L'Art de Creuser Samedi 6 mai 2023

L'Art de Creuser

Samedi 6 mai 2023

Pots !

 

 

Ce jour là, coup de pot, on était ici

tou.te.s réuni.e.s à la fortune du pot

autour d'un pot de café chaud

et là, pouf, en deux (trois, cinq) coups de cuillère à pot

sans tourner autour du pot,

on découvre le pot aux roses :

un dépôt de pots en verres, terre, fer

 

Manque de pot, quelques fêlures, ébréchures apparurent

au abords des rebords imaginaire des pots divers

 

Alors, plein pot, sans tergiverser le pot à eau,

sans payer les pots cassés,

hop, chacune et chacun les a sublimés, façon Kintsugi*, oui oui

 

Comment les maux des pots ont étés redorés à la plume ?

 

C'est ce que vous révèlent mot à mot ci-dessous,

Claudine, Jean-Pierre, Léonie, Marie, Michèle, Mireille, Marie-Sol, Séverine et Véronique

​​​​​​​ 

Anne

 

* C'est un mot qui signifie littéralement "jointure en or" en japonais. Le Kintsugi permet de restaurer des objets cassés, abîmés, non pas en dissimulant les fêlures, mais en les sublimant avec de l'or. Le Kintsugi est une ode à l'imperfection et à la fragilité.

En savoir + sur L’art du Kintsugi : https://esprit-kintsugi.com/

 

 

 

Dans  un  pot  de  terre

 

Dans le pot de terre cuite bleu, que j'ai posé au milieu de la table ronde sur ma terrasse, j'ai plongé une baleine à bosse, c'est tellement plus pratique à regarder ainsi  une baleine à bosse, et notez bien que je ne m'en lasse jamais.
Mais quel tracas au début !
Le problème, c'était l'eau.
J'avais d'abord rempli mon pot de terre avec de l'eau du robinet que j'avais copieusement salée.
Mais cela n'allait pas du tout.
Ma baleine ne cessait de se plaindre.
J'ai dû me rendre à l'évidence, il lui fallait de l'eau de mer, ou de l'océan tout aussi bien, elle n'était pas tatillonne à ce point.
Nous sommes donc partis un jour, tous les trois, mon pot ma baleine et moi, et chose dont j'ai horreur, nous sommes allés voir l'océan.
Je n'aime pas la mer, l'océan, les lacs les rivières, ils ne me soutiennent pas du tout, je m'y enfonce toujours au plus profond. C'est dire que je ne sais pas nager.
Mais foin de mes terreurs, j'ai rempli mon pot, et nous sommes revenus à la maison, en prenant garde de ne pas perdre une seule goutte d'eau pendant le voyage, dans les chaos de la route qui sont comme les chaos de la vie, imprévisibles.
Et la vie suivit son cours, je regardais toujours ma baleine tourner en rond dans mon pot.
Quand un jour, la baleine me dit  "Je n'ai rien contre ton pot, mais je m'y sens à l'étroit" , ce à quoi, le pot répondit qu'il était très heureux, lui, qu'il n'aurait jamais espéré une vie de vacances perpétuelles au bord de la mer avec vue sur le large et les baleines, car sa vie avait plutôt mal commencé.
J'avais trouvé ce pot, un soir de rentrée d'embouteillages au bistrot du coin, sur la table ronde de ma terrasse, un rosier tentait de s'y épanouir, et un mot avait été laissé sur la table "En souvenir, ce pot aux roses, pour que tu découvres ce que tu aimes vraiment" .
Je m'étais quelques temps occupé de ce rosier.
Mais les épines... Rien à voir avec Led Zeppelin, aucun escalier vers le ciel.
Rien de plus piquant, pernicieux, allergénique, que les épines des rosiers.
Un beau matin, j'ai regardé le rosier de travers et un seul regard suffit pour le dessécher complètement.
Il me resta le pot, qui ne savait plus où donner de la terre, je l'ai rempli d'eau et j'y ai mis une baleine à bosse.
Et cette baleine me dit à présent "Emmène-moi à la mer" .
Jamais contente cette baleine.
J'en prends soin pourtant, bien mieux que des roses, quand je prends un bain, par exemple, dans ma baignoire, je la prends toujours avec moi.
Bref, j'ai poussé un grand soupir, et j'ai dû l'emmener là où elle désirait aller.
Et ma baleine est partie au large, au grand désespoir de mon pot de terre cuite bleu.
Depuis je l'attends, assis sur la plage de sable où j'habite maintenant, sous une tente.
Elle revient parfois, replonge dans le pot, et nous passons alors quelques jours parfaits, tous les trois, la baleine mon pot et moi.
Puis ma baleine repart.
Et c'est bien ainsi.
La mer ne me fait plus peur, et j'ai découvert ce que j'aime le plus, finalement, la liberté, la mienne bien sûr, et il n'y a rien de plus gratifiant, de plus plein, que de respecter la liberté des autres, surtout quand la prison où vous les aviez plongé, est devenue pour eux un refuge.

