Cuvée poétique du 2 juillet 2022 au Domaine de Gramenon

Cuvée poétique du 2 juillet 2022

au Domaine de Gramenon

 

 

Entre vigne cultivée en biodynamie et peinture des émotions

des textes abreuvés de terroir, de formes, de couleurs...

... une belle cuvée poétique, créative et inspirée,

à déguster ci-après sans aucune modération

 

 

 

"... votre venue à Gramenon a été un beau moment pour moi.

Votre attention, votre intérêt, votre regard si positif sur mon monde, vos écrits sensibles m’ont touchée et ont rempli d’une énergie créative et très renouvelée tous les espaces."

 

Michèle Aubéry

 

 

"Être dans la nature ainsi qu'un arbre humain,

Étendre ses désirs comme un profond feuillage,

Et sentir, par la nuit paisible et par l'orage,

La sève universelle affluer dans ses mains."

 

Anna de Noailles, in : "La vie profonde"
 

 

Calligramme... Portrait d'un vignoble - Michèle A.

 

 

 

Tableau Noir

 

Au début, je voulais faire un tableau sombre, très sombre et même noir. Comme un roman noir.


Parler de ce trouble immense, faire vaciller un équilibre qui avait été long à construire. Dire le chaos du monde, crier la misère, l’injustice, l’imposture.


Poser sur un châssis carré. Le carré est en soi rassurant, j’aurais dû me méfier. Poser donc un fond obscur, charbonneux mais pas vraiment anthracite. Il subsiste toujours un peu de lumière dans le sombre et le noir saturé, le dark absolu engloutit. Et je ne voulais pas être engloutie...


D’évidence, j’ai commencé à poser les parcelles, les morceaux de moi, les morceaux des autres tout bizarres. Une forme pleine d’angles surtout pas droits, pour dire que l’humain ne sera jamais totalement intégrable à quoi que ce soit. Inemboitable et inintégrable, résolument insoumis. C’est peut être ça la liberté, c’est certainement ça la création.
J’ai imaginé ensuite d’autres formes. Un cercle biscornu, un carré amputé. Je voulais dire que tout se détraque. Je flotte, je ne peux m’appuyer sur rien…


Le tout tracé, j’ai commencé à penser à la couleur. Et quelle sera la matière colorée... Le pastel gras s’est imposé. Etalé au doigt, je ressens le tableau comme un modelage, sans l’intermédiaire de l’outil. La matière est grasse et généreuse, les pigments vifs et puissants.


Contre toute attente, les zones se sont remplies bien plus que je n’avais pensé au départ. Imbrications, transparences, traits appuyés, le tableau devient plus corsé.


Je le voulais austère, agressif, désespéré. Le voila qui prend vie. Les nuances que je souhaitais sombres et froides appellent finalement des tons plus friands et généreux.


Je progresse dans la découverte de ce que le tableau veut me dire.


Je reviens sur le fond. Quelques touches d’un pinceau chargé de bleu verdâtre parfois opacifié d’un noir de bougie et je me délecte du bout des doigts, de faire les couleurs se rencontrer et se marier.
Le jaune citron s’impose, remet tout en question...

 

L’aventure se termine bientôt, d’une évocation de tristesse et de systèmes angoissants,

d’un chaos volontairement très sombre mes doigts ont fait venir irrésistiblement une lueur d’espoir.

 

Michèle A.

 

 

Les vignes... Portrait d'un vignoble - Annie B.

 

 

 

Dégustation de Tableaux


Le fil bleu fin et léger enveloppe les bleus et roses doux enchevêtrés en accord parfait enchanteur.

 

Dans l’eau pure les pièces du puzzle impossible se lancent dans de grandes discussions et de longs échanges.

 

Derrière le rideau, le jaune du citron mimosa est tendre et soyeux

Ailleurs, le jaune du cri me ramène à mes peurs profondes.

 

Le noir de la colère se remplit de lave cendrée pendant que la harpe se joue du soleil.

