Ce n'est pas quelqu'un ...
« partir l’esprit léger
longer la terre intérieure
le fond de l’air sans poids
la ligne des prés éveillés
marcher marcher
soif et souffles et ciel »
« En partance », Catherine Bédarida.
Ed. Tisseurs de mots. Avril 2016.

"Quelqu’un le soleil ne luit plus sur son arbre
Quelqu’un il ne se passe plus rien dans sa vie, plus rien, plus rien, plus rien que le vide, plus rien, plus rien
Il aspire au silence, quelqu’un
Quelqu’un une nouvelle fenêtre"
Extraits de : Henri Michaux, Quelque part quelqu’un, Éditions Gallimard, 1929.
Quelqu’un Top départ
Quelqu’un attend 13 heures pour le départ de la course
Quelqu’un boit un café sans sucre
Quelqu’un attrape Anne pour lui raconter sa vie
Quelqu’un porte un chapeau noir
Quelqu’une vole dans le ciel
Quelqu’un rêve au Ventoux
Quelqu’un manifeste avec un chapeau
Quelqu’un lui fait un croche patte
Quelqu’un écoute un oiseau siffler
Quelqu’un porte un bonnet bolivien
Quelqu’un fait la quête avec son chien
Quelqu’un rêve aux corneilles
Quelqu’un pisse contre un mur
Quelqu’un part en ambulance Pim pont
Quelqu’un arrive ce jour dans la vie
Quelqu’un réfléchit
Quelqu’un réfléchit à qui ?
Quelqu’un réfléchit à quelqu’un
Quelques-uns réfléchissent à quelqu’un
Christian P.
Quelqu’un c’est parti, c’est sérieux, on écrit
Quelqu’un se moque, ne sait pas, hésite
Quelqu’un la première fois mais pas la dernière
Quelqu’un réfléchit, écrit et puis oublie
Quelqu’un se lâche, se fâche, se bravache
Quelqu’un obtempère, crie, court et disparait
Quelqu’un grain de sable, poussière, lumière
Quelqu’un bourgeon, fleur, goutte d’eau
Quelqu’un a peur, s’enfuit, saigne
Quelqu’un accourt, aide, soigne
Quelqu’un rit, s’amuse, lézarde
Quelqu’un grogne, gémit, cafarde
Quelqu’un oiseau s’envole, voyage
Quelqu’un envoie bouteille à la mer
Quelqu’un enseigne, exhorte, exulte
Quelqu’un torture, boue et moisissure
Quelqu’un ensoleille une fleur de cactus
Quelqu’un éparpille des promesses irréelles
Quelqu’un parfume sa vie, la consume et puis s’en va.
Dominique D.
Quelqu'un tu m'emmerdes
Quelqu'un je t'aime
Quelqu'un amorphe
Quelqu'un dans son fauteuil
Quelqu'un dans un fauteuil avec des roues
Quelqu'un qui souffre
Quelqu'un vivant
Quelqu'un fébrile
Quelqu'un essoufflé qui s'essouffle à regarder quelques autres
Quelqu'un amer, amène, à mère, amen
Quelqu'un qui prie
Quelqu'un qui n'y croit pas
Quelqu'un qui n'y croit plus
Quelqu'un qui n'y a jamais cru
Quelqu'un de cuit
Quelqu'un de cru
Quelqu'un qui croît sans être cru
Quelqu'un laisses-moi
Quelqu'un je t'aime
Quelqu'un tu m'emmerdes
Quelqu'un je t'aime il insiste
Quelqu'un trompette
Quelqu'un fontaine
Quelqu'un nu
Quelqu'un sous la nue
Quelqu'un saoulant de paroles
Quelqu'un ici
Quelqu'un précis
Quelqu'un pas fou pas flou
Quelqu'un fous le camp
Quelqu'un je t'aime
Quelqu'un clown du cirque qui passe
Quelqu'un du cirque qui s'arrête
Quelqu'un en chaise
Quelqu'un en chaise roulante
Quelqu'un s'éveille le premier
Quelqu'un à l'écoute de son malheur
Quelqu'un.
Jean-Pierre C.
Quelqu'un, vite !
Quelqu’un mal aux pieds
Quelqu’un tête en l’air
Quelqu’un bras ballant
Quelqu’un tout sourire
Quelqu’un cheveux blanc
Quelqu’un est parti
Quelqu’un mange ta soupe
Quelqu’un compte tes sous
Quelqu’un en soucoupe
Quelqu’un sens dessus dessous
Quelqu’un soupline
Quelqu’un pourquoi pas.
Quelqu’un en cheminant
Quelqu’un nez au vent
Quelqu’un en grimpant
Quelqu’un s’en allant
Quelqu’un ou revenant
Quelqu’un c’est marrant.
Quelqu’un ne dit rien
Quelqu’un soliloque
Quelqu’un bavardage
Quelqu’un s’il pouvait se taire
Quelqu’un fait des rimes
Quelqu’un jusqu’à demain.
Quelqu’un dans l’ascenseur
Quelqu’un n’a pas peur
Quelqu’un mal au cœur
Quelqu’un rouge fleur
Quelqu’un au soleil.
Quelqu’un prends le train au revoir
Quelqu’un s’assoit avec un livre et s’endort
Quelqu’un ne veut pas aller voter le 23 avril
Quelqu’un regarde l’infini et ne sait pas où cela va le conduire
Quelqu’un s’est perdu dans un désert glacé.
Hélène R.

