Tous les horizons ...

Voilà, voilà, on a posé nos stylos sur la ligne d'horizon,
et si le coeur vous dit d'entendre en direct live ces textes,
ne ratez pas le rendez-vous de la Maison de l'écriture
les Buissonnières les 8 & 9 juillet 2017 ...

N'hésitez pas non plus à permettre l'avènement
du génial projet de Résidence d'écriture
pour tous les écrivants, écriveurs, écrivains
à prix coûtant <3 :

C’est là-bas
j’y vais, ça s’en va
C’est là-bas
j’avance, ça s’évade
ça s’évanouit
Une ligne bleue grise ou rose
Selon quand et comment le soleil s’y pose
Une frontière à franchir
Une échelle à gravir
Un barreau,
un effort,
un soupir
Renoncer pour conquérir
Là, c’est ici
Là, on sait ce qu’on a
On marche dans ses pas
On s’endort dans ses draps
Tout est à l’endroit
Et là-bas
c’est ailleurs
Ailleurs où l’on n’est sûr de rien
Où les sables sont mouvants
Où l’horaire des marées
S’absente du calendrier
Là-bas
C’est le monde à l’envers
les hommes marchent sur la tête
les oiseaux nagent entre les coraux
les poisson-lune nichent dans les nuages
Là-bas c’est ailleurs
Ailleurs
Où je voudrais être
Ailleurs où je serais,
si j’osais
Ailleurs c’est là- bas
Là-bas
Si j’avais du courage
des étoiles inconnues
m’inventeraient un autre avenir.
Anne-Marie L.

Demeure de l’homme
Purée ! Si l’homme n’était pas né ?! ou s’il n’était pas intelligent ?! Quel bonheur pour les habitants de la terre !?
La nature s’est trompée en donnant l’intelligence à l’homme : D’abord, on est descendu de l’arbre, on a commencé à marcher, on s’est regroupé pour être plus fort… on s’est installé quelque part, on a pissé partout et dit c’est ma demeure !!.
En peu de temps, on a fait plein de demeures !? en coupant les forêts, en massacrant les animaux pour être tranquille et attaquant l’eau potable pour devenir fort et invincible.
On ne comprend toujours pas qu’est-ce que c’est la nature !!?
La réponse ne tardera pas.
(Pauvre imbécile intelligent, crève, crève !)
Reza Baharan