 

Le rose de la mer porte mes missives qui s’envolent avec légèreté. Elles sortent tout doucement du cadre vers la liberté. Suspendue, je les aide à se détacher les unes des autres, telle le chef d’orchestre, munie de ma baguette. Elles s’élèvent vers la lumière, vers le soleil radieux, synonyme d’espérance.

 

La porte leur est ouverte.


Annie B.

 

 

Gramenon... Portrait d'un vignoble - Claudine L.

 

 

Mon tableau préféré

 

Révolution

 

Ce n’est en rien le tableau le plus aimable ni le plus élégant. 
Mais suggestif, ça oui !
On est happé par sa vibrante agressivité et son impressionnant relief. 
D’autant plus inquiétante qu’elle paraît maîtrisée et résolue,
Sur arrière plan de gratte-ciel américain (collage …BUNE) 
et dans la sombritude d’un crépuscule
parcouru de vagues lueurs,
se presse en plan moyen une foule anonyme, 
certains  poing ou bras levés, 
un homme menaçant bondissant en oblique, corps tendu.
La révolte couve, la meute noire s’avance, l’hallali se présage.
L’odeur du sang s’imagine.
Ce sang, deux bustes en rouge le préfigurent au premier plan.
Leur visage indécis, impénétrable, annonce la chasse à l’homme. 
Qui va subir leur foudre ?
D’ailleurs c’est vers moi que cette troupe avance inexorablement…


Au secours !

 

Claudine L.

 

 

Portrait de Gramenon - Véronique L.

 

 

 

Déguster le tableau.

 

J’ai jeté les yeux sur la toile et j’ai touché du doigt la résonance intérieure des couleurs comme une bulle soyeuse et tendre qui tout à coup éclate et remplit l’âme d’une lumière nouvelle.
Le violet ! Le bleu ! piquants et vifs jaillissent de l’ombre comme tapis, prêts à nous sauter à l’œil.
Tout trébuche.


Dispersion croustifondante du moelleux d’un pastel gras qui dérape sur le parfum onctueux de secrets masqués sous le grain sauvage d’une expression libre.
La générosité débordante me tricote les tripes il est trop tard pour distinguer le bourru de l’aimable...le chaos est en place !

 

Le noir délivré arbore enfin ses couleurs.
La touche de rouge qui vient vibrer comme la robe d’un grenache racé dégaine son jet de lumière. 
Je suis touchée, merci.


Véronique L.

 

 

Portrait de Gramenon - Marie-Sol M. S.

 

 

Une femme tissée de sang de terre et de couleurs

 

Elle marche au pied des grands chênes puis atteint le plateau vibrant de cigales de la Vieille Mémé. Son pied sûr ne craint pas les pierres durcies à blanc par le soleil.
Elle écoute le chant des serpents secs qu’elle a plantés dans le vivant de cette terre. Elle joint sa voix passionnée à l’envol de leurs chevelures hérissées de vrilles et se mêle à leurs discussions avec les étoiles.
Ses mains aimantes aident la vigne à sculpter ses feuilles dans un vert aux arômes puissants. Rien ne l’arrête pour cela, ni brasser le sombre compost, ni la bouse qu’elle enfouit dans des cornes. Et tel le lointain rituel de Perséphone, elle les extraira de terre au printemps pour que l’alchimie de la vie reverdisse les pampres pétrifiés d’hiver. 
Les ceps, alignés pour une joyeuse parade, éblouis de lumière, courent les mains ouvertes jusqu’aux collines aux seins déployés. 
Un rapace tournoie dans l’immensité du silence.
Des avoines, cernées d’or sec, se penchent vers nos secrets. Les mots des poètes tournent les pages et essaiment des métaphores qui tissent le paysage. 
Des abeilles folâtrent dans le sucre violet d’une luzerne. 
Nos pas crissent dans la chaleur poudrée de cette terre nourrie de labeur. 
Je vois dans les labours la trace de cet Ulysse en cavale vers l’horizon. 
Les grappes, mamelles aux grains drus et verts, sont riches de promesses.