Au fond du visage
Andrée Chedid
Ce n’est pas en une fois
Que je saurai ton visage
Ce n’est pas en sept fois
Ni en cent ni en mille
Ce ne sont pas tes erreurs
Ce ne sont pas tes triomphes
Ce ne sont pas tes années
Tes entailles ou ta joie
Ni en ce corps à corps
Que je saurai ton corps
Ce ne sont pas nos rencontres
Même pas nos désaveux
Qui élucident ton être
Plus vaste que ses miroirs
C’est tout cela ensemble
C’est tout cela mêlé
C’est tout ce qui m’échappe
C’est tout ce qui te fuit
Tout ce qui te délivre
Du poids des origines
Des mailles de toute naissance
Et des cloisons du temps
C’est encore cette lueur :
Ta liberté enfouie
Brûlant ses limites
Pour s’évaser devant.

Soupe à la grimace
Ce n’est pas ce que j’aurai voulu te dire
Ce n’est pas et ce ne seront jamais ces mots dits
ces mots que tu exècres.
Ce n’est pas cette mélodie charmante que je te susurrai au temps des pâquerettes écrasées.
Ce ne sont pas ces chèques de fin de mois
en dépit de ce que je te dois
et au crédit duquel on se voit.
Ce ne sont pas les enfants envolés
Ce ne sont pas les cris, les pleurs, la rage.
Ce ne sont pas le feu qui crépite
et tes yeux dans le vague.
Ce ne sont pas ta joue qui repose
ni mon cou endormi.
Ce sont la soupe froide et l’hiver installé.
Ce sont les roues du vélo du temps
enrouées et grinçantes.
Ce sont les pas chancelants.
Ce sont les rides creusant les yeux et plissant ma peau.
C’est un vol d’oiseau partant pour le Pérou.
Ce sont des pages envolées, déchirées, perdues.
C’est une clé rouillée dans ma poche percée.
C’est le gel sur les fleurs.
C’est la rosée blessante et le givre sous mes doigts.
C’est le jamais plus de ce jour et l’encore moins de demain.
C’est le visage que je fuis au miroir ce matin.
Roland G.

Un jour en mars
Ce n’est pas qu’il ait vraiment fait froid
Ce n’est pas que le gel ait glacé les roubines
Ce n’est pas que le vent ait bien trop fort giflé les branches
Ce n’est pas que le noir ait foncé les fenêtres dès cinq heures du soir
Ce n’est pas que la lampe allumée à midi n’ait pas fait reculer la nuit
Ce n’est pas que les écharpes grattent
Ce n’est pas que les doudounes engoncent
que les ongles s’agacent des gants
Ce n’est pas que la peau reste pâle sous les laines accumulées
Cette soif, cette attente, c’est l’envie du printemps qui monte
C’est l’oiseau qui chante dès l’aube
Le châle trop porté qui glisse des épaules
C’est une feuille que la glycine enfante
C’est attendre qu’elle se déroule
Les yeux fermés et le visage offert au jeune soleil
C’est frissonner lorsqu’il s’en va à l’autre bord de la colline
Et rentrer se mettre au chaud
C’est soupirer qu’il est trop tôt.
Anne-Marie L.

