7 mai 2022 : autour des langages des corps

  • Aventures d'écritures partagées

Autour des langages des corps

Atelier d'écritures du samedi 7 mai 2022

 

 

"Nous ne sommes pas seulement corps, ou seulement esprit ; nous sommes corps et esprit tout ensemble."
George Sand

 

Aujourd'hui, au Renc'Arts du CCS Tôtout'Arts,

des propositions d'écritures autour du corps.

Le mettre en mouvement.

L'écouter. L'entendre. Le laisser parler.

Lui donner la parole et toute sa place dans l'écriture...

 

"Le langage du corps est la clé qui peut déverrouiller l'âme."

Constantin Stanislavski

 

Un voyage, une parenthèse

 

Partir, partir, c'est une évidence pour oublier le quotidien morose, uniforme, les obligations, les défaites d'un jour....

        Il faut donc partir vers une destination inconnue, lumineuse, dépaysante, valise faite, vêtements légers, colorés, livres.....

        L'avion est inintéressant mais rapide.

 

        J'y suis, je prends une sorte de calèche, pousse-pousse, je traverse une île brillante, chaude, verte et désertique à la fois. Personne ne parle, à croire que chacun des voyageurs est là pour oublier... A l'arrivée, une femme mure, encore belle, est assise, songeuse. Elle esquisse un sourire, me salue sans un mot.

 

    "Bonjour" lui dis je, "j'ai retenu hier une chambre, voici mon nom".
La femme, sans parler, me conduit au logement, sobre mais confortable, une vue époustouflante et inattendue s'offre à moi, la mer est très proche, calme et radieuse.
La femme me tend les clés "A demain".

 

Je m'installe et regarde, le soleil se perd dans les flots, la lumière est douce. Le ciel s'assombrit très vite, les étoiles , fidèles, ne se font pas attendre. On dirait le décors d'un conte pour enfant. Je m'endors paisible, sereine.

    Le réveil est facile, la chaleur douce, la vue d'hier soir est bien là, à la fois identique et inversée.

    Je sors, un enfant me fait face, tout rose, ébouriffé et souriant, il vient de se lever et son petit déjeuner est encore présent sur ses lèvres, sur ses joues !

 

    "Bonjour, tu vas bien tu pars pour l'école?"
Le petit garçon devine ma question et fait non de la tête. Il me désigne un bateau minuscule, sans couleur, à l'intérieur duquel un homme entasse des filets. Je comprends alors que l'enfant n'est pas scolarisé, il va pêcher avec son père et, sans doute, apprendra beaucoup. Mais, quand même, me dis-je, à cet  âge il serait mieux en classe avec d'autres enfants....victime de ma culture occidentale, je me fais violence et espère autre chose pour lui.

    Je traverse l'île, vraiment petite, et me cogne à une sorte de forteresse, très laide, hérissée de barbelés : une prison ! Je perçois le pas lourd, rythmé, ancré dans le sol ; la promenade des détenus .
L'accès à la porte est curieusement assez facile. Je me renseigne et, sachant qu'il s'agit de prisonniers aux peines légères, je demande l'autorisation d'en rencontrer un, accompagnée bien sûr par une autorité locale. 
    L'homme est jeune, aimable, visiblement ravi de rencontrer une touriste assez folle pour s'intéresser à lui.
    Oui, il a un peu "dealer", pas grand chose... Il est encore lycéen, très en retard, il réfléchit, il ne recommencera sans doute pas. S'ensuit un dialogue essentiellement gestuel. Je lui souhaite bonne chance. Bizarre cette approche. Je photographie le mur, le chemin qui contourne ce vilain bâtiment. Ainsi, je n'aurais pas rêvé...

 

    Un peu de plage, du soleil ne serait pas superflus !!
Je plonge dans cette eau bienfaitrice, dans le liquide toujours salvateur, un délice, une promesse,
 je nage longtemps...
    Merveilleusement fatiguée, la tête vidée, je rentre pour dîner ;

    La rue est plutôt déserte, un individu se promène apparemment sans but, détendu et presque absent.

    Deux autres personnages échangent quelques mots. Je ne comprends pas leur langue mais je suis capable de retranscrire leur échange.

"Bonsoir, tu as passé une bonne journée, que fais tu ce soir ?"

"Non, la pêche a été médiocre, mon fils est fatigué. Trop jeune pour m'accompagner, je crois que je vais écouter sa mère et le mettre à l'école. Il aura peur être une vie moins difficile, un avenir plus clair. Il faut que je rentre; viens te rafraîchir à la maison, on discutera de tout.. de rien".

 

    Une jeune femme les accueille, prend l'enfant par la main, lui caresse les cheveux imprégnés de sel et de soleil, lui offre un fruit et l'invite à se laver dans un baquet rouge. Docile, le petit garçon s'exécute. Comme il est beau, tendre, doux. Je le regarde émerveillée.  Cette scène peut être banale mais forcement apaisante.
La mère, tout en essayant et câlinant son enfant, lui donne une explication, lui désigne un objet, une plante, tout ce qui entoure le petit garçon.

