L'Art de Creuser Samedi 1er avril 2023
L'Art de Creuser
Samedi 1er avril 2023
Vaches ?
Ce jour là, on était là
sur le plancher des vaches
à re-garder bon train les vaches ensemble
il ne pleuvait pas comme vache qui pisse n'amasse pas bouse
on a mangé des vaches de croissants pas maigre en rangées
on n'a pô été vache, avec personne
pas même avec notre amour aux vaches
c'était vachement bien
sans ruminer
...
On vous raconte ?
A chacun.e son histoire et nos sacrées vaches sacrées seront bien gardées...
Merci à Claudine, Jean-Pierre, Léonie, Marie, Michèle, Mireille, Marie-Sol, Séverine et Véronique
Anne
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A LA FOIRE AUX VACHES
Décor : un vaste hangar, enclos de vaches de toutes races. Une grande banderole déclare : « Une vache est un message de paix »
Dans un coin, une Salers et une Aubrac se voisinent, à peine séparées par un ruban en plastique rouge.
L’Aubrac (se lance) : J’aime bien tes taches blanches sur tes flancs roux ! Chantilly sur caramel, ça doit allécher les enfants !
La Salers : T’es sympa, toi !Moi j’aime bien ton maquillage noir autour de tes grands yeux, tu dois plaire, c’est sexy !
A : je bois du petit-lait !! non, sans rire, nous sommes bien mieux calibrées que ces grosses normandes, là-bas..(Silence) Sinon, la production laitière, ça va ?
S : Depuis qu’on a les trayeuses, pas une goutte ne se perd. Mais je préférais les mains tièdes de la fermière.
(Evocation nostalgique, l’œil noyé)
A : Attention, il y a un petit maigrichon sur le podium qui va faire un discours. Je crois que c’est le président.
(Elles écoutent, oreilles poils dressés.)
Le président : Mes chers compatriotes, ces magnifiques bovins sont incitatifs. Fixons-nous un objectif clair, imitons nos vaches ! Non seulement elles sont productrices de bienfaits quotidiens qui enrichissent notre économie, mais elles sont exemplaires : elles défilent en troupeaux placides, meuglant à peine mezzo voce et devraient servir de modèles à nos manifestations urbaines populaires. Chers compatriotes, meuglons donc en chœur « Allons enfants de la prairie, l’jour de la foire est arrivé » !
(Reprise en chœur, applaudissements)
A:Il parle bien , cet homme, il a vraiment l’air de nous apprécier !
S : Oh tu sais, ça ne lui coûte pas grand-chose, il doit meugler le même genre au salon de l’auto, en remplaçant prairie par voierie !
(Silence) Tout à l’heure, un type est passé ; il évaluait notre rentabilité, lait, beurre, fromage, veaux, bouses, tout y est passé. Sauf carpettes. Ca me donne le cafard, de n’être qu’un produit rentable. Et l’amour, dans tout ça ??
A : Tu n’as rien pour te remonter le moral ? Moi j’ai le chêne de la prairie où je pâture : il m’offre ses feuilles tendres au printemps, son ombrage en été, sa rousseur en automne. J’ai un peu de mal à le quitter l’hiver quand nous rentrons à l’étable.
(Silence)
S : Tiens, écoute, ils passent la chanson de Gaston BOUVIER : »Ton regard m’émeuh,, ton ardeur me meuh ! », c’est bon ça, j’adore sa musique, on dirait qu’il s’adresse à nous. C’est que j’ai une âme d’artiste, moi, tu sais ! D’ailleurs plus je te regarde et plus j’aimerais te peindre sur un fond sombre, on ne verrait que tes taches blanches ressortir comme des étoiles au noir firmament.
A/ Waouh ! tu parles bien ! Moi c’est lire, que j’aimerais. Notamment « La loi des douze étables « de Jules MOISE .C’est le luxe,, ça ! Ca me parle !(Silence) Au fait, tu t’appelles comment ?
S : Pâquerette, et toi ?
A : Violette.
S : Eh bien , à nous deux c’est le bouquet !
(Elles meuglent riant et partagent une bouffée de foin commune.
Claudine LAURENT
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La complainte de la Vache
Un chant s’impose dans la prairie grasse, bleue. Un chant d’une tessiture qui frôle le vertige : « La Reine de la Nuit » : elle est belle, splendide, brillante. Cette vache est souveraine, comme la Reine, elle attire et effraie un peu... Elle connaît son importance ; elle se souvient d’un enfant qui voulait être vache parmi les vaches, dans un parfum de ferme. On dit qu’il l’avait confié à son journal !