Ce n’est pas parce que tu nies
Ce n’est pas parce que tu cries
Ce n’est pas ce que tu crois
Ce n’est pas ce que tu crains
Ce n’est pas parce que tu sens, parce que tu sais
Que notre avenir commun n’est plus sûr,
Ce n’est pas parce que j’ai peur que je pars
Ce n’est pas ce que tu crains
Ce n’est pas ce que tu crois
C’est que le vent a tourné
C’est que le verdict est tombé
C’est que le temps des querelles
A tué les sentiments
C’est que les tiens se sont tassés
C’est que les miens se sont lassés
C’est que marre de t’attendre et de te soutenir
C’est que marre d’espérer et de me souvenir
C’est que tu t’es trompé
C’est que je n’y crois plus
C’est qu’il faut bien que l’un de nous
Le plus courageux ou le plus fou
Mette un point final à cette triste histoire
Dominique D.

L'éveil
Ce n'est pas que je ne voulais pas
Je voulais
Ce n'est pas que je ne bandais pas
J'étais prêt à le faire
Fantasmant ce que je faisais, ce que je disais
Chacune de ces choses
Étant successivement et irrémédiablement le souvenir de l'autre,
Je bande bien quand je me souviens
Ce n'est pas çà.
Malheur à celui-celle qui aime.
Je sais, d'autres l'ont déjà dit.
Ce n'est pas que tu n'as pas joué le jeu
Ce n'est pas que tu es tombée, je ne suis pas un tombeur je ne l'ai jamais été,
Je ne le regrette même pas
Ce n'est pas que tu m'as entrainé dans ta chute
Ce n'est pas çà
Malheur à celui-celle qui n'aime pas
C'est que je me suis éveillé
Malheur à celui-celle qui rêve
C'est qu'il est agréable de sortir du rêve
C'est bandant
C'est que je ne sais pas si toi tu dors
Malheur à celui-celle qui dort
C'est que je suis étonné que tu sois là
Que tu sois là encore
Que tu ne sois pas partie
Levée
C'est que tu reposes le dos tourné vers moi
C'est que je n'ose me rapprocher de toi
C'est que je me soulève
Un peu
Á peine
C'est que je vois la fin de ton sourcil surplombant ton œil scellé plissé
C'est que je vois tes longs cils, qui dépassent de ton œil fermé,
Qui regardent, quand ton œil se cache
C'est que je m'essouffle à retenir ma respiration
C'est que je ne sais pas
C'est que je ne me sais pas
C'est que je ne te sais pas, ce matin, après hier soir,
C'est que je ne sais pas si tu fais semblant de dormir
Si tu m'écoutes, si tu me sens , si tu regrettes,
Si tu ne sais pas, toi non plus
C'est que, si tu sais, je ne le sais pas.
C'est que je me rapproche de toi
C'est que je me colle à toi
Je mets mon bras en travers de ton corps
Mon sexe contre tes fesses
C'est que tu ne bouges pas
Ou alors
C'est que tu frémis?
C'est ce que j'ai perçu?
C'est ce que tu t'es permise?
C'est ce que tu me permets?
De te voir, te sentir frémir?
Malheur à celui-celle qui ne sait pas.
C'est que je veux croire moi
Même si c'est une erreur, un rêve
La suite d'un rêve
Le rêve d'une autre, un rêve de toi
Et toi seule, ce matin, après hier soir,
Après la découverte, l'heureuse découverte,
C'est que je déplace ma main sur ton sein
C'est que tu mets ta main sur la mienne
C'est que j'ai peur que ce soit pour l'ôter,
Et je ne vous dirai pas la suite
Voyez-vous?!
Je trouve normal que vous partagiez mes doutes et mes incertitudes
C'est que je trouve cela normal.
Mais surtout ce que je voulais dire
C'est que
Malheur à celui-celle qui s'éveille
Il n'y a rien de guerrier là-dedans
Juste du désir
Malheur à celui-celle qui s'éveille le premier.
Jean-Pierre C.