 

Nous abandonnons les terres flamboyantes pour les mystères du chai. Dans cette cathédrale étincelante et fraîche, le raisin des vendanges précédentes a été pressé avec sa rafle, puis mis au repos dans de grands réservoirs d’acier. La fermentation l’a transmuté en vin. Le mauve du jus enivrant luit dans l’écrin des portes des cuves. 
Le moment est venu de remonter le temps. Nous descendons sous terre, dans l’antre rouge sombre du divin nectar. La viticultrice y devient alchimiste exaltant la patine dans le bois des fûts, l’arôme des fruits dans le ciment et l’acidité dans le grès. 
Dans cette fraîcheur naturelle, creusée à main d’homme et de femme, s’épanouissent les millésimes. 
Emmaillotés de soie, dans leurs alvéoles, les précieux breuvages inscrivent dans le temps les récits d’un territoire et de ses femmes et hommes livrés aux saisons.
Cernée de formes ovoïdes, je perçois les secrets des entrailles de la vie. Une fascination teintée de peurs très anciennes m’envahit.

 

Retour à la lumière, des rires, des verres, un liquide somptueux, des arômes subtils ou capiteux, des plats appétissants et colorés.
Que la dégustation commence !

 

Nous voilà initiés mais le rituel se poursuit.
Immergés dans la création nos corps passent brutalement de la chaleur à la fraîcheur, de la lumière à l’ombre. 
Une terrasse ardente, malgré ses poutres puissantes, portera les mots, l’ombre épaisse des murs florentins sera la caverne des tableaux.  
Un fil invisible joue au funambule d’un cadre à l’autre. Il dessine sur les toiles la vie de la femme qui tient les pinceaux. Là, une porte s’ouvre sur un dehors luxuriant. Plus loin, la forte charpente d’un chêne cogne les bords du cadre. Les couleurs sont généreuses, les formes sensuelles et vivantes. 
Les formats grandissent avec l’assurance, les figures s’épurent jusqu’à l’abstraction. La peintre entre dans ses toiles qui deviennent partitions musicales et signes d’émotions. Lignes et couleurs créent des unissons, de silencieuses harmonies, d’éclatants tapages ou de sombres requiems. 
Je devine la force de la main qui charpente les tons, hachure les formes, étoffe les textures et explore les possibles. 
Les couleurs clapotent au bord de mes yeux. Des fissures laissent s’échapper des arômes de jaune et d’orange. Le pinceau s’en délecte et en barbouille tous les regardeurs.


Chaque tableau ouvre son théâtre. 
Un suave désir dessine les volutes d’une ligne qui s’enroule sans fin dans la douceur des violets, des mauves et des pourpres des robes du vin. 
L’univers aquatique d’une toile me happe, j’entre dans le cadre, je barbote, je flotte. Une foule de formes trapues s’avance au clair de lune, j’entends un clapotis. La nuit a plombé les contours. Celles qui sont là depuis longtemps commencent à s’emplir de couleurs. Quelques turquoises ou verts luminescents, des éclats de violet tanguent, de-ci de-là. Les autres se laissent extraire de l’anonymat par un trait fragile mais vibrant. Derrière elles la masse des sans couleurs les pousse à avancer, au risque de détruire tout le puzzle. Le Graal les attend, tout en bas. Deux se glissent déjà dans la faille entrouverte. Elles s’enfuient. Elles ont réussi !


Je sors de la toile. Des gouttes de peinture sur le sol me trahiront, demain …

 

Marie-Sol  M. S.

 

 

 

Lieu

Domaine de Gramenon

Montbrison-Sur-Lez en Drôme provençale

 

© Photo : Marie-Sol M. S.​

 

 

Informations

https://appelart.wixsite.com/appelartcompagnie/saison-2021-2022

 

 

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