Horizons en pointillés
Dans la demeure les volets sont clos ou presque.
Les vitres sont ouvertes et le voile des rideaux se soulève.
Il fait chaud, on se protège du soleil, c'est un de ces après-midi moites où la peau colle aux sièges, où on regarde le Tour de France à la télévision.
Ceux qui sont là, dans la demi pénombre du salon, discutent, nul bruit ne vient de dehors, le monde est circonscrit à ce salon, gens affalés buvant le café après un repas de fête.
- Ne sois pas si dure avec ta fille, dit la grand-mère.
- Maman, comment tu aurais réagi toi à l'époque si je t'avais dit je laisse tomber le métier qui me fait vivre et je vais ouvrir une librairie? Mais c'est n'importe quoi!!! Et où et comment?
Elle se tourne vers sa fille.
- Nina tu rêves!!! Et il y aurait de la musique aussi! Pourquoi tu ferais pas épicerie et garage automobile en même temps non mais je te jure!!!
Tout à l'heure après être sortie de table Nina s'était assoupie, dans son rêve, elle marchait en un lieu sans limites définies, dans un coin Mick Jagger et la Callas jouaient aux boules avec Luis Mariano et Madona, au pied d'un arbre Georges Brassens dormait et ronflait si fort que des filles lui donnaient des coups de pied en passant, une course de vélo arrivait, elle reconnut Victor Hugo qui devançait J M G Le Clezio, Frédéric Dard, Marcel Proust, André Malraux, un énorme peloton suivait et tous les vélos étaient faits de papier mâché et les rayons des roues de stylos emmanchés scotchés les uns aux autres, et puis tout s'était mis à fondre, en fait elle était dans un gruyère géant et des croutons de pain tombaient autour d'elle dans l'immense fondue bouillonnante.
Nina s'était réveillée et sa grand-mère venait de dire - Il n'y a pas de quoi en faire un fromage! Nina a plutôt besoin d'aide que de frein!
- Et ce garçon avec qui tu es venue l'autre jour, dit le père de Nina, qu'est-ce qu'il en pense lui?
Nina hausse les épaules. C'était pas la question.
- Ah mais elle s'en fout! dit la mère,tu vois pas? Pas deux sous de jugeote, se marier avoir des enfants? pfouh pas pour moi, moi je veux vendre des livres coincés entre deux CD trois salsifis et quatre pompes à injection!!!
- C'est vrai que quand j'ai rencontré ton grand-père Nina, ma vie a changé littéralement. Á cette époque je vivais dans une ferme avec des copains, on élevait des chèvres, on était jeunes sans expérience, la vie était dure tu peux me croire. Un de mes plaisirs était de marcher pieds nus dans l'herbe, ça me ravissait, j'étais aux anges, c'est à un de ces moments-là que ton grand-père est apparu, sur un cheval blanc avec d'autres promeneurs, ça été un coup de foudre, il est revenu plusieurs fois et finalement je suis partie vivre avec lui, en ville!
Pour Nina, à les entendre tous, l'avenir se préparait ainsi continuer à bosser dans son coin et attendre le prince charmant sur son cheval blanc, nuls autres rêves étaient possibles, et si rêves il y avait ils étaient mis à cuire dans ce salon à la chaleur étouffante couvercle fermé.
Elle en a marre, elle sort de la maison en claquant la porte et se met à marcher vivement le long de la route, marre de l'angoisse oppressante de ses parents, de leur expérience de leurs peurs, se protéger est la seule aventure.
Elle, voit un autre horizon, ils ne le comprennent pas? Le changement est trop compliqué pour eux?
Le nouvel horizon Nina l'a trouvé dans les livres, elle l'a lu, "L'horizon est la demeure de l'Homme", ou bien "Cours vers l'horizon, il est tard, courons vite, pour attraper au moins un rayon oblique" Baudelaire l'avait entraînée dans les fleurs du mal.
Était-ce mal de désirer autre chose?
Les horizons changent tout au long de la vie, on avance et ils avancent avec nous.
Toute petite, timide, elle se réfugiait souvent dans le tablier de sa mère, c'était cela son horizon, un refuge, le tablier à carreaux de sa mère.
Un jour au bord de la mer, plus tard, elle avait joué toute la journée dans le sable s'était baignée dans les vagues molles de la Méditerranée, et en fin d'après-midi elle s'était promenée avec son père le long de la plage, ils s'étaient arrêtés et son père lui avait montré l'horizon, là-bas les voiliers étaient de la couleur du ciel comme transparents, on aurait dit des fantômes de voiliers, c'était peu rassurant, c'était loin sans odeur muet, une illusion d'optique, mais son père la tenait par la main. Son autre main était tendue vers le bout de la mer, il n'avait pas peur lui, de son doigt il touchait l'horizon.
Alors, l'horizon était dans les mains de son père.
Á seize ans quand elle sortait avec ses copines, les copains, les premières amours, elle se préparait se maquillait, et le trait qu'elle dessinait au crayon au bord de ses yeux, cette ligne magique qui donnait la magie à son regard, qu'elle voyait dans le miroir, était son horizon.
Elle marche à présent, elle marche, elle marche, elle marche......
Elle se calme.
Arrivée en haut de la côte, elle aperçoit en bas dans la plaine, la ville, là où elle voudrait sa librairie. Elle voit au loin les collines, un panache de vapeur d'une centrale électrique, et puis plus loin encore la ligne bleue de l'horizon.
Mais le cœur de Nina est en bas, dans la ville, il bat la chamade.
Son horizon n'est nulle part ailleurs que dans son cœur, c'est là sa demeure.
Elle jubile, le sommet de la route avait beau masquer l'horizon, son cœur est prêt à éclater.
Ses parents sont loin dans sa tête maintenant, ils ont reculé derrière une ligne qu'elle leur interdit de franchir, leur histoire n'est pas la sienne, nul rachat de bonne conduite, nulle rédemption.
Et pourtant.
On a retrouvé le corps de Nina à demi-nu, dans un fossé près du grillage de la centrale.
Dans l'enquête qui a suivi, l'appel à témoins a produit cinq personnes.
Le premier témoin a dit qu'il se souvenait très bien, je l'ai vue de loin il n'y a que la ligne des bois à cet endroit et la route qui la coupe en deux, elle est droite elle monte, oh je me souviens on la voyait de très loin, elle était charmante...
- Comment? Vous avez vu ça de loin vous?
- Ben oui monsieur l'agent! Ça se voit de suite d'un simple coup d'œil, c'est comme si vous regardez une fille avec une burqa, si vous êtes incapable de voir si la fille est maigre ou grosse si elle est vieille ou jeune et même si elle est jolie, c'est que vous avez de la merde aux yeux, vous êtes un homme comme moi non?
Quoique, les filles avec la burqa c'est bien malheureux pour elle non? Voir la vie à travers un grillage, quel espoir? Quel horizon de la vie?
Le second témoin a dit qu'il avait vu une jeune fille ou femme qui marchait en boitant au bord de la route, elle avait cassé le talon d'une de ses chaussures;
Le troisième l'a vue marcher pieds nus dans l'herbe qui longe la route, ses chaussures à la main.
Le quatrième a vu une voiture s'arrêter d'un coup devant lui en haut de la côte, il a pesté a traité de tous les noms: il avait dû l'éviter franchir la ligne continue au risque d'entrer en collision avec une voiture qui venait en face.
Le cinquième a dit qu'il avait vu une jeune femme en haut de la côte monter dans une voiture qui avait des chevaux blancs peints sur les portes.
L'assassin a été retrouvé.
Dans sa cellule, sa demeure pour l'éternité, il n'y a pas de fenêtre, sur le mur il a dessiné une ligne d'horizon, dentelée comme une ligne d'arbres, coupée cassée en U au milieu dans lequel il a dessiné un visage, un visage fluide, nu, dansant comme une flamme, dont on ne peut saisir figer l'expression, l'homme reste assis tout le temps, les yeux fixés sur cet horizon il ne vit plus que pour regarder ce visage.
Jean-Pierre Curnier