Ce n’est pas demain que je de viendrai sage.
Ce n’est pas être sage que vivre, vivre.
Ce n’est pas se reposer, se retenir, se freiner pour vivre.
Ce n’est pas longtemps qui est intense.
Ce n’est pas normal qui m’attire la haut, la bas.
Ce n’est pas la règle que j’aime suivre.
Ce n’est pas la ligne droite
Ce n’est pas à l’école que j’ai appris à réfléchir.
Ce n’est pas avec la prof de musique que j’ai découvert le rock.
Ce n’est pas avec une rédaction que j’ai aimé écrire.
C’est maintenant, aujourd’hui, ici que j’écris.
C’est demain, bientôt, très bientôt très tôt que je roulerai sur une route sinueuse.
C’est quoi une vie normale ?
C’est respirer, chanter, bouger, sauter dans la fosse.
C’est voyager en marchant en rêvant
C’est quoi voyager ?
C’est regarder, écouter, apprécier des visages des figures.
C’est voyager en lisant un livre.
Avec Tortilla Flat j’étais en Amérique du sud avec des sdf
C’est avec Anne que j’ai lu devant des spectateurs
J’ai osé ose
C’est maintenant que l’on me freine que j’aimerais monter cette cote
C’est encore maintenant que j’espère.
C’est dans ce lieu ou des curés étaient enfermés
C’est aujourd’hui 11Mars à la Chartreuse que je reste
Assis, calme dans le silence à écrire.
Tout arrive
Christian P.

ADIEUX
Ce n’est pas l’immense effort de la fourmi emportant une graine
Ce n’est pas l’éléphant qui piétine la boue au bord d’un lac
Ce n’est pas le tonnerre envahissant la nuit
Ce n’est pas l’océan roulant des masses d’eau
Ce n’est pas cette étoile qui explose là-haut,
je ne sais où mais elle explose oui
C’est seulement le silence qui dit tu es parti
C’est cette transparence qui recouvre les jours
Demain, comme aujourd’hui et les autres demains
seront sans ton regard pour recueillir ma joie
C’est seulement l’absence que tout un univers ne saura pas combler.
TELEGRAMME
Ce n’est pas toi
Ce n’est pas moi
Ce n’est pas bien
Ce n’est pas mal
Ni même pas normal
Ce n’était pas je jour
Ni même le moment
Ce n’était pas possible
Cela n’a pas été
C’est tout.
Hélène R.

Imprévu
Ce n’est pas le chemin prévu
celui qui serpente mutin et se perd.
Ce ne sont pas les cailloux posés prudemment, l’argile sous mes pas, la balance des hanches.
Ce n’est pas coupé au cordeau.
Ce n’est pas frais et net.
Ce n’est pas cadencé.
Ce ne sont pas l’écriture léchée de l’écolier, le trait régulier, la langue appliquée.
Ce ne sont pas la ligne franche des murs et la porte verrouillée de la classe.
C’est la cloche tiraillée, éraillée fendant le mur du silence.
C’est l’herbe folle enfin libre.
C’est l’enfant grimpant les grilles et qui s’écorche.
C’est le jeune homme hurlant son impatience.
C’est l’homme qui marche le front haut.
Roland G.

Vieillir
Ce ne sont pas les rides
ni les ridules,
ni la raideur au réveil
Ce n’est pas le dos qu’on redresse
dans un effort douloureux
Ce n’est pas ce reflet de soi que l’on croise
au hasard d’une vitrine
et que l’on ne reconnait pas
Ce n’est même pas de désir de séduire
dont on se défait doucement
comme un joueur quitte la table
C’est la si petite enfant qui, sans nous deviendra femme
C’est le livre qu’on n’a pas écrit
L’Himalaya qu’on n’a jamais gravi
C’est savoir qu’on n’a plus le temps ...
Anne-Marie L.

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