Anaphores 2

 

 

Ribambelle

 

Ribambelle, tu ris, ma belle, frêles brins d’ambre
Ribambelle, tu ris, beau bambou dans l’ombre
Ribambelle de nids d’hirondelle dans l’arbre
Ribambelle, bien à l’abri sous l’ombrelle
Ribambelle de bouts de rue qui ruissellent
Ribambelle de rubans bombés
Ribambelle d’amis qui font la bamboula dans des habits de Bambi
Ribambelle de bols et de bulles de Babybel
Ribambelle d’airelles, brelans de mirabelles du Liban blémissant dans l’ombre.
Ribambelle, tu ris, ma belle, frêles brins d’ambre.

 

Dominique D.

 

 

Dentelle

 

Dentelle, fille de dentelière qui planta ses dents de tigresse avec zèle.
Dentelle du Djebel, antique attelage qui détalait dans les ruelles.
Dentelle, fidèle Adèle, fille des fontaines aux venelles tortueuses.
Dentelle, infidèle Kathel sous tutelle qui hante mes fenêtres.
Dentelle, infiniment belle, danse libérée et encore plus belle.
Dentelle, sous la télé, sous le minitel, rime en miel pour cauteler les migraines.
Dentelle se mêle, emmêle, en entier, en détail, à la pelle.
Dentelle, danseuse vénérée en tutu, entre elles.
Dentelle, dentelée, détaillée, édentée, émondée mais sensuelle, étalée, elle.
Dentelle salée dont la salinité se sert d’elle, déployée dans l’horizontalité.
Dentelle à tire d’aile, au firmament, dans l’azur, aussi loin qu’elle.
Dentelle égarée dans la fente, tentée de se dissoudre pêle-mêle dans l’éternel.
Dentelle tel un fantôme hantant les ruelles, étalant son intégrité.
Dentelle à force d’être belle, d’être tel, d’être miel.
Dentelle détalant, se détachant et qui me tente.
Dentelle au bout du ciel, dentelure enroulée à tes boucles.
Dentelle bouclant ta bouche de tes baisers.
Dentelle alitée lovée dans les bras loués.
Dentelle envolée, enlevée à la lueur de lune.
Dentelle lunaire, allumette élevée illuminant les cratères oubliés.
Dentelle de lune à la lueur solaire.
Dentelle de plume à la douceur lunaire.
Dentelle câline de pleine lune.
Dentelle pile alcaline cognant aux portes du cœur.
Dentelle alpine glissant sur le givre.
Dentelle givrée se découpant sur les fenêtres.
Dentelle finement gantée et qui m’entraîne par les tunnels, infiniment cruels.
Dentelle à la presqu’île d’elle aux embruns noyés de gel.
Dentelle partielle comme une éclipse en parenthèse.
Dentelle glacée surplombant la frêle banquise gelée.
Dentelle amoureux d’elle.
Dentelle écartelée perdant ses mailles par centaines.
Dentelle incertaine et cruelle mouillant ses dents de salive soudaine.
Dentelle éternelle en prise avec le réel.
Dentelle poubelle à la rosée du ciel.

 

Roland G.

 

 

Mordoré

 

Mordoré
Mais vivant
Toi dont je mors doucement
la peau dorée
Mordoré
Mort d’automne
Mordoré
Désir d’orpailleur picoré
de l’oreille à l’orteil
sur le dormeur doré
Mordoré
Désir honoré dans un rire
à l’orée d’une forêt
sur le sentier dont les méandres
vont à la mort
Mordoré
Oraison
fugue en ré
fugue dernière
Oratorio de caresses
Orage inespéré
Mordoré
crépuscule de vent
où s’avance l’hiver
Mordoré
fourrure
où s’accrochent mes doigts
pour encore un peu de chaleur
Mordoré
Carapace du scarabée
qui escalade ton épaule
Mordoré 
fruit trop mur
Mordoré 
Miel de châtaignier
Mordoré
Ombre et lumière 
à l’envers de mes paupières
closes sous tes baisers.

 

Anne-Marie L.