 

Jean-Pierre Curnier

 

 

Mon pot de verre

 

« Petit -pot -de -verre quand te dépetitpotdeverreriseras-tu… ? » dit-on à la Comédie française pour se muscler la diction. 
Et toi tu es là, désarmé, inoffensif devant mes yeux navrés d’avoir à te décrire. Car tu n’as pas grand intérêt, mon pauvre, même si tu es plus lumineux que les aussi vilains pots d’alu et de grès gris qui t’accompagnent.
Ca t’ira si je dis que tu es né dans une yaourtière et que je t’ai recueilli abritant une substance laiteuse garantie par une fermière inconnue et qui éclipsait ta transparence ?
Je t’ai gardé, bien lavé, reflets retrouvés, parce que la Fermière gravée en relief (on peut graver en relief ??) me regardait aimablement. 
Ta texture me trouble, comment imaginer que tu es le résultat transparent d’un amalgame de sable et d’eau ?
Tu luisais paisiblement sur une étagère de la cuisine. Hélas, trop voisin d’un pot de confiture PLEIN, et mal attrapé, tu es tombé, mais avec tant d’élégance que tu t’es brisé net,  ouvert  en deux comme un cœur qui s’offre. Qui souffre, aussi !
Je t’ai ramassé avec affection et un clin d’œil de la fer-mière, qui  s’est fendue…d’un sourire.
Ouhouh ! ai-je murmuré. Mais oui, bien sûr, UHU! la colle UHU allait nous. sauver tous les deux. Pardon, fermière, tous les trois. 
Dans une ambiance très Kint-Sugi j’ai réussi la suture des deux blessés. Sans fil d’or sous la main. Mais les voilà unis tous les deux. « A la colle », pourrait-on dire.
Je lève mon verre  à la sante de UHU !

 

Claudine Laurent

 

 

Le pot de « ière »

 

Il n’est ni ondulé ni tatoué M66080222 06 : 493… Mais il dépote quand même !
Il est ouvert… sur le monde.
Son originalité ne réside pas dans sa forme. Il est d’une version commune. 
Il est entré dans ma vie un mardi soir par défaut de glace dans le congelo. A l’époque sa substance a été sublimée par la sirupeuse crème du châtaignier.
Sensible à sa banale originalité, je l’ai observé et j’y ai deviné mon reflet. J’ai décidé de le garder. Qu’importe qu’il n’ait pas eu le pot d’être en cristal. Qu’importe qu’il soit légèrement opaque. Qu’importe qu’un revers de fortune ait permis que soit gravé sur sa peau si lisse « ière ». Car c’est aujourd’hui qu’il faut vivre. C’est aujourd’hui qu’il faut regarder de l’autre côté des facettes du chagrin. C’est sûr, le manque de bol pour un pot ça fragilise la confiance en soi ! ça met le doute tout le temps sur sa capacité à satisfaire, à être à la hauteur des espérances, à la hauteur des transparences ! Et c’est vrai, ce n’est pas TOP pour un POT.
Je crois que j’ai vu à travers lui… C’est sa simplicité qui fait sa fragilité et sa force.
Quelle absurdité de considérer la fragilité comme une faiblesse.
La fragilité, c’est une forme de porosité. C’est cette qualité qui permet la rencontre, le mélange, la fusion. 
La fragilité c’est le tremblement du possible, le vacillement du rêve, l’inspiration de la chute. 
La fragilité c’est l’intention du début : le désir inconscient du mouvement vers… la vie.
Je n’ai pas fait grand-chose pour lui. En fait c’est lui qui a fait quelque chose pour moi. Je lui propose de temps en temps un peu de cire et une mèche. Nous l’allumons ensemble… et tout vacille. Grace à lui, elle rayonne cette lumière qui n’appartient à personne. Ni à lui, ni à moi, malgré tout elle est là. Présente et traversante. Atomique et quantique, elle constitue tout ce qui EST : visible et invisible.
Nos fragilités et nos doutes sont des trésors de ressources, ils sont nos coefficients de divagation, nos potentiels de transformation et d’adaptation.

