Les petits grands - I

 " Un petit vélo rose est un grand soleil "

 

 

Le Bonnet

 

Je l'avais vu sans y faire attention. A multiples reprises, c'était entré dans mon champ de vision, mais mon cerveau ne m'avait pas prévenue. Cependant, un peu avant Noël, il y a eu plusieurs petits troupeaux d'enfants sur le trottoir juste sous mes yeux : alors l'évidence s'est imposée, c'est le retour du bonnet à pompons !


Entre la salle des fêtes et les écoles, le chemin est très court, deux angles de rues et la place de la mairie à traverser. Il se jouait un petit spectacle pour Noël dans la salle des fêtes, ainsi, plusieurs classes, les plus grands, puis les tout petits, sont venus à pied de l'école et le long du trottoir pour voir le spectacle. J 'ai eu sous les yeux des petites forêts de bonnets avec leurs pompons. Avec une tendresse particulière pour les plus petits, main dans la main, encerclés par une corde de couleur, un joli groupe de petites chaussures et de manteaux bariolés surmonté de toupets de laines terminés par le fameux pompon, le tout avançant de façon pas tout à fait maîtrisée vers un but pas vraiment identifié.


Forêt de pompons, têtes à demi-cachées, têtes de lune et yeux gourmands ? Foison de couleurs, de laines et de chapeaux pointus !


Donc cette année, les bonnets se portent pointus, dressés, debout avec un pompon !
Le retour du pompon ? Peut-être un effet You Tube ? You Tube aurait vulgarisé ou répandu la
technique de fabrication de ces boules colorées ?
Désormais, je m'amuse à recenser de nouveaux couvre-chefs :
Hélène, qui pousse sa maman en fauteuil roulant, toutes les deux équipées du fameux matériel.


Un jeune homme, qui fait le pied de grue devant la mairie, il a, malgré tout, l'air convenable(?) il est couvert d'un bonnet à motifs symétriques et norvégiens, lequel est pourvu d'un confortable pompon reprenant toutes les dites couleurs du bonnet : une cloche sur la tête, tout sauf discret, année 60 ou 70 ??


Mais ça sort de mon enfance !


A chaque nouvelle découverte, je me réjouis comme si je cueillais une nouvelle fleur, ou comme si je trouvais un nouveau champignon.
C'est joli, c'est rigolo, ça donne un air heureux à l'hiver, un air joyeux aux gens, ils sont devenus inoffensifs, amicaux. S'il se met à neiger, nous irons, tous ensemble, construire un grand bonhomme de neige.


Bien c'est acquis, les bonnets à pompons sont revenus, mais je suis en train de me demander ;

« où sont passés les cache-nez ? » , il va falloir que je surveille cela ...

 

Joëlle Lengaigne

 

 

 " Un petit câlin au coin du feu est un grand volcan en éruption "

 

Et voilà en fait

 

Il était une fois « en fait » et « voilà » les deux mots les plus entendus depuis quelques temps partout : à la radio, dans la rue, dans les cours de récréation principalement, car c’est un phénomène surtout répandus chez les ados. Ils avaient déjà leur mode vestimentaire, leur uniforme des apparences : jean troué, baskets délacées, portable à la main, ils ont désormais leur mode langagière, un uniforme lexical, véritable tic de langage.

Quand un ado vous raconte une histoire, ou veut vous expliquer quelque chose, pour sûr qu’il va vous dire « en fait » et « voilà » toutes les deux ou trois phrases.

Au fait, « en fait » et « voilà » ça sert à quoi ? A mieux expliquer ? Je ne pense pas. En fait, il s’agit d’une ponctuation. Voilà, c’est dit, je l’ai utilisé moi aussi.

Mais alors je me demande : comment faisaient-ils pour raconter des histoires à l’époque où ils n’employaient pas ces deux mots à tout bout de champ ? Arrivaient-ils à se faire comprendre ? Il devait y avoir de sacrés trous dans leurs phrases. Eh bien non, car en fait, ces deux mots ne servent à rien, n’expliquent rien. Ils rallongent juste les phrases, permettent un temps de réflexion quand on ne sait pas très bien ce qu’on va dire après ou comment conclure.

Ces tics de langage leur permettent de se situer dans leur époque. On ne sait pas comment ces expressions arrivent, ni comment elles disparaissent, mais elles vont et viennent pendant quelques mois ou quelques années avant d’être remplacées à leur tour. D’ailleurs le bruit court que le « en fait » serait déjà en perte de vitesse, alors que le « voilà » qui ponctue ou clôt une phrase est toujours bien présent.

La prochaine fois, je vous parlerai de l’horrible « C’est quoi ? » de nos hommes politiques, le « c’est quoi ? » qui a remplacé le traditionnel « Qu’est-ce que » ?

 

Dominique D.

 

 

 "  Un petit chausson rose perdu dans la neige

est un grand persifleur devant l'éternel "

 

Une Foule Pertes - I - Pertes

 

Chaque fois qu'une chose disparaît, je la cherche longtemps.