 

 

Canicule

 

Canicule, caricature de la chaleur amie
Que le soleil manipule
Canicule, caniculum, curriculum vitae
D'un non calcul
Canicule couche les renoncules
Epanouit les cactus de sève sacrée sucrée comme sucre candy
Canicule ouvre des opercules
Ventile les sous-pull les pulls les puces
Canicule cancan ridicule, virgule ordinaire
De ceux de la Canebière
Canicule ralentit les mandibules
Assoiffe
Affabule le souvenir du froid
Mystère éloigné de Janvier
Canicule de Juillet
D'Août, dégouline sur les canapés
Dans l'ombre des chambres ennuyées
Des chambres, fluides enlacés
Canicule, la couenne fond au feu solaire
Comme du canard laqué
Canicule, tic-tac transpire la pendule
Canicule étire noie goutte-à-goutte les minutes
Canicule apprivoisée, minuscule
Canicule éprouvée, majuscule
Canicule annule hier
Canicule annihile demain
Canicule fond avenir et souvenir d'antan avec le présent
Canicule, perles au front
Sous les aisselles, coulent sur les reins
Canicule rouge sur les oriflammes
Des anciens centurions des manipules
Canicule dorée sur les blés
Canicule verte de l'herbe brûlée
Canicule bleue de la mer calmée
Canicule au Nord
Canicule au Levant au Ponant
Canicule au Sud
Canicule attendue
Canicule redoutée
Canicule viens me prendre
Viens me réchauffer.

 

Jean-Pierre C.

 

 

L’OR A TORT

 

Or, rivière, pépites, chercheurs
Tu mords les hommes forts
Regarde, face à face, ils sont morts.

Or, armoire, matelas, coffre-fort,
Tu dors, mais pas eux
L’amour de toi enserre leur gorge, ils ont peur.

Or en colonne, en octets, en quelques clics,
Tu débordes leurs comptes
Tu n’es plus, mais c’est toi encore qu’ils adorent.

Or, en couronne, serti de pierres, garni de velours
Tu indiques le pouvoir,
la dictature, la violence, l’horreur possible.

Or, chaines, bagues, colliers
Tu décores les corps
Mais les âmes, qui connaît leur décor ?

Or, merveille de la nature
L’homme te purifie, te modèle, te cisèle,
Fait de toi une merveille humaine.
Et si jouer avec la lumière était tout simplement ton sort …

 

Hélène R.

 

 

Barbotine, tout part en biberine

 

Barbotine, tu piétines, la rétine attardée.

Barbotine, tes bottines sont barbouillées de barbe à papa de praline.

Barbotine, ta barboteuse enlace tes bras de Barbie bien fardée.

Barbotine, attablée à ton bar attitré, tu trempes ta tartine dans ta bibine

puis tu te débarbouilles les babines après avoir absorbé ta tartiflette.

Barbotine, Martine, ta copine des sixteens te baratine

pour arpenter le boulevard jusque chez sa tantine.

Barbotine, elle te baragouine un argot et balbutie des babillages verbaux.

Barbotine, tous ces vocables tintinnabulent dans ton regard de clébard aviné.

Barbotine, marchons te dit Martine sur ce bitume qui serpentine.

Barbotine, tout part en biberine.

Barbotine, prends ta harpe et ébauchons quelques arpèges.

Hardi les coeurs, dare dare vers le hasard.

Partons aux matines, pas tard. Je t'aime, ma bavarde gourgandine.

 
Françoise C.

 

 

 

Anaphores

 

Une vie normale c’est ne plus dire j’ai eu un IDM
Une vie normale c’est rouler dans le val d’enfer, ce n’est pas l’enfer.
Une vie normale c’est faire le Ventoux à vélo.
Une vie normale c’est marcher avec mes amis de voyage.
Une vie normale c’est monter le Col d’Aire avec Valérie, Bruno et Jacques
Sans l’avis de la faculté


Une vie normale c’est lire mon texte des Armes devant un public.
Une vie normale c’est un concert à la Boiserie, devant, dans la fosse.
Une vie normale c’est attendre un petit oiseau sur mon balcon.
Quel message aujourd’hui ?


Une vie normale c’est recevoir un coup de téléphone de son fils.
Une vie normale c’est ne plus vouloir changer le monde.
Seulement le voir tel qu’il est.  


Une vie normale c’est ne pas croire au Père Noël.
Une vie normale c’est vivre, aimer, donner  de l’amour.
Une vie normale c’est dormir sous la tente et se réveiller le matin avec la neige.
Une vie normale c’est se laver sous une cascade Iranienne.
Une vie normale c’est écouter Asaf Avidan les DOORS    
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Une vie normale c’est porter des baskets rouges :rouge plaisir.
Une vie normale c’est crier : je suis content.
Une vie normale c’est grimper une côte à 20% sans s’en rendre compte.
Une vie normale c’est espérer.


Une vie normale c’est dire merde aux donneurs de leçons


A CHACUN SA VIE NORMALE

 

Christian P.

 

 

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