 

Séverine Joud

 

 

Un Pot Cible

 

C’est un matin couleur d’avoine. Je suis attablée face à mon sucrier. Il est le chien fidèle mais invisible de ma tasse de thé depuis qu’il est passé des mains de ma mère aux miennes. Ce n’est qu’un ancien pot de yaourt au verre terne mais il a un vrai goût d’enfance.
Ma nuit a été stratosphérique. Mes rêves me collent encore à la peau. Je suis sur un engin volant non identifié. Je me penche vers un minuscule village et son paysage séduisant. Le ciel  soulève, au-dessus de ma tête, le cube de son rideau. Je me glisse sous son plancher coloré et je saute, euphorique. Mon bras ensommeillé déploie une aile imprévisible. Sans crier gare, elle heurte mon sucrier. 
Le choc me jette dans le présent. Le pot tombe, les sucres fusent en flocons blancs. Un cri suspend leur vol. Le sien, le mien ? Et soudain, un ouragan cristallin défonce mon carrelage. Mon sucrier explose. Des éclats de sucre et de verre sont projetés de partout puis retombent, pêle-mêle. Un tapis de diamants jonche mon sol. Je suis pétrifiée ! Ma mère vient de se briser. Que faire ? 
En silence, avec des gestes sacrés, je récupère chaque débris. Le verre se venge, je me coupe. Je regarde les tranchants se veiner de rouge. Une obsession m’envahit : réparer mon pot, sauver ce souvenir, me sauver. 
Un pansement scotche mon sang. Avec moult précautions ce bric-à-brac atterrit sur mon établi. Vite des pincettes de chirurgien, de la colle, de la minutie, de la patience, de l’amour. Je tente de refixer entre elles ces pièces disparates. Sur certaines scintille encore un filament pourpre. Il m’est vital de lui redonner vie. Je dois réussir…
J’ai réussi ! Il trône maintenant sur mon bureau. Ses balafres dessinent une étrange géographie. J’aime à me perdre dans son réseau d’îles envoûtantes. Ce n’est plus mon sucrier mais mon porte-crayons. Tous mes mots dansent autour de lui avant d’atterrir sur ma page blanche. Il orne mon présent des broderies tourmentées du passé.

 

Marie-Sol Montes Soler

 

 

Le moche bol


Je l'ai aperçu, au dessus du buffet, affreuseté que j'avais oubliée, que j'avais pensé avoir jetée. D'ailleurs, pourquoi ne l'avais-je pas jetée ...ou, au moins, donnée ? J'aurais même pu l'offrir!Un bol en terre gris, ma couleur honnie, vernissé, artisanal, en grès. Grès-gris...tout ce que j'exècre, couleur, bruit sur le comptoir...grès-gris...prémonitoire ! Je ne sais même pas qui me l'a offert ? Pour recueillir autant de mansuétude, forcément une âme amie... « Symbole de mes faiblesses devant ceux que j'aime dis-moi qui ? ». « Bol moche, tu concentres tous mes paradoxes : tu es triste comme tout ce qui est gris, l'antithèse du bleu du ciel. Ni beau à voir, pas plus à entendre et, de surcroît, je n'aime pas te toucher . Rien que d'imaginer ton bruit sec sur la table, ta texture sur mes lèvres. Pouah ! » Et pourtant, tu portes le souvenir d'une amitié, de moments partagés, de rire peut-être ? Je fouille dans ma mémoire. Qui ? Comment ai-je pu oublier ? A moins que tu ne doives ta survie qu'à l'espoir, la promesse d'une amitié naissante, à venir, différée, jamais advenue, avortée ? Quand ? Même le « depuis combien de temps est-il là » m'échappe. Peut-être devrais-je m'inquiéter du rythme de mes grands ménages ? Il n'y a pas si longtemps, pourtant, j'ai modifié la déco au sommet de mon buffet. Il ne m'a alors pas interpellée. Pourquoi le fait-il aujourd'hui ? C'est vrai que, retourné, il sert de piédestal à une statuette (que j'adore), trop petite pour dépasser de la corniche. Il va continuer sans doute...à moins que...hic et nunc, je trouve le courage de me délester de ce qui m'encombre et, somme toute, ne... Il sert à quelque chose ! Zone d'ombre qui laisse filtrer la lumière, pot-lichinelle gris de ma vie, mémoire occultée... « Tu me regardes et je te gardes! »