La vache a écrit un livre, une romance un peu aigre où les Hommes auraient pris leurs places, le naseau humide, les yeux grands et tristes. Ils seraient arrêtés dans leurs courses par des barrières charmantes mais infranchissables, érigées en frontières.
Pourquoi ?
C’est un jeu de rôle, drôle et grinçant. Ce récit devrait être imposé à tout candidat politicien de pacotille qui se servirait de l’image de la vache, symbole de la mère nourricière, douce et pleine aux mamelles tendres pour haranguer les citoyens dans un discours pompeux et solennel. Ils iraient jusqu’à des promesses improbables pour les défendre au nom d'une écologie fantaisiste dans un souci de protection et ainsi ils gouverneraient le monde…
Tu es belle, la plus belle, ta robe est soyeuse aux couleurs d’automne, tu es unique, tu vas gagner !
Gagner ? C’est sans intérêt. Je veux être « bouffeuse de foin », copine de mes copains, retrouver ma prairie bleue, ignorer les salons, le froid des villes, le goût argenté d’une machine à traire et son gobelet douteux. Je veux retrouver, ne jamais quitter, les doigts agiles de Camille, ses murmures encourageants, les flots de lait qui inondent ses mains blanches et potelées.
Sais tu que tu es précieuse ?
Tu n’es qu’un vantard qui me rêve sur une moquette épaisse et laide effectuer un cercle parfait , ridicule, pour m’arrêter devant un jury idiot.
On ne se comprend pas !
Je veux ma famille-troupeau, ma vie d’avant. Je suis une vache, on me baptise Marguerite, Pâquerette, Tulipe ou autres noms de fleurs, bucoliques et charmants. C’est là ma vraie vie, mon destin, mon endroit. Je suis une tâche dans ce bel océan, laissez moi ! Les arbres me parlent, je leur confie mes espoirs, mes doutes… Je ne suis pas anodine , je suis l’abondance, la prospérité, je suis une reine, je suis une déesse, coiffée du disque solaire, je suis sacrée pour ma bienveillance, je sais pleurer, je sais m’amuser et peut être sourire... Je suis capable de porter l’Humanité dans ma prairie bleue, couleur céleste de notre Terre. Laissez moi !
Vous m’écoutez ???
Mireille Galas
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UNE, DEUX, TROIS VACHES ET PLUS CAR AFFINITÉS
La steppe court jusqu’au bout du ciel. Des arbres ponctuent l’espace puis s’unissent en forêt.
- C’est quoi ce martèlement, tu vois quelque chose Haut-perché ?
- Ça monte de l’horizon avec une vapeur blanche.
- Attention les arbres ! Bien droits sur vos racines, levez haut vos branches. Les troupeaux d’aurochs sont de retour !
- Le sol tremble, je sens leur odeur forte. J’ai peur. Ils vont me piétiner.
- Tu es souple petit, tu te redresseras !
Flanc contre flanc, de puissants animaux au pelage sombre avancent, leurs cornes déployées. Ils forment une masse imposante et mouvante.
- Poussez pas derrière, c’est pas la peine d’aller plus vite.
- Les vieux se lâchent toujours quand on est en marche, c’est dégueu !
- Avancez les jeunettes, ça va nourrir les herbes.
- A propos d’herbe, on s’arrête quand pour manger ?
- On attend le signal de la vieille Matriarche.
- Mon petit veau aurait besoin de téter.
- Ne t’avise pas de t’éloigner, le troupeau vous protège.
La forêt n’est plus qu’un bois. De grands champs ondulent vers une ferme en pierre sèches. Le soleil se lève, une fillette sort de la maison et court vers l’étable. Elle y pénètre en silence. Les vaches tournent leurs énormes têtes. L’enfant se fige. Elle repart à pas de loup.
- Viens, maman ! J’ai entendu la poule chanter dans l’étable.
- Tu avais raison ma chérie, voici trois œufs. Notre Victoria est l’ange gardien des poules.
La fillette sourit.
La prairie s’étale en bleu, jaune et blanc. Ça sent le miel, la menthe et le sirop d’herbe. Les vaches ont sorti leurs robes de bal, des dominos contrastés, des roux tendres, des bruns luisants. Toutes ruminent paisiblement sur leurs coussins verts. Un appel brise le rêve.