L’horizon-est-la-demeure-de-l’homme
Les pieds nus dans le sable, je regarde l’horizon, ce mystérieux point d’interrogation. A qui appartient l’horizon ? A un monde finissant ou à un nouveau monde débutant ? Cette ligne qui se détache du fond de mes pensées, ce trait de crayon au bord de mes yeux, me fascine et m’attire. Si j’avance, il s’éloigne, intouchable illusion d’optique, instant magique où la mer et le ciel se mélangent Perpétuel avenir entre deux paupières, c’est réconfortant de le savoir là, immuable.
Horizon géographique ou horizon de vie, il est une fabrique de questions sans réponses.
L’horizon intérieur est la demeure de l’homme. Comme lui, elle n’a pas de frontière. Qu’il vive sous une tente berbère ou dans un chalet savoyard, sa demeure c’est aussi son âme, un refuge au fond de sa tête, un territoire inviolable, une collection d’idées et de sentiments.
La demeure de l’homme c’est aussi la planète sur laquelle il n’est que de passage. Et c’est la terre de cette Terre qui l’abrite, le protège et le nourrit pendant qu’il est vivant. Et quand vient la fin, quand il n’a plus que la mort pour horizon, et la tombe pour refuge, c’est encore la terre qui lui offre sa dernière demeure.
Dominique Deverre

L’horizon est le demeure de l’homme
L’horizon est la demeure de l’homme.
Les nomades se déplacent avec leur demeure.
L’horizon se déplace à mesure que la vie avance.
Ou habites-tu ? Là où je mets le pied. Là où mes ancêtres ont construit.
Notre demeure est un héritage.
L’horizon est loin, très loin, intouchable.
A chacun sa demeure.
Sous le pont d’Avignon couché dans son sac, au froid, au vent, il regarde l’horizon :le mont Ventoux.
L’horizon n’est pas le même partout.
La maison ouverte d’Helene invite à la fête.
Dominique ouvre sa grande baie vitrée sur de nouvelles perspectives.
La demeure est à l’image de son occupant.
La demeure De l ‘homme est-elle celle de la femme ?
L’horizon de l’homme est un nid avec sa famille.
L’horizon est une surprise. Alors qu’elle demeure à l’horizon ?
Ici une yourte, une tour de Dix étages, igloo, une caravane dans le désert.
Ou situerl’horizon ? Quelle demeure pour l’avenir ?
Selon les prévisions de Reza les demeures devront être l’abri du feu, de l’eau, des tremblements.
Un touareg n’a pas le même horizon qu’un paysan savoyard.
Ici le sable, les dunes, il faut avancer pour trouver une oasis, moments passagers.
En Savoie l’herbe verte, les vaches. Une demeure en pierres pour longtemps, du solide.
Horizons boliviens, horizons arméniens, demeures vauclusiennes, demeures russes.
Apres une longue marche mes cendres s’envoleront au Col des tempêtes.
Le vent les portera vers l’horizon
Christian Pellier