 

Marie Saladin

 

 

Le Mal Aimé

 

Un pot minuscule, sans charme, léger dans son gris métallique, se perd dans le jardin fleuri ; Insolite, presque une insulte dans un lieu si charmant, il est désuet, inutile, sert vaguement de réceptacle pour les cendres de quelques cigarettes fumées dans l’ennui.

Il faut s’en débarrasser, l’oublier, le laisser à la rouille. Ainsi fût fait …

Les mois, les semaines, voire les années passent. Les massifs éclatent de couleurs, bourgeonnent. Un air de paradis! Et, au milieu de rien, un petit objet brille, enfin pas tout à fait...Cette petite chose, dans un entêtement obstiné, s’impose de toutes ses pauvres forces. Il est troublant dans son gris passé, couleur terne et indéfinissable.Il boite, des griffures éparses succèdent à des blessures plus conséquentes, irréversibles pour la plupart. Une certitude, il faut l’enlever de là, peut être le reconsidérer, lui redonner un espoir.Il a son histoire, elle est criante, ses origines sont confuses, on peut en supposer quelques unes : une petite conserve, une cible pour un jeu de massacre... une autre vie dans un autre temps ...Cette vie, il la clame de tout son être meurtri. Il en est touchant !

Faut il le poncer, lui rendre un aspect sage, lui offrir du brillant, du vernis ? Non !Les cicatrices qu’ils portent sont belles, appellent une relecture. Il est dit, au Japon, que les fêlures d’un objet, ou celles de la vie, saupoudrées d’or deviennent un art délicat. Cette philosophie, ô combien charmante et généreuse, nous apprend à reconsidérer l’imperfection, à l’apparenter à la beauté : on la sublime pour mieux la faire renaître avec force, lustre, gorgée de vie. Ce petit pot, si mal aimé, peut alors se contempler, retrouver sa place, entamer un nouveau chapitre..Ainsi, peut être, ennoblir une petite fleur au charme innocent, abriter une minuscule herbe aux saveurs délicates, dissimuler un trésor infime décidé par quelques délires improbables …..

 

Mireille Galas

 

 

Terre et Chair

 

Il était relégué au fin fond de l’armoire du salon.
Sorti de ma vue mais point sorti de ma vie.
Débusqué derrière une imposante pile d’assiettes, je me suis laissée cueillir par notre nouvelle rencontre et j’ai laissé, longtemps, glisser ma pensée.

 

On aurait pu le qualifier d’ordinaire. Moi je le trouvais juste un peu lourdaud. Sa rassurante plastique, et sa presque banale esthétique m’ont pourtant invitée à l’enserrer de mes deux mains. A la fois une prise et une caresse.
Sa nature charnelle s’est immédiatement révélée. De terre pétri, il a évoqué ni plus ni moins que la création de l’homme par Dieu. Selon certaines croyances, Le Tout Puissant ne s’étant pas saisi de terre pour façonner l’homme à son image ?
Troublée par l’évidence du lien originel, j’ai laissé courir librement mon imagination.
Vous l’aurez compris cet objet puissamment évocateur n’est rien d’autre qu’un pot de terre cuite.
Banal mais unique, rescapé d’un grand débarras, il aurait dû rejoindre un monceau d’objets hétéroclites. Le bric à brac terne et poussiéreux découvert dans cette ferme inhabitée depuis longtemps. Toute jeune et nouvellement mariée j’explorais ces lieux où j’allais passer ma vie.