- Allons ma fille, réveille-toi ! Tu vas être en retard ! Habille-toi. Déjeune. Monte dans le bus. Cours ! Traverse la cour, vite. La classe, enfin.
- Sortez vos cahiers, écrivez, lisez, chantez, sautez...
Même la maîtresse court contre la montre.
Ah! Ruminer dans un pré ! Reprendre une à une mes pensées, me poser, réfléchir, contempler.
Une vache est un arc-en-ciel qui pleure dans son museau.
- Que cette étendue champêtre est belle ! Toutes ces couleurs dansent. Mais je rêve, ça bouge !
- Non Drôlet, tu as devant toi mon œuvre artistique la plus aboutie.
- Comment ça ton œuvre ?
- Regarde vraiment. Mais qui sait encore regarder ?
- Voyons, voyons. Oh ! Toute la prairie se lève et s’en va !
- Mon chef d’œuvre Drôlet, un troupeau de vaches peint en paysage !
- Paysage, paysage, est-ce-que j’ai une gueule de paysage moi !
- Calme toi Victoria.
- Impossible, trop c’est trop ! Dire qu’il aura fallu des siècles pour aboutir à nos yeux noirs cernés de blanc, à notre solide manteau roux, à nos cornes bicolores. Tout ça balayé, effacé. J’en suis toute retournée. Nous voilà barbouillées de couleurs malodorantes par un soi-disant artiste. Plus d’identité, exclues des vivants, des objets picturaux !
- Malotru fourchu, fou-terreux-qui-pue.
Des vaches quittent leurs pâturages et convergent vers un grand hangar attenant à la ferme. Elles s’agglutinent devant la porte close. Des meuglements douloureux montent.
- Avancez devant, je suis gonflée à craquer, je peux plus tenir.
- Poussez pas.
- Mais qu’est-ce-qui se passe ?
Le fermier s’agite en tous sens mais n’ouvre pas la porte.
- Victoria, tu y comprends quelque-chose ?
- J’ai bien peur que la trayeuse électrique soit en panne.
- C’est pas possible, nous allons toutes crever !
- Il faut défoncer la porte.
Les meuglements douloureux s’intensifient. Les bêtes sont de plus en plus nerveuses. Leurs mamelles ont l’air de ballons prêts à éclater. Un cri.
- La porte s’ouvre.
- Un peu d’ordre les filles, tout s’arrange.
- Cette Victoria, il faut toujours qu’elle fasse sa commandante !
- Nous avons frôlé la catastrophe.
Une odeur d’abandon flotte sur la vieille ferme. Un troupeau de vaches s’avance, hésitant. Leurs sabots claquent sur un plan incliné. La gueule béante d’un poids lourd à bestiaux les engloutit, l’une après l’autre. Un homme, ratatiné par l’âge, caresse sans la voir une laitière rousse aux belles cornes. Ses yeux tentent de retenir ses bêtes. Il les entend trébucher puis disparaître. Il a veillé sur chacune depuis sa naissance.
- Elles partent toutes, Victoria. J’ai trouvé personne pour reprendre ma vieille ferme. Personne, tu entends, personne n’en a voulu, ni de la ferme, ni des bêtes, les gens ne mangent plus de viande, alors. De la viande pour chats …
Victoria tourne vers lui ses grands yeux assombris.
- Moi aussi j’ai envie de pleurer. Tu es la seule rescapée !
Le camion traverse un village en habits de fête. Les meuglements des bêtes couvrent le discours, s’atténuent, puis se perdent au loin.
- Agriculteurs d’aujourd’hui, vous êtes de la noble lignée des paysans nourriciers. Vous et vos vaches restez le dernier rempart contre la mal bouffe et l’obésité. Ils ont fait de votre lait un prétexte à desserts sucrés bourrés d’arômes artificiels. Combien d’enfants savent-ils encore que le lait vient des pis des vaches ? Vos magnifiques bêtes seraient responsables de toute la pollution. Mais pas les usines reléguées au loin, mais pas les voitures, toujours plus grosses, auxquelles personne ne veut renoncer. Nous avons fait de vous des industriels, mais la vache n’est pas une machine ! C’est un être vivant qui nous nourrit depuis des siècles. Aidez-nous à concilier de bonnes conditions de vie pour les animaux et une alimentation saine.
Une terre longe une ligne de chemin de fer. Des vaches paissent dans les pâtures aux alentours, soudain un bruit rompt le silence.
