleuve. 
Le faste de ses statues, en pointillés, sous une neige imprévue. 
Une étendue d’albâtre a stoppé la marée des klaxons. 
Des scooters et des piétons dérapent sur le silence. 
Des enfants, des rires, des boules de neige. 
Je bénis mes bottines fourrées et ma doudoune. 
Nous ne faisons que passer.

 

Pointe à Pitre, ville lointaine. Sa chaleur moite, des cocotiers, des immeubles à l’état contrasté, de grandes fresques, des baraques en tôles ondulées.
Des merles pays effilés dans l’ébène. 
Couleurs, exubérance. 
Des gens magnifiques, la musique à la bouche, la peau éclatante. 
Une île en ailes de papillons, au cœur de l’océan.

 

Le café de la plage
Un sable infiniment fin, des raisiniers à l’ombre ronde. Du mobilier en plastique, un lolo roulant. Nous dégustons qui un planteur, un ti-punch, ou un jus pays. Nous attendons nos bokits, des sandwichs à pâte de chichis. Vol de saveurs. 
Des pic bœufs déambulent, en plumes blanches, pattes graciles et longs cous. 
Derrière les arbres, inattendus, deux bœufs broutent autour de leur longe. 
L’entrée dans cette eau de lagune est un pur bonheur. La mer ronronne contre ma peau, je la sens épaisse, chaude, habitée, immense . Elle laisse en moi son goût de larmes.

 

Le bateau
Un catamaran. Nos affaires dans des bidons étanches, nos sourires en étendard. 
Un filet tendu entre les deux coques. 
Je me tiens là, debout, la main à un filin, ma joie fend les vagues. Les remous du bateau écument sous mes pieds nus, le vent tord mes cheveux, la houle me grise. 
Des dauphins véloces et joueurs, rencontre inoubliable !
Les voiles se gorgent d’un souffle puissant. Les marins manient  cordages et toiles en voltigeurs. 
Nous sommes assourdis, nous tangons au gré des flotteurs, l’air saturé de sel et de soleil nous brûle, mais nous vivons le grand large.

 

Le paysage sauvage
Des orchidées sur les fils électriques.
Du vert, de la brume, un sol lourd d’humidité. 
Des effluves de mousse et d’humus.
Des fougères arborescentes hautes comme des palmiers. 
Des troncs en vagues de bois. 
Leurs branches luisantes se font jardins volubiles et foisonnants. 
Explosion de plantes en quête de lumière. 
Des scolopendres, invisibles, tracent leurs chemins.
Le cri sourd des cascades. 
J’ai fini par glisser et râper mes genoux.

 

Cette jungle tropicale me hante.

 

Marie-Sol M. S.

 

 

 

Carnet de voyage : "Partir..." par Marie-Sol M. S.

 

 

Je pars vers……Ailleurs !

 

 

Nathalie D.

 

 

Voyage  

 

Jour 1
Un voyage organisé par... Je l'ai choisi comme ça, au hasard, pour partir, juste pour partir.
Tenir compte du groupe, mais ne pas le suivre. 
Dès le départ suivre m'est insupportable.
La gare. Oublier sa vie, n'avoir en tête que ce qui va arriver.
Garder une naïveté éclairée, laisser s'installer le désir.
Un air de musique, depuis le réveil, résonne en boucle dans ma tête.
Des enfants courent partout.
Des gens du groupe se pressent d'aller aux toilettes, voyager léger.
Je laisse les autres s'hypnotiser sur les cadrans annonçant horaires et destinations,
je vais au bord du quai, je regarde par delà l'ombre du hall la voie ferrée au soleil, les rails scintillent, mon cœur est déjà parti.
Nous montons dans le train.


Un paysage connu mais vu sous un angle inconnu, défile à toute vitesse, des bâtiments de différentes hauteurs, des arbres, le fleuve, l'éclair d'un reflet du soleil sur une vitre au loin, ou sur le chrome d'une voiture. La ville est vite oubliée. Toutes les images sont floutées.