    Je comprends tout, stupéfaite, ce langage, ces attitudes... entre une mère et son fils c'est universel. Il est semblable dans tous les mondes, dans toutes les cultures. Etre polyglotte à cet instant ne sert à rien, il suffit d'observer avec son cœur, avec son âme.

    Je continue jusque "chez moi", me laisse tomber sur la terrasse, un verre de jus de fruit, un livre que je ne lis pas, j'embrasse ce beau paysage et je m'endors.

 

    Le troisième jour, la plage, les rues, les marchés, tout est incroyablement vivant, coloré, modeste ; mais que cette vision est douce !

Les gens se parlent, expressifs, bavards, ils s'interpellent , ne cessent de s'agiter.

    Je remarque deux femmes, plus calmes qui se regardent, se touchent l'épaule, la main. Elles sont en confidences....L'une est pétillante, malicieuse, elle invite l'autre à se raconter... Cette dernière, plus réservée, ne tarde cependant pas à répondre aux regards interrogateurs de son amie. Elles éclatent de rire, font des pantomimes, se bousculent gentiment et joyeusement. Le phénomène d'hier se reproduit, je les comprends : l'une est mariée, l'autre hésite et c'est le délire !

 

    Demain, je rentre, c'est sûr... Je suis lavée de mon quotidien, impatiente de partager cette expérience, ces paysages, ces rencontres.

    Je reprends donc cette drôle de carriole, arrive à l'aéroport. Dans la file, une jeune femme brillante, belle, me sourit. J'embarque à ses côtés, rassurée et certaine d'avoir réussi ma parenthèse.

Un souffle d'avenir est de nouveau possible.

 

Mireille Galas

 

Nous habitons notre corps bien avant de le penser.
Albert Camus

 

Voyage, voyage…


    Tous les jours 5h30 il carillonne!! On a beau aimer son travail, il arrive un moment ou on est fatiguée, fatiguée de ce quotidien éprouvant il est temps de se ressourcer !! Enfin quelques jours avec ma petite sœur, profiter d’elle, profiter de moi, profiter du temps qui passe; nous partons vers l’Italie, traversons la Toscane, ses silhouettes de cyprès.

 

    Marie toujours très spontanée s’exclame à la sortie de chaque virage; le long des « Cinque Terre » elle hèle un vendangeur qui, en italien, nous donne des informations météo pour la semaine à venir, ravi de nous rendre service ; zut  on comprend pas tout !!  Il se déplace sur son chariot, on dirait un funambule; et Marie de s’exclamer: « au revoir monsieur le viticulteur des falaises !! »

 

    Dans un petit village, sur la place écrasée de soleil, une très jolie jeune fille marche tranquillement. Bonjour mademoiselle, que pourriez-vous nous proposer concernant votre village qui nous donne envie de le découvrir ? Et là, dans un langage mi-français mi-italien, charabia charmant et tout à fait compréhensible, elle dit le goût du café, celui du chocolat à l’orange et toutes ces pâtes merveilleuses, baignées de sauces inoubliables !...A  l’évidence on s’est comprises !

 

    Dans un village en ruine, Marie et moi tombons nez à nez avec un vieux monsieur, portrait craché de notre papa, il nous prend toutes les deux par la main nous parle de notre enfance :
    « Tu te souviens, » me dit-il,  «  lorsque tu cassais ta poupée ce que tu disais ? » 
    « Non, qu’est-ce que je disais ? »   
    « Tu disais, tu disais : Nanine cassé papa réparer  hé papa ? »
Un instant, un instant l’illusion, confiance d’une main rassurante qui pourrait servir de guide!

 

    Enfin arrivée à Florence. Madame Anna, notre logeuse, nous explique, tout en nous installant un peu avec des mots beaucoup avec les mains : « moi  j’ai 60 ans, je suis née dans le sud dans un pays très pauvre, mes parents étaient paysans, je me suis mariée et on s’est installés ici à Florence, vous allez voir comme c’est beau !
Nous on ne repartirait pour rien au monde ! Sur ce, Buone vacanze. »

 

    Il fait un temps magnifique le ciel est d’un bleu pur et pourtant presque doux, une brise légère fait frissonner l’Arno sous le pont aux boutiques.
    Viens ici sœurette que je prenne ta main, allons visiter  les musées, les églises voir les places et les jardins pleins d’ombre et de soleil, empruntons ces ruelles sombres, qui font semblant de nous perdre et nous mènent nulle part !!


    Les vacances ont été riches et réparatrices. On se sent à la fois chargé d’images de paysages, de visages et la tête pleine de sons, de musique et d’accents et cependant tout léger, léger….


    Demain est un autre jour…pour un temps plus facile.

 

Nadine Raynaud

 

 “Rappelez-vous : corps-esprit, esprit-corps, tout est lié.
Olivier Lockert, Hypnose

 

 

Ateliers d'écritures 2021-2022

Écrire ensemble à Tôtout'Arts - Saison 2021-2022

 

 

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