- Il arrive les filles.
Toutes les vaches assistent au passage du train comme à un rituel sacré.
- C’est déjà fini, maman ?
-Oui, mon petit veau mais il reviendra demain.
- Pourquoi, c’est si émouvant ?
- Victoria dit que cela nous évoquerait la marche des grands troupeaux nomades.
- Je comprends rien maman.
- Il y a très, très longtemps nous vivions sauvages et libres dans de grands troupeaux qui se déplaçaient sur de vastes espaces à la recherche de nourriture.
- Pourquoi nous ne le faisons plus ?
- Il nous faudrait affronter la faim, le froid, la sécheresse, trouver tous seuls des prairies, existent-elles encore, des points d’eau ? Et surtout il faudrait que l’homme renonce à nous et que nous soyons capables de vivre sans lui.
- Mais pourquoi pas, tout est à réinventer !
Marie-Sol Montes Soler
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Misha et le Petit Prince
-Je te mène dans le pré Misha
-Je peux y aller toute seule tu sais
-Pourquoi tu soupires ?
-Je soupire parce que je sais où tu m'emmènes
- …..
-Tu m'emmènes dans le pré du panneau publicitaire
-Ben oui, figure-toi. Je dois changer les affiches
-Et qu'est-ce que ça va être cette fois ?
-D'un côté je peins l'affiche d'une expo sur le chocolat à travers les âges au musée de la Vache, de l'autre une annonce, un week-end sous l'égide de l'OTAN en Ukraine pour l'équivalent de dix litres de lait
-Et tu as besoin de ma tronche bien sûr
-Évidemment, tu es la plus belle vache du pays, même que ta place est réservée au musée quand tu seras empaillée, et quoi de plus émouvant qu'une vache russe qui vole au secours de l'Ukraine ?
-Oh ! Qui vole ! Tu y vas un peu fort, et vache russe c'est toujours mieux qu'une vache folle non ? Tu vas encore me dessiner façon Vache Qui Rit je parie... Tu me fais toujours des oreilles trop grandes je te ferai remarquer
-C'est que tu as de grandes oreilles
-C'est même pas vrai
-Oh que si ! Tu as de grandes oreilles mon enfant, et de grands yeux, de gros naseaux, et une lononongue queue mon enfant
-Tu n'es pas le petit chaperon rouge
-Non et toi tu n'es pas le grand méchant loup
-J'ai peur du loup
-Comment tu fais, tu n'en as jamais vu
-Si, dans un livre, un jour j'ai lu Pierre et le loup
-Ce n'est pas possible, tu as une longue langue pratique pour humecter, mais tu n'as pas de doigts pour tourner les pages
-Tu me fais bien voler toi, pourquoi je n'arriverais pas à feuilleter un livre ?
Silence
-Quand j'étais petit, Misha, on m'appelait le Petit Prince
-Ah ...
-Oui, parce que j'étais blond comme les blés avec de grands yeux bleus, comme le héros du conte
-Et qu'est-ce qu'il disait ce conte ?
-C'est l'histoire d'un petit garçon... Non c'est l'histoire d'un aviateur qui … Non c'est l'histoire d'une rose un peu casse-bonbon, non attends, il y a un renard aussi, très important le renard, et un serpent, et
-Meuh, pas très clair tout ça
-Enfin le Petit Prince est amoureux d'une rose, il l'abandonne pour voyager, et pendant son voyage il rencontre tout un tas de gens, un roi, un vaniteux, un businessman, un allumeur de réverbères, un aiguilleur...
-M'en parle pas, tous ces hommes d'affaires et ces gens de L'EDF et de la SNCF je les connais bien, ce sont eux qui ont enfermé mes prés entre la ligne de chemin de fer d'où les gens me prennent en photo (il faudra que je pense à replier les oreilles dorénavant) et la Nationale et ses fils téléphoniques qui ondulent tout du long à perte de vue, tu crois que je n'ai pas compris votre "progrès" ? Remarque, tant que je peux rentrer à l'étable
-Et le Petit Prince découvre l'amitié, le remède pour tous les myopes, tous les astigmates, tous les presbytes
-Ah sois poli !