 

Dans ce flou, on arrive.
Une autre gare. D'arrivée celle-là. Nul ne regarde les cadrans, chacun cherche le soleil.
Surplomb sur une ville, un océan de toits dont n'émergent que des clochers d'églises.
Collines blanches et bleues, rosissantes à la lumière de fin d'après-midi.

 

Transfert en bus vers le port.
Je m'assois au fond, je laisse aux autres la primauté des découvertes.
Première étape, le rassemblement dans un bar près de l'embarcadère devrait permettre au groupe de se lier, je reste à part.
Le groupe me le rend bien.
J'ai toujours en tête le même air de chanson, il rythme mon voyage.
Le vent s'est levé, des vagues viennent frapper le quai.
Des milliers de gouttes font un feu d'artifice illuminé par la lumière du soleil rasant.
Des petits enfants jouent dans ce nuage qui les mouille, excités ou effrayés, entre rire et larmes.
Je bois une bière fraîche, ma nourriture de voyage.
À chacune des tables, les gens du groupe s'agglutinent autour d'un guide, le Routard ou le Michelin.
Je n'écoute pas leurs mots exaltés, ceux que me donnent les vagues quand elles s'écrasent contre le quai me suffisent, elles me racontent une longue histoire.
C'est pour ça, et uniquement pour ça que l'Homme a inventé l'Écriture, pour se rappeler les mots des plus anciennes vagues.
Car, que serait une histoire si on en oublie les premiers mots, si on n'en connaît plus le commencement.
Toutes les histoires, toutes les quêtes, finissent là où elles ont commencé.
Tous les voyages nous ramènent à la maison, et tous les voyages nous amènent à recommencer un jour.
Entre temps on apprend.
On se trouve.
Entre temps, je prends des notes pour raconter, pour fixer le souvenir et vaincre l'oubli, l'éphémère.
Même si c'est une illusion.

 

Nuit. Le bateau.

 

Son odeur de gaz oil, la fumée rabattue sur le pont par le vent du large.
Les lumières de la ville sont comme des milliers de vers luisants.

 

La Vierge qui protège la cité semble tourner sur elle-même, m'accompagner.
Est-elle, représente-t-elle le même amour pour les marins, les voyageurs, pour les exilés, ceux qui arrivent, ceux qui partent.

 

Le ciel s'ennuage.
Une jeune fille promène un grand chien sur le pont, elle s'assoit sur un banc, regarde la mer.
Où l'emmène son rêve ?
Son chien paraît rêver lui aussi.

 

Un navire de guerre rentre au port.
Ce n'est pas une escale habituelle pour ce type de navire.
Les passagers restent muets.
Les guerres ne sont jamais si loin, elles ne sont pas qu'un bruit, en voici un tout de fer, qui concrétise toutes nos peurs.
Il commence à faire froid sur le pont.
À l'intérieur du bateau, dans son ventre douillet, des couples boivent une collation autour d'une piste de danse où personne ne danse, mais il vrai que la traversée commence à peine.

 

J'ai toujours mon air de musique en tête.
Je le fredonne en buvant un café.

 

Jour 2
Un demi disque de soleil apparaît à l'horizon bleu et rose.
Nuit agitée, mal dormi.
Quand arriverons-nous ?
Je me suis levé tôt et suis monté sur le pont.
Je ne suis pas le seul.
Tous ces gens qui affrontent le froid du lever du jour, serrés les uns contre les autres, excités et heureux.
J'ai froid.
Plus qu'il ne faudrait.

 

Oh île ! Tant souhaitée cette nuit.
Mon cœur est déjà plein de toi.
Les images se fondent dans mes yeux.
J'aperçois des villages perchés sur des collines que le bateau côtoie et dépasse trop vite.
J'irai les visiter.

