Samedi 12 mars 2022 : Des petits bonheurs éphémères
Des petits bonheurs éphémères
Atelier d'écritures du samedi 12 mars 2022
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Illustrations photographiques : Anne Rapp-Lutzernoff - Mars 2022
Le Printemps des Poètes en photos et poèmes sur les murs de Pujaut (Gard)
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CHAQUE JOUR
Chaque jour est le premier jour
celui-ci interrompt la course d’un enfant tout absorbé par la volupté d’un chocolat dans son palais.
Chaque jour est le premier jour
d’une plage écumant sa rage dans le galop en refrain de deux cavaliers. Dans le silence retracé, les jambes dénudées des filles harponnent les yeux des hommes.
Chaque jour est le premier jour
pour cette femme, ivre de liberté, au volant de sa voiture happée par la vitesse.
Au bord de la route, cachées dans les bambous, des fauvettes, brindilles au bec, gazouillent.
Chaque jour est le premier jour
d’un ciel aux merveilleux nuages où le soleil se lève et se couche dans la pourpre. Les yeux dans les airs, je suis les méandres des êtres dotés d’ailes. Et j’imagine, bien au-delà, les étoiles filant dans l’infini.
Chaque jour est le premier jour
d’une vie, blanche, bleutée, grise, cassante, poudrée, brillante, terne, violente, douce, folle, maniaque, tassée, frivole, laiteuse, vibrante, glacée, perverse, fuyante, effacée, amalgamée, insaisissable, transparente, violacée, brumeuse comme cette neige du pôle nord dont je n’ai pas fini de vous parler.
Chaque jour est le premier jour
d’une MARIPOSA posant délicatement sur les secrets de mon enfance.
Chaque jour est le premier jour
d’un PAPILLON fanfaron butinant la lumière et ses constellations.
Chaque jour est le premier jour
d’un BUTTERFLY découpant dans le ciel des pétales gourmands.
Chaque jour est le premier jour
d’une FARFALLINA s’extirpant de sa chrysalide pour nous décrire les fées et les farfadets.
Chaque jour est le premier jour
d’un SCHMETTERLING éphémère se métamorphosant en arc en ciel.
Chaque jour est le premier jour
d’une glaneuse de fleurs de sel. Perchée sur les vagues, indifférente au froid, elle cueille du bout des doigts, vos larmes si humaines. Elle les lave longuement dans ses yeux bienveillants et vous les rend en colliers de perles.
Marie-Sol M. S.
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Illustration : Marie-Sol M. S.
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Fracas
Se fracasser contre un Nom quand on s'appelle Bras Cassé.
On peut l'être, un bras cassé, on ne l'est jamais seul, on imagine toute une équipe autour, une équipe de bras cassés, mais s'appeler Bras Cassé !
Se fracasser sur le remplacement, il voudrait s'appeler autrement mais la liste de Noms proposés ne vaut pas mieux, qui voudrait se nommer Fleur d'Avril ? Ça c'est bon pour sa cousine, qu'il tripote assidûment quand elle vient aux vacances, et elle ne manque jamais de venir, sa cousine.
Se fracasser au crépuscule, l'heure des dieux, l'heure de l'incertitude et du désarroi, « Arrête ton char ! Passe à autre chose ! » , mais on ne peut pas, il faut d'abord voyager dans le passage,
se fracasser dans une sorte de tunnel qui n'est plus le jour et pas encore la nuit.
Quelle qu'ait été la journée, magnifique, on exulte puis on craint on doute qu'elle puisse être reproduite, et on se prépare à fêter fébrilement la nuit qui vient avant que le monde ne succombe à sa déception, si la journée a été mauvaise, on doute des conséquences, rien ne peut être pire, se fracasser contre la réalité et la détourner, se fracasser et se recueillir dans la pause du temps et de la lumière.
Se fracasser contre la lumière incertaine du coucher de soleil est une chute mélancolique, dont on ressort encore et encore inlassablement.
Se fracasser contre la tristesse, sur un visage aimé, dans la pénombre d'une chambre, quand les pupilles sont dilatées au maximum et que le bonheur envahit les visages, percevoir cette tristesse l'espace d'un instant si rapide qu'on aurait pu ne pas le voir et se demander, de quelle profondeur vient le désir ?
Se fracasser contre une classe dirigeante qui ne veut pas entendre écouter comprendre admettre, combien se fument de cigarettes la nuit sur les barricades, puis à l'aube, à l'aurore, garder ce goût pour le tabac une vie entière, fracasser ses poumons, mais résister dans sa tête, partout et toujours y monter des barricades, faire brûler des pneus et respirer de la fumée pour s'étourdir de liberté et laisser entrer le feu en soi.