-Parce qu'on ne voit bien qu'avec le cœur, et il découvre l'amour aussi
-Ah, Imaginer l'amour, il y a bien Ursule le taureau, ça dure cinq minutes, et à part Bonjour merci au-revoir c'est tout ce qu'on s'est jamais dit. Tu ne sais pas ce que c'est que de recueillir la rosée des mâles
-Le Petit Prince découvre qu'il est amoureux de sa rose et que cet amour est unique
Silence
-Pourquoi faut-il toujours partir pour comprendre qu'on aime ? C'est de la folie Misha
-Einstein a dit
-Tu connais Einstein !?
-Il venait souvent ici du temps de mon arrière arrière grand-mère, on l'appelait le "Relatif", et il disait :
« La folie, c'est de toujours faire la même chose et de s'attendre à un résultat différent »
Silence
-Imaginer l'amour. Ah, Imaginer le soir et les splendeurs barbares, accoudée à ton bras !
-Mais l'histoire est triste Misha, parce que pour rejoindre sa rose, à la fin, le Petit Prince doit mourir
-C'est trop triste ton histoire
-Mais moi Misha, je sais qu'il est juste un peu mort le Petit Prince, pas tout à fait, et je vais te dire un secret, on m'appelait le Petit Prince parce que j'étais, le Petit Prince. Et regarde-moi !
Voilà, tu sais ce qu'il est devenu
-Quoi, un vieux croûton qui peint des vaches sur des panneaux publicitaires pour arrondir ses fins de mois ?
-Un vieux croûton qui n'a pas voulu t'envoyer à l'abattoir, et c'est ce qui va t'arriver si tu ne me respectes pas plus ! Tiens, reste juste là pendant que je monte à l'échelle avec mes pinceaux
Silence
-Demain Misha, je planterai un rosier à la porte de ton étable.
Jean-Pierre Curnier
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La vache !
La vache !
Pourquoi pas : « Le cheval ! » ou « Le papillon » ?
Les vaches d’outre-monde
Là-bas, elles scintillent, leurs sabots sont d’or fondu, leurs cornes ruissellent d’étoiles, leurs yeux en amendes brillent d’intelligence, leurs têtes fièrement tournées vers l’horizon.
Dans mon monde, elle broute et rumine, noire et blanche sur fond vert, les pis tendus à craquer, nourricière fataliste. C’est une esclave, une utile, de celle que l’on mène à l’abattoir lorsque l’on décide que le temps est venu.
Quand j’y reviendrai, je filerai à l’étable leur dire que dans l’outre-monde, elles sont des déesses. Pas sûre que ça les console.
La révolte des vaches
Savez-vous chers amis ce que font les humains ?
Ils s’agitent tout le temps, parlent à nous casser les oreilles, prennent tout ce qu’ils peuvent en donnant si peu, pensent maitriser leur destin et surtout, surtout, sont sûrs de mériter tellement plus que n’importe quel autre être vivant sur cette planète. « Nous sommes des êtres supérieurs aux animaux, aux plantes, aux arbres, à la terre. Nous sommes les maitres de ce monde ». C’est leur dieu qui leur a dit.
Alors, savez-vous ce qu’ils se permettent de faire ? Ils vont jusqu’à utiliser notre nom pour jurer, pester, s’indigner, se moquer... La vache ! Mort aux vaches ! Grosse vache ! Vachement… ! Vacherie, la liste est longue. Cette liberté qu’ils prennent avec notre nom fait nous rabaisse au rang des moins respectables encore que les moins respectés des vermisseaux.
Cela suffit. On ne peut plus faire la sourde oreille, ignorer d’avantage leur grossièreté. Les laisser faire plus longtemps. Nous devons user de notre droit de réponse.
À toutes, RV mardi prochain pour une manifestation paisible, un défilé de contestation, une marche lente, cadencée, puissante. Nous mugirons toutes ensemble contre cette agression : « Hommes et femmes, les vaches vous emmerdent ! ».
La vache rockeuse
A force de la frôler jour après jour, je me suis habituée et j’en ai redemandé. J’ai même fini par devenir une véritable pile électrique, au point que j’ai décidé de passer de l’autre côté de la clôture. Et de réaliser mon rêve. Être une star de rock et électrifier les foules à mon tour !
Mes cornes captent les musiques du monde entier, mes poils en banane sur mon front marquent le rythme, mes trayons claquent des doigts, ma queue vibre en corde de guitare, mes sabots jouent de la batterie ; sur mon dos j’ai fait tatouer « A Johnny pour la vie ». Parce que c’est lui qui a planté cette graine de rêve dans ma tête. Lorsque que la virginie venait nous chercher aux champs le soir, j’entendais dans son baladeur qui hurlait à ses oreilles la voix de celui qui le premier a su chanter l’amour vache ; « que je t’aimeuuh, que je t’aime … ».