 

Davantage un  passage de témoin qu’un vestige des années écoulées, il me parlait de ce qui s’était vécu dans ces lieux . Le rythme des saisons, les naissances, les malheurs et les grandes joies des familles, des gens.
 J’avais donc tenu ce jour là, à le garder. Instinctivement je cherchais à protéger ce qu’il portait modestement, pour moi, magnifiquement.
J’étais émue. Evocation du désir de l’instant qui avait conduit le potier créateur à réaliser son ouvrage. Troublée à l’idée du geste qui avait façonné la glaise souple.
Intriguée par les usages auquel on l’avait destiné, ce simple pot d’argile cuite semblait porter une grande part d’humanité.
J’imaginais les innombrables occasions où il aurait pu disparaitre. D’ailleurs le craquellement de sa bordure vernissée rappelait un choc thermique que je lui avais infligé, innocente que j’étais.
Et cette écaille profonde qui révélait sa chair signait un choc brutal avec l’émail robuste de l’évier, heureusement il ne m’en avait pas tenu rigueur.
Mais plus troublante était cette cicatrice ancrée dans sa matière. Moi, je ne l’avais connu que marqué de cette sinueuse ligne qui dessinait des étoiles. Celle qui réunissait ses morceaux certainement éparpillés brutalement suite à une chute maladroite.
Signature d’une vie préalable mouvementée, j’y voyais la beauté philosophique et la spiritualité d’un très bel art japonais, le kintsugi.
Les parcelles ainsi réunies de ce pot modeste devenaient la révélation d’un savoir faire inspiré par le hasard et hautement réparateur.
Reconstruire après l’accident, redonner corps et cohérence, ne pas négliger les brèches. Les voir surtout et peut-être même les mettre en valeur.
Finalement rendre davantage vivant, différent, et surtout plus riche l’objet du quotidien.
L’aimer avec la marque de ses cassures. Tout comme je dois accepter les miennes.
Intégrer les failles, les rides, les fractures, les cals et être profondément émue par les marques du temps et les traces des tempêtes abordées.

 

Michèle Aubéry

 

 

Le Petit Pot de Verre

 

Il est arrivé un samedi matin ensoleillé et frais. Accompagné de son frère Fer à bras et sa sœur Terre à Terre. Il ne m’a pas particulièrement attiré avec sa robe fade et transparente. Plutôt discret, intimidité, pot pourrit il semblait dans le Pot âge. Ce n’était pas un verre à pied, élancé, majestueux, dans lequel se mirent les couleurs du vent. Mais un simple verre à dent, matière insaisissable, fusion brute de sable et d’eau. Solide, impénétrable fait pour durer. Il n’a pas fait de vague et s’est installé là, entre la chouette en résine au couleur de terre et le bouquet de fleurs séchées sur le buffet.
C’est par une journée de printemps qu’il s’est révélé. Un rayon de soleil s’est risqué à le caresser. De sa douce lumière illuminée il s’est éveillé, ébroué. Sa peau de verre s’est éclairée, limpide, parsemée de poussière de cristal coloré. Le pulpeux du contour cristallin ouvert à l’émerveillement. Une pot-ion lumineuse semblait le remplir tel un nectar mystérieux. 
C’est une étincelle qui saisit mon regard ; sans potin ni chagrin je lui donnais son premier bain. Lui qui revenait de loin. des contrées du rien, de l’oubli, de l’enfoui. Hapé par l’humilité des âmes simples, voilées de poussière du passée. 
Un fil d’or de lumière tissé l’orne à présent d’un éclat étincelant ; transparence retrouvée, solidité affirmée. Vide récipient des échos intérieurs, espace accueillant le silence des possibles !
En son cœur de pot pur de toute haine, la lumière fait son nid pour dévoiler son spectre aux mille facettes.
Parce qu’il n’arrête pas la lumière, ce petit de verre, lui permet de rayonner dans sa transparence pour toucher le plus profond de l’âme et accueillir les couleurs du temps.


Léonie Caradi Doyer

 

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