Je cours, je demande à droite à gauche, j'écris, je mail

as-tu vu çà? quand l'as-tu vu? pourquoi? je soupçonne à tour de bras.

Chaque fois qu'une chose disparaît je suis en colère et je suis malheureux.

Et je cherche.

Pourquoi les choses disparaissent-elles?

Elles étaient là

c'était leur place

je les avais mises là.

 

On m'avait expliqué que ces choses concrètes authentiques, je devais les apprendre, qu'elles étaient là pour moi, que je pouvais

les prendre

les prêter

les partager

les donner

les vendre, quelquefois pourquoi pas, quand il s'agit de manger de faire manger

d'habiller de protéger

qu'il me revenait de les apprivoiser, de les comprendre,

d'en déterminer dans ma mémoire leur contour, leur géographie, leur odeur, leur couleur, leur disponibilité, leur utilité, leur absolue nécessité, leur fragilité.

Et ils disparaissent.

C'est un véritable amour brisé, un complet abandon.

 

Quoi?

Chaque fois que quelqu'un disparaît?

Mais ...je... je pleure.

 

Jean-Pierre C.

 

 

 " Une petite femme est une grande énigme pour l'humanité bien pensante "

 

Ça m’agace, ça m’agace …

 

S’il y a bien une expression que me fait tordre la bouche comme si j’avalais du vinaigre lorsque je l’entends prononcée par nos hommes politiques, c’est : « faire en sorte ».

D’abord parce qu’elle est laide. Elle est laide parce qu’elle est lourde, c’est une locution en pataugas qui se balade dans les discours et sur les ondes en écrasant l’enthousiasme, le talent, l’engagement. Une locution prudente qui économise, met en retrait, pas même prudente d’ailleurs, mais carrément lâche.

Pourquoi faire en sorte ? Pourquoi pas, tout simplement, faire ? Ah mais, attendez, si on dit : faire , ça engage, ça promet un résultat et si on n’a pas de résultat, on risque une sanction … En revanche, si on dit faire en sorte, c’est un peu comme faire son possible, on se montre plein de bonne volonté, on agit dans une espèce de nébuleuse où évoluent des forces obscures qu’on peut solliciter en tant qu’initié (et qui ne t’écouteraient pas, toi, pauvre pomme engluée avec tes copains dans la plèbe), en revanche, si on échoue, on n’est pas vraiment responsable, on a fait tout ce qu’on n’a pu, on a fait en sorte, ça n’a pas marché, ce n’est pas notre faute…

« Faites-moi confiance, je vais faire en sorte de renverser la courbe du chômage, réduire le déficit rééquilibrer les comptes de la sécurité sociale… » Sous entendu, en filigrane, « j’ai les bons contacts les bonnes recettes, moi. C’est une tâche ardue, impossible à accomplir par le vulgum pecum dont vous êtes, moi seul peut y arriver »

Mais, bon sang, arrête d’appeler à la sorte fais-le !

Y en a marre ! Sortez-le, sortez les, tous ceux qui ne se relèvent pas les manches, qui refusent de mouiller la chemise, qui ont toujours de mirifiques et fumeuses excuses à leur incompétence, tous ceux qui nous endorment, qui nous enfument, qui font en sorte, discours après discours, élection après élection, de nous prendre pour des c….

Mais je m’emballe, je m’emballe … Il faut j’arrête d’écrire, ça me fait du mal… Tiens, je vais faire en sorte de remettre ma maison d’équerre. Après ce weekend où j’ai gardé ma Camille, il y a des miettes de biscuit sur le tapis, des tâches de purée de légumes sur la chaise haute et des petits jouets partout. A moi les forces obscures ! A moi les petits schtroumfs domestiques qui vont s’activer pout tout ranger, tout nettoyer, tout remettre d’aplomb dans mon antre ! Je les vois déjà, tout bleus sous leurs bonnets blancs, avec leur grand sourire, leurs petites mains actives et leur désir tellement attendrissant de bien faire pour me complaire …

Comment ? Malgré mes appels répétés, mes injonctions pressantes, voire mes incantations, rien ne vient ? Rien ni personne ? Pas un seul schtroumf à l’horizon ? Tant pis, alors. Puisque la sorte n’est pas en moi, Je vais faire le ménage.

 

Anne-Marie L.

 

 

" Un petit talus de terre fraîche est un grand pantalon sans poche "

 

Un jean's

 

En 68, j’ai passé deux mois, deux longs mois à faire la plonge, le ménage à l’hôtel de la gare.

Je veux : un jean Lewis 531. Le vrai avec l’étiquette en cuir, non délave, bleu de Gênes.

Sitôt la paye je suis allé l’acheter.

Il m’allait bien. J'étais Steve Mac Queen.

Il ne manquait que les bottes mais deux mois de boulot en plus.

Tous les jours je le portais, il s’est fait à moi.

Usé, délavé, une seconde peau.

Au petit bar des étudiants arrive une jolie fille, très mince

En jeans et pull noir, cheveux longs.

Non ce n’est pas Françoise Hardy.

Mais elle a dû s’accrocher à une ronce.

Une des jambes est carrément déchirée.