J’aime les vaches
Elle a tué la petite chatte, comme ça, sans même s’en rendre compte. Son corps massif s’est affaissé d’un coup, elle a écrasé Pupuce, noire et blanche comme elle, quelle ironie.
Là dans son étable, la vache en se couchant a provoqué mon premier chagrin de mort. Je lui ai pardonné. Je pense que je n’ai même pas pu lui en vouloir.
Véronique Lahalle
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Le Lait a tourné !
Le chien, il s'est mis à me courir après. J'ai eu la trouille et va savoir ? J'ai pensé être capable de sauter par dessus le barbelé...Je me suis abîmée le tiroir à veaux ! Mais, « à quelque chose, malheur est bon ». J'ai échappée à la rafle. Je suis une rescapée. M'échoue le rôle de mémoire, comme toi, unique arbre dans la prairie.
Les classes viennent me voir...Et, tu sais ce qu'un gosse m'a demandé l'autre matin ? Si ça n'était pas un peu dégueulasse de remâcher ce que j'avais dans l'estomac... moi qui rumine pour l'éternité !
La vache qui rit, qui s'en souvient ? Aujourd'hui, la vache pleure dans son coin. Elle fait figure de poisson d'avril. L'autre jour, un artiste m'a prise pour sa muse. Il s'est mis à me peindre. Ensuite, il hésitait pour le décor. Je lui ai suggéré une profusion de verts. Il m'a demandé : « C'est comment le vert ? »
L'autre jour, il y avait un appareil avec un fil échoué dans le champ. L'Aubry m'a dit que que c'était un grille-pain. Qu'est- ce que tu veux que je foute avec un grille pain ? En même temps, je comprends qu'on l'ai jeté. Totalement inutile aujourd'hui avec le réchauffement climatique. Il suffit juste de laisser sa tranche quelques minutes dehors !
Ah le climat ! L'autre jour, la Germaine m'a dit que son marmot était tellement goulu qu'elle avait le lait dans les mamelles au niveau de la nappe phréatique !
Et me voilà devenue une curiosité ! Des vaches ? Il n'y en a plus. Plus besoin, a dit ce con à la télé, c'est l'Aubry qui me l'a rapporté. Du lait, on en trouve plein les supermarchés, à ce qu'il paraît, en bouteilles, en briques, en poudre, en berlingot... Il font même du lait de poule ! De là à ce que l'Aubry me demande de pondre des œufs...
Tu comprends : la poule aujourd'hui doit pondre direct les œufs en chocolat pour Pâques et, à Noël, on la programme pour des œufs décorés à la Russe. Comme ça, moins d'intermédiaires. Tu vois les économies ?
Même que l'Aubry a vu un reportage à la télé...Il ne voulait pas me le raconter, pour ne pas me faire de la peine. Mais je l'ai menacé de le priver de fromage, alors... La vache, elle arrivait dans l'usine. On la montait sur un tapis roulant et hop, illico, on lui tirait la queue. Evidemment, elle meuglait. Une armée de mecs en blanc bardés de capteurs, enregistrait le « Meuhhhh », pour les archives du futur, disaient-ils. Ensuite, on lui gelait les mamelles et, hop, directo la glace au congel ! Ensuite, on l 'énucléait, pour récupérer les cils et le regard expressif, soit disant pour la chirurgie esthétique. L'étape d'après, c'était le dépeçage et tout de suite, un blouson, une carpette, un sac...Il ne restait plus qu'à la débiter : des steacks et entrecôtes à gogo. Les dents ? L'industriel précisait que les chercheurs s'interrogeaient sur quoi en faire, mais, pour l'instant, ils n'avaient pas trouvé !
Le pire, l'Aubry me l'a avoué, c'est que dans l'usine, braillait à tue-tête et en boucle, l'air de « A la queue leu leu... »
Avant de disparaître, j'aurais quand même bien voulu lire « La chèvre de Monsieur Seguin ». Comme elle, j'ai bien envie de montagne et d'herbe fraîche. Mais le loup, comment faire, je n'ai plus de cornes ? Ma carrure suffirait-elle à le dissuader de m'attaquer ? A moins que Meuhhh fasse plus peur que Bêêê... ;
Marie Saladin
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AMOURETTE
Indubitablement, la vache est l’animal de l’interrogation.