 

Descente du bateau.
Lourdeur du corps à terre.
Récupération des bagages.
Un bus nous attend.
Je disparais dans la foule indigène qui occupe les quais.
Tant pis, le groupe m'attendra, ou partira sans moi.
J'enverrai un message.
Me voici sous un autre ciel, un autre soleil.
Je suis dans un nouveau centre du monde.
J'ai une sensation toute nouvelle de l'Univers.
Des visages entrevus, vite laissés.
Des gens vivent ici, qu'est-ce qu'ils font ?
Pourquoi les êtres humains n'habitent pas tous au même endroit que moi ?
Non, c'est moi qui n'habite pas au même endroit qu'eux.
Mais je suis là à présent.
Je croise des regards.
Dans les rues où je m'échappe, des jeunes gens intéressés ou goguenards me jettent des coups d'œil.
Des jeunes filles, réservées, inquiètes, ou mutines et souriantes, font semblant de ne pas me voir.
Chacun vaque à ses affaires, commerce, écoles.
Odeurs d'épices, d'iode, de déchets divers.
Au sol, les ombres de nos corps s'allongent très loin au soleil levant, la mienne se tend vers les ombres de tous ces gens, se confond avec la leur.
Comment toucher ces autres, qui sont comme moi, autrement qu'avec mon ombre.

 

J'ai toujours mon air de musique en tête, il ne ma pas quitté pendant le sommeil.
Je m'arrête à un coin de rue, j'accorde ma guitare, et je me mets à chanter.
Une troupe se forme autour de moi, et m'écoute.
J'existe enfin !

 

Jean-Pierre C.

 

 

Carnet de voyage : "Voyage" par Jean-Pierre C.

 

 

 

Un survol en Moldavie

 

    Vibrant d’impatience, me voilà sur le quai grouillant de voyageurs plus indifférents que moi. Une petite fille, empathique, me sourit timidement. Où vais-je ? en Moldavie. Pourquoi là ? parce que je ne sais rien de ce pays dont le nom carpatheux m’est promesse de magie et de mystère. Il me faudra hélas plusieurs trains pour y parvenir.

 

Premier train, premier émoi. Mes compagnons de voyage sont sans intérêt, je n’en dirai donc rien ! Mais je me console avec le défilé de la neige qui ondule aux soubresauts du train sous la fine ombre noire des arbres dénudés. Brr ! je remercie mon anorak.

 

Changement de train, espoir, on roule bien vers l’est. Neige toujours dans les champs qui défilent. Un homme dans le compartiment me regarde avec insistance, comme s’il me reconnaissait. Pas mal, cet inconnu, mes compagnons de voyage s’améliorent !

 

Troisième train. Plutôt un tortillard qui va m’introduire enfin dans cette Moldavie inconnue. Je trépigne, plus vite que ce train qui se traîne (est-ce une fatalité qu’un train se traîne ?) Ah ! on arrive, les champs se font plus denses en jardins partagés, une ou deux chaumières ( des chaumières ? grands dieux !) annoncent une agglomération, si c’est la capitale, elle ne sera pas bien large. L’inconnu du premier train, tiens, je m’en aperçois, est aussi dans cet omnibus hasardeux. Il me sourit vaguement. Je souris tout aussi poliment. Mais méfiance !
Moldavie me voici ! je tente de récupérer ma lourde valise. L’inconnu se précipite et la descend d’un geste preste pour la poser à mes pieds comme un hommage déguisé. Elle est pourtant lourde de rêves. Je descends, nous descendons, il fait grand froid, je frissonne…mais c’est le frisson de l’aventure. Voilà la voix du probable chef de gare qui annonce quelque précision dans une langue parfaitement inconnue. Ca c’est du dépaysement ! Je tente de rejoindre le car qui m’entraînera vers l’ultime destination. Parfum de café au passage dans la gare, mais je n’ai pas le temps. Je cherche sur le tableau indicateur. Encore heureux que je ne sois pas en Chine ! Enfin montée dans le car, je me retiens de somnoler car le paysage ondoyant par la fenêtre est d’une stimulante beauté. Des corneilles le survolent, croassant en sourdine, en quête d’une improbable pitance. Ah ! mon inconnu a disparu, sans doute vers d’autres rêves, d’autres conquêtes.

 

Arrivée dans la petite auberge colorée et chaleureuse qui m’avait séduite sur le catalogue.
Une aubergiste en costume du pays qui ressemble assez au folklore tyrolien nous accueille avec le sourire et d’aimables paroles de bienvenue qu’elle imagine être du français. Je sens que je vais me plaire dans ce décor d’opérette !
Ma chambre, cretonne et édredons, est un havre de détente fleurie. La fenêtre s’ouvre, miracle, sur un jardin plein d’hellébores, ces fleurs qui sauvent le désert hivernal. Aux murs, de petites aquarelles évoquent clochers à bulbe et villages pentus dans de vivifiants coloris. Un artiste local ? La patronne ? Je les prends en photo.
Le soir tombera bientôt, je vais faire un tour pour dégourdir mes jambes tétanisées par ces longs trajets.