Horizon
L’Horizon ! Cet inconnu est actuellement noir, avec ce qui se passe actuellement.
Pauvre Horizon !! où sont ta terre verte, ton eau – claire – tes animaux sympathiques : grands, petits, microscopiques. Nous les hommes ?!? Quelle catastrophe d’avoir inventé et fait naître l’homme cet animal intelligent ?!
Les animaux, les plantes sont là depuis bien longtemps avant nous (toi et moi) !!! On vient de foutre la merde dans le monde féérique, harmonieux, sympathique, joli, vert.
Cet animal intelligent qui vient de naître où à peine de naître, fout en l’air le travail de longue haleine que la nature avait fait et détruit tout !! ? Pourquoi ?!
Ah ! j’avais oublié parce qu’on est intelligent !!!!
Pauvre homme.
Reza Baharan

C’est l’été, c’est le soir et le soleil se couche …
Barrant la rue qui descend vers le port, l’étrave du cargo surgit, monstrueuse, là, en bas, entre les maisons. Les marins qui ne sont pas à la manœuvre fument, accoudés au bastingage. Ils regardent glisser la ville et je les regarde, moi, immobile, au pied des façades pavoisées de linge claquant au vent.
Je les regarde s’en aller.
C’est si beau ce bateau qui s’évade ainsi de la ville …
La coque est noire, barrée de rouge et le pont encombré de containers rouillés. Au bas de la rue le bateau glisse comme un immeuble en mouvement, montrant ses hublots, ses antennes, ses mâts et ses grues, sa passerelle vitrée. Il glisse, énorme, lent, chargé de minerais et d’hommes. Immobile, je le regarde.
Au bout, là-bas, l’horizon l’attend. L’attend la paupière du monde, bleue sur bleu, cillée de reflets d’argent autour de la pupille du soleil rouge.
Il y va, il va s’y engloutir. Dans quelques heures, le bleu sur bleu deviendra noir sur noir, clouté d’étoiles, et l’homme de quart, juché sur son haut tabouret chromé, le visage verdi par le reflet des cadrans inscrits sur son pupitre, scrutera la nuit, capitaine de ses rêves…
Oh attendez-moi ! Lancez-moi une échelle de corde pour me hisser jusqu’à la lisse, emmenez-moi !
Pourquoi rester sur le quai ? Pourquoi rester engluée dans l’abêtissante routine, désertée par l’amour, soumise à un travail qui tue mes rêves, figée, alors que vibre en moi cet irrépressible désir d’ailleurs, cet appel du large ? Je sais si bien comment je suis, comment nous sommes : quand la contrainte pèse trop, on détourne le visage, on aspire un peu d’air, on regarde à côté, ou plus loin, ou plus haut, enfin ailleurs, là où l’on n’est pas et où l’on voudrait être. L’esprit et le cœur secouent leurs chaînes, même si le corps par force, demeure captif.
Nous sommes tous dans ce respir : l’esclave qui se meurtrit à l’entrave, le lâche que son devoir effraie, le curieux dévoré par le désir d’apprendre, l’enfant insatiable que nous n’avons jamais cessé d’être.
Si cette échappée, ce large ouvert n’existait pas, on pourrait mourir, on mourrait. Alors, pour rester vivant on l’invente, tout est prétexte à l’inventer : un brin d’herbe, un pollen dans le courant d’air, un friselis d’eau dans le caniveau. Aussi désespérante et laide que soit cette banlieue où nous sommes parqués, il y aura toujours un géranium rouge au bord d’une fenêtre grise et, pour aller de l’enfer au paradis, une marelle tracée à la craie bleue sur le macadam rapiécé. Il y aura toujours un chant dans une langue inconnue, un regard qui nous arrivera de loin, une pièce jetée dans la sébile des mendiants que nous sommes.
Tout nous attend là-bas, passée la ligne d’horizon : buissons épineux, humblement fleuris, posés sur le désert, forêt primaire où foisonnent les grands arbres sécrétant l’humus des mystères, et qui lâchent dans le ciel des nuées d’oiseaux, contrées inexplorées de la pensée où l’on côtoie l’abîme, voyage d’une vie où l’ailleurs, l’étranger, l’autrement, éveillent en nous un écho nécessaire, nous rassasient, pour un temps. Question avide posée à chacun de nos pas sur la terre, et la réponse est dans la question, puisque la terre est ronde et que l’horizon, toujours, recule.
La réponse est dans ce voyage qui nous conduit de notre premier regard posé sur le monde, de notre premier cri, au silence sans recours où nous resterons à la fin : seuls, immobiles, tout désir aboli, paupières closes à jamais sous nos cils de givre.
Anne-Marie L.