Tellement familière, tellement prévisible, tellement ordinaire presque. Pattes frêles et corps plus qu’imposant, une vraie lenteur à se mettre en route...
Pfff quelle erreur, quel manque de discernement...
Il y a peu, éprise d’une inextinguible soif d’air et de liberté, je parcourais la lande d’un pas alerte lorsque ma réflexion intérieure fut interrompue par une scène peu commune. J’avançais à la diagonale d’un pré verdoyant et à ma grande surprise une très belle vache à la robe blanche tachée de noir s’énervait toute seule dans son carré.
« manger de la vache enragée, l’amour vache, peau de vache, il pleut comme vache qui pisse »
marmonnait-elle en secouant la tête faisant taper ses cornes contre l’écorce d’un saule proche
« et puis quoi encore , marre d’ être si peu considérée »
« ça va pas, avançais je prudemment ? »
Je ne fus finalement pas surprise lorsqu’elle engagea la conversation.
« non en effet pas du tout, là c’est trop... trop de discrimination »
Et elle se lança dans un monologue, un peu disparate mais qui en disait long sur sa révolte.
« D’abord moi, c’est Amourette, et voila que pas plus tard qu’hier, j’ai entendu une maman très en colère après sa fille tout ébouriffée et la robe froissée par les jeux, lui dire : tu sembles sortir de la gueule d’une vache.
Tu te rends compte, on s’en prend même à ma gueule. Et la maman de poursuivre : je n’en peux plus de repasser...
Repasser ? Je me suis renseignée, il existe parait-il un objet triangulaire, lourd, qui, une fois son fil raccordé au mur, chauffe très fort et de temps en temps expulse des jets de vapeur comme moi le souffle de mes naseaux . Promené sur le tissu, les plis s’effacent . je ne sais pas si c’est très utile mais en tous cas , ça met les mamans de mauvaise humeur et ça n’a pas l’air très durable. Et la référence à ma gueule est plutôt offensante je trouve. »
Lancée dans sa diatribe, Amourette ne secoue plus la tête mais avance, véhémente.
«D’ailleurs parlons en de ma gueule. Et aussi de mon mufle. Il est large avec de grandes narines car j’en ai besoin pour sentir tout ce que je vais ingurgiter. Mon odorat est très développé ! ma langue c’est une sorte de râpe. J’ai des milliers de papilles. Sais tu que le gout est hyper important, c’est pour nous les bovins ? C’est pour cela que je rumine, pour analyser et profiter de chaque saveur de l’herbe. Cela enrichit grandement la qualité de mon lait.
Tout ce qui sort de moi est parfaitement informé de mon environnement en temps réel. Mes cornes (usines à hormones entre parenthèse) entretiennent la relation en permanence avec le cosmos. C’est pour cela que dans certains pays je suis SA-CREE. Parce que j’incarne les forces invisibles. Et pour cela aussi, les biodynamistes me portent aux nues.
Amourette se tut un instant, réfléchissant à toute allure, elle m’apostropha sur un sujet sensible :
« ……..Ne vous méprenez pas sur les améliorations que nous allons apporter à votre vie... Vous nous avez élus pour réaliser de grands chantiers. Après l’échec absurde de Notre Dame des Landes, nous sommes convaincus de la grande compétence de nos experts, de nos chercheurs. Les projections les plus affutées ont été mises au point avec le soutien des technologies de pointes, l’intelligence artificielle va permettre l’anticipation la plus adéquate. Place aux progrès agricoles avec les méga bassines, aux traitements industriels du lait issu de méga fermes. Plus aucun humain n’aura besoin d’intervenir, la production sera parfaite, la fiabilité totale, la régularité irréprochable… Place à l’optimisation des voies de communications avec la construction de nouvelles autoroutes …l’infrastructure optimale pour raccourcir les temps de trajet et gagner des minutes précieuses….
Ça c’est une partie du discours de Jean Tenrien, ministre de l’agriculture. Tu te rends compte de ce qui nous attend..
Cela dit, C’est à celui-là même que je dois mon quart d’heure de gloire, je t’explique : »
(là Amourette hésite entre le fou rire et la colère)
« Le patron a tenu à m’exhiber chez les urbains, au dernier salon de l’agriculture et alors que je regardais d’un air volontairement détaché un aéropage d’officiels, voila que ce Jean Tenrien se pique de flatter mon encolure. C’était le moment où jamais. J’ai concentré mes forces, sollicité mes intestins et paf ! j’ai lâché une méga bouse juste à ses pieds. Ses chaussures rutilantes ont accusé le coup. Stupeur totale. Eh oui, une vache ça fait des bouses et même que c’est un sacré cadeau une bouse. »
Amusée par l’effronterie d’Amourette très volubile, je repris la parole pour aller au fond des choses.