En lisant l’Equipe je regarde les ados.

Ils fument des Malboro, jeans et pull noir, portable.

Tous pareils.

Mais pourquoi pas un seul pantalon non troué ni déchiré aux genoux.

Ils ne sont pas tous allés dans les ronces.

J’adore les jeans uses ,ceux qui ont vecu,mais là.

Dans les magasins pas un seul sans trou, tu as beau fouiller.

Pourtant ils ne sont pas en solde. La mode.

Un jour une ouvrière turque en a eu marre de sabler ces pantalons.

Une paire de ciseaux, cent jeans coupes.

Dans une centenaire direction la France.

Denim a décidé de les vendre ainsi et très chère.

Les footbaleurs,vedettes,tout le monde les porte ainsi.

Peut-être qu’un jour une ouvrière mexicaine coupera les cravates rouges

 

Christian P.

 

 

" Un petit chef muet est une grande déclaration d'amour romantique "

 

Chers auditeurs,

 

J'aurais pu traiter de bien des sujets tous plus passionnants les uns que les autres. Vous parler du port de la moustache, du chapeau, du sac à dos et du collier sautoir. Mais non, aujourd'hui, je traiterai du phénomène des lunettes de soleil à verre opaque qui a fait son apparition aux alentours des années 2000 pour fleurir ces derniers mois sur le nez de nos mannequins.

Qui n'a pas sa paire bien grosse, bien large qui donne au visage de ces dames une allure de mouche prête à décoller. Quand elles portent ce double hublot en écaille ou pas, sur leur appendice nasal on cherche vainement leur regard derrière ces placards colorés.

T'y es, t'y es plus. Caché coucou. Je te yeute, je te yeute pas. T'aurais pas vu ma soeur ? Et ces mirettes de quelle couleur ? Eiffelou, Optique O, Clin d'oeil, Anatole et compagnie. Toutes les enseignes ont fait le même choix du carreau bien fumé qui dissimule et permet la sieste en pleine réunion.

Ce n'est pas que je sois bégueule, mais tout de même, quand on a de beaux yeux, pourquoi les cacher ? C'est péché. Alors s'il vous plaît mesdames, montrez nous vos pupilles, sortez à découvert.

Mesdames, Messieurs, ce sera tout pour cette fois. Le mois prochain, ma conférence s'intitule « Pour ou contre l'usage de l'écumoire pour égoutter les pâtes. »

 

Françoise C.

 

 

" Un petit bout de femme est une grande biche aux yeux doux "

 

Du coup !

 

« Je pensais faire un tour en ville. Et toi, qu’est-ce-que tu fais ?
-Ben, j’pensais regarder une vidéo mais…du coup j’vais p’t être venir avec toi.

J’allume la radio. Du coup je retrouve un peu le sourire. Je garderai peut-être mon poste de fonctionnaire.

Je n’avais pas prévu de retourner aux Etats-Unis cette année, du coup ça me paraît une bonne non-initiative.

Je ne pensais pas aller à Nice pour le 14 juillet. Du coup j’irai marcher en montagne et m’enivrer d’oxygène. En tout cas, penser à ne pas stationner dans la vallée de l’Arve, du coup j’irai plutôt dans les Alpes du sud.

Qu’est-ce que je vais faire de mon véhicule diesel ? J’envisageais de le céder à des amis. Du coup je vais y renoncer. Peut-être le laisser dans la vallée de l’Arve ? A réfléchir.

Je pensais faire une leçon de morale à ma fille concernant sa consommation de cannabis. Du coup avec Hamon, je ne sais plus quoi dire. Peut-être lui parler du revenu universel ?

Je pensais visiter Sablé-sur- Sarthe, du coup je vais retourner à Vesoul. Y’a rien à voir mais au moins on n’est pas déçu.

Je pensais que le progrès était un fait démontrable et démontré. Du coup je vais relire Nietzche.

Je pensais que la terre accueillerait pour l’éternité des milliers d’espèces, je croyais à la biodiversité. Du coup j’ai résilié mon abonnement à Free.

Je croyais que j’avais dix mille amis suspendus à mes aventures numériques. Du coup, j’ai donné mon I-phone à mon chien qui l’a reniflé et pissé dessus.

Je croyais que si j’étais une femme je gagnerai autant qu’un homme. Du coup je travaille plus et je descends quand même les poubelles.

Je pensais que sourire attendrirait les humains. Du coup, je marche la tête baissée en grognant. Et en plus je marche dans les crottes de chiens.

Je pensais que pour vivre heureux, il fallait vivre caché. Du coup j’ai relu toute la littérature franco-russe depuis le dix-septième siècle.

Je pensais qu’il fallait donner aux pauvres, du coup je donne au CAC 40.

Je pensais Morale avec un M majuscule. Du coup je pense moral comme perdre le moral.

Je pensais : « les fleurs ». Du coup je pense : « du mal ».

Je pensais continuer à rêver. Du coup je vais quand même continuer à rêver.

 

Roland G.

 

 

" Un petit ballon de rosé bien frais est un grand voyage intergalactique "

 

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