Se fracasser contre le silence et entendre alors le bruit furtif et insistant de sa voix intérieure, nulle musique, nulle guitare ne peut vaincre le silence, elles ne pourraient que lui donner un air mensonger, seule notre voix peut le faire efficacement.
Se fracasser, se fracasser, se fracasser sans cesse, ne pas désespérer de la vie, et trouver le bonheur à se relever toujours.
Jean-Pierre C .
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Bonheurs et Intimité
Tant de plaisirs comme interdits et éphémères
Tant de joies ridicules et insignifiantes
Tant de faux pas qui ont ouvert tant de chemins
Je confesse à l’intime de moi le plaisir enfantin d’aborder le printemps
Déjà un peu de chaleur et aller croquer à l’arbre la première cerise juteuse et mûre
Et me rendre malade d’en goûter une deuxième, encore meilleure,
Puis une troisième, on ne sait jamais..
Et cela jusqu’à ne plus compter..
Je confesse à l’intime de moi, et j’en suis peu fière, l’excitation si peu écologique de me mettre au volant de ma voiture chérie, d’envisager un long parcours,
D’avaler les kilomètres et ressentir une liberté totale, inouïe,
Ivre de la facile motricité.
Je confesse à l’intime de moi et même je revendique le droit de poser sur une toile ce sentiment diffus et profond qui m’habite .
De me concentrer sur ce tableau aperçu dans le demi-sommeil qui précède l’éveil,
De le mettre en œuvre en piochant dans les techniques éprouvées,
De choisir au contraire une voie nouvelle. Véritable voyage
Je confesse à l’intime de moi accepter que ce soit raté, moche, maladroit
Ou pourquoi pas en être fière, ou pourquoi pas le désir de recommencer.
Accepter de me reconnaître dans ce qui est né.
Je confesse à l’intime de moi la délectation futile et souvent coupable d’acheter un vêtement neuf,
Comme si parée de nouveaux atours ma vie aller changer
Et qui n’éclairera pas moins un matin sombre.
Je confesse à l’intime de moi la curiosité fascinée pour le firmament
Oui, étoile, voûte céleste, infinie dimension irrationnelle, immensité sans fin,
Milliards de galaxie,
Pluies d’étoiles filantes, supernova…
Mais aussi, comme un reflet terrestre, l’étoile de mer qui illumine les fonds marins
L’étoile du flocon de neige, division fractale parfaite.
Mais aussi appropriation par l’humain de l’astre qui fait rêver.
La danseuse Étoile tire une révérence à l’Étoile de David.
En vérité , et c’est cela que je confesse à l’intime de moi,
Dans Firmament il y a Fir de l’infirmière et Mament de Maman
Inaccessible, comme une étoile lointaine.
Elle diffuse son halo de lumière, un apparent rayonnement visible par tous.
Je porte son ombre, sa partie sombre et confuse, sa détestation.
FirMament c’est soigner Maman et me soigner de Maman.
Je confesse à l’intime de moi,
Et même je revendique,
J’affirme et j’assure que chaque bonheur minuscule ouvre mon cœur,
Amène des larmes d’émotion,
Des rires de joie pure, des partages inoubliables,
Me fait embrasser et aimer la vie,
Jusqu’à ne plus en pouvoir,
A l’infini
Michèle A.
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Les petits bonheurs
Sous forme d’attestation(s) ou certificats (s) anaphoriques (s)
Monsieur le président, vous conviendrez qu’une fleur qui éclot dans un matin lumineux vaut bien une lueur d’intérêt ?
Avec tout mon respect.
Monsieur le président, vous serez d’accord qu’un sourire arrange bien des choses s’il est partagé avec un regard complice – et qu’un rire d’enfant peut éclairer un moment de détresse ?
Avec l’expression de ma considération non coupable.
Monsieur le président, si vous oubliiez un instant l’absurde acte d’accusation de ma vie, vous conviendriez que le bien-être d’un moment d’amitié est une excuse de qualité.
Avec tous mes espoirs.
Monsieur le président, pourriez-vous faire entendre à messieurs les jurés le son apaisant d’un troupeau de vaches qui tintinnabulent, invitant avec lui l’odeur fraîche des prés d’alpage et la résine des sapins ? Cela les rendrait assurément plus sensibles au malheur d’autrui en général, et au mien en particulier !
Considérations musicales.
Et d’ailleurs, monsieur le président, si au lieu de juger ma pauvre innocente personne nous écoutions tous ensemble le concerto pour clarinette de Mozart, les yeux fermés, la conscience ouverte ?
Je fais confiance à la Cour pour m’acquitter dès le final.
Monsieur le Président, est-ce qu’il vous arrive de rêver ?? Vous devriez…
Avec mes remerciements pour mon acquittement.
Claudine L.

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