« en vérité, tu souffres, toi et tes congénères d’être considérées comme des animaux sans réflexion, passives et sottes. »
« Exactement, qui se soucie de nos rêves, de nos envies ? imagines tu par exemple que le Concerto pour deux Violons de Bach est une pièce de musique qui me transporte au plus haut point ? comme j’apprécie l’espace que cela libère dans mon âme lorsque je l’écoute ? j’aime également beaucoup la chanson Ne me Quitte pas (interprétation de Nina Simone ) d’une mélancolie absolue.
Je suis sentimentale. Si tu savais comme je souffre lorsque l’on m’enlève mon petit veau. J’y suis tellement attachée que lorsque je l’appelle, mon cri n’est pas le même que pour mes autres demandes.
Et tu vois, si je savais lire, je ferais de Vol de Nuit de St Exupéry mon livre d’étable.
Te rends tu comptes du désir fou qu’il a fallu depuis la nuit des temps pour que l’homme parvienne à réaliser son rêve de voler, puis construire et améliorer sans cesse sa machine . L’utiliser à des fins très humanistes et utiles, transporter du courrier pour relier les hommes.. et tous ces aventuriers qui ont poussé leurs limites pour améliorer leurs performances, y laissant parfois leur vie….j’aurais adoré volé, défier la pesanteur. Quitter ne serait que quelques heures le plancher…des vaches. »
Au fond Amourette tu es tout sauf seulement une bête..
-Tout à fait, tout sauf seulement une bête de somme, ou …une vache à lait.
Même si mon image a été abusivement exploitée par une fromagerie industrielle peu qualitative, La Vache qui Rit, tu parles d’une affaire, il m’arrive d’inspirer des artistes tout à fait branchés ? Je pense d’ailleurs à Pink Floyd qui a eu le bon gout de choisir une belle vache en égérie d’un de leurs plus célèbres albums .Et de Kandinsky à Eugène Boudin on ne compte plus les peintres, qui ont compris , eux la beauté de notre plastique.
Il faut rétablir quelques idées erronées : peu le savent, quand je suis couchée à l’ombre d’un arbre, sache que ma robe tachée sert à me cacher. Que ma lenteur à me mouvoir me permet d’être prudente et d’évoluer avec sagesse et bon sens. Et quand je rumine, je médite.
Je suis une ruminante savante.
Michèle Aubéry
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Meuh Voilà !
La vache est une folle d’amour qui vole d’arbre en arbre. Sa petite frange courte en clair obscur, que l’ombre et la lumière habillent. Sa petite frange en culotte courte s’agite à chaque babille ;
« Dis c’est quoi l’argent ? Ça se respire ? Ça se mange ? »…
« Meuouais! je préfère les cornichons, les manger et les fredonner. Tiens tu en veux ?
Dis tu sais sourire ? »
Parce que les lettres s’assemblent pour faire de multiples histoires à l’infinie. Parce qu’elles sont mouvements dansés mais également chantés. La vache, se sert à foison dans la Torah. Mâchouillant, malaxant, les passant tout autour de son énorme langue ; Tout contre ses joues, passe et repasse. Comme les petits papiers envolés dans le vent qui virevoltent gaiement. Comme le jour où Noisette, la chatte a perdu sa couche et que la chienne Yonah en a fait des confettis ; C’est beau mais l’odeur en moins. « Meuouais ! »
La vache fait ses vocalisent, apprend à compter sur ses doigts de pieds. Mâche, remâche, regarde la vapeur s’élever de la machine à café dans l’air printanier. Evoque la fumée qui sort des naseaux de Roger. Elle pense ; « les hommes sont fous, ils prennent mes mamelles pour des lanternes et crient «Des mamelles pour la France !» Bientôt ils liront l’avenir dans le pot à lait !
Elle saute de l’arbre, esquisse un pas de deux ; « Pff, on est bien tous les deux, hein ? » bienveillance et sérénité dans cette nature exhalée.
Au pied de mon arbre nous vivions heureux… « Meuouais ! » c’est suranné ! Mais vachement bien !
Dis c’est un sourire vache ?
Léonie Caradi Doyer

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