 

Vous ne devinerez jamais qui je retrouve au souper à la table d’hôtes ? Si, bien sûr, vous n’attendez que cela, lecteurs romantiques !! Mon inconnu ! Cette fois-ci, il m’adresse la parole car comme par hasard il est assis à côté de moi. Il parle français avec un délicieux accent anglais. Il m’explique qu’il s’était arrêté en ville avant de rejoindre l’auberge, pour un rendez-vous d’affaires. Nous avons apparemment retenu le même voyage. Lui vit en Provence, comme beaucoup d’Anglais judicieux. Voilà, je ne dis rien de moi mais je sais tout. Tout en savourant un bortsch aussi compliqué que son orthographe! Au dessert je coupe court et monte m’enfouir sous les édredons, épuisée mais ravie.

 

Allons, levée tôt, café, tartines de pain bis, confiture d’airelle, ciel bleu vif, sortie à la découverte du village. Je savoure ma solitude dans ces chemins neigeux qui sentent le froid et le feu de bois. Le village reflète mes rêves. Maisonnettes chaume et bois, jardinets qu’on devine épanouis au printemps, un écureuil véloce qui a oublié d’hiverner, deux chats perplexes qui ronronnent en moldave, un rideau qui s’écarte en souriant à mon passage. La paix m’envahit.

 

Midi. Le rendez-vous des voyageurs autour de la table commune. Mon inconnu me côtoie avec empressement. Je me risque à lui demander ce qu’il fait ici. Et j’apprends qu’il est écrivain, et souhaiterait situer son prochain roman dans un village Moldave. Endroit propice et charmant. Ah !

 

Grande virée prévue en car cet après-midi. Villages folkloriques, collines et sapins, un petit lac gelé où il ferait bon patiner. Si je savais ! Les gens croisés nous sourient, certains enfants agitent la main, cela se passe de traduction. Je pense à prendre mon harmonica dans mon manteau pour le prochain enfant croisé, me rappelant mon succès au Pérou. Goûter dans une auberge, gros pain noir et crème fraîche. Bonheur !
Ce soir, une étonnante tourte aux champignons très parfumée. Et mon inconnu, me direz-vous, gourmands ?? Eh bien, il n’est pas là. Ne serais-je pas un peu frustrée ?
Demain, nous irons voir la plus grande ville du pays, où nous attend une messe orthodoxe prometteuse de chants superbes.

 

Promesse tenue : église à bulbe doré, ors et rouges à l’intérieur, icônes charmeuses, chœur envoûtant où les basses nous chavirent les tripes. Retour en extase, pour un peu je me convertirais. Même envie à St Petersbourg.
Ce soir mon inconnu – au fait il s’appelle Mark-, est à table à mes côtés. Il m’explique, sans que je lui demande rien, qu’il avait rendez-vous avec un auteur Moldave de ses connaissances. Puis, en fin de repas, il se lance : Je crois que je vous connais. Je pense que je vous ai vue dans « La Provence », c’est extraordinaire de vous rencontrer ici ! Nous sommes confrères en écriture.
Je m’éberlue. Puis m’écroule de rire. Confrères ! je n’ai écrit que onze pages et lui des romans entiers et il doit être connu (sauf de moi). Mais nous allons enfin pouvoir bavarder sans ambigüité grâce à ce goût commun. Aurait-il suivi un atelier d’écriture au départ, lui aussi ?!

 

Mon court voyage s’achève, paysages, architecture, décor nival, tout m’a ravie. On gagne beaucoup à partir dans des pays inconnus où tout nous sort de nous -mêmes en nous déconcertant. 
Merci, mon éphémère Moldavie !

 

Claudine L.

 

 

 

Carnet de voyage : "Un survol en Moldavie" par Claudine L.

 

 

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