Auto-portraits
Loin des reflets des miroirs
je peins je et le jour
et je m'y glisse ...

Un jour
Un jour comme un arbre scintillant,
un jour où le soleil brille froid, et pourtant.
Ce jour n'est pas tranquille, il est trop clinquant,
orgueilleux, il montre sa richesse,
l'accroche dans les arbres.
Il peint le ciel en bleu roi,
et puis le dilue jusqu'à devenir évanescent
comme le jupon d'une jeune fille,
il étale des miroirs sur les vieilles tuiles transies des toits,
il bouscule l'humidité glaciale des jours,
il révèle les odeurs, il change les habitudes.
Il gesticule de mille chatoiements.
Il rêve et fait rêver.
Et quand il s'éteint, petit à petit,
chaque diamant scintillant dans les arbres disparaît
laissant leur trace sur nos rétines
qui en garderont le chaud souvenir,
comme des pépites d'amour.
Jean-Pierre C.

Une journée particulière
La musique déroule un cortège de tonalités rapides et rythmées,
enchaînant les images, les souvenirs,
pas ceux qui cliquettent comme des pièces au fond d'une poche,
mais ceux qui affleurent au bord des lèvres, puis les images encore.
L'homme est assis face à la fenêtre devant son écritoire.
Il aperçoit son visage dans la vitre devant lui,
il a l'air perdu, dans l'atermoiement.
Mais les mots ne viennent pas.
Le soleil brille dehors, c'est un après-midi pur et lumineux
qui nie la froidure de l'hiver,
il étale des miroirs sur les tuiles transies des toits.
Il fait chaud près de la cheminée où le bois crépite.
Et les mots ne viennent toujours pas.
Pourtant la chaleur, pourtant la musique, pourtant les images.
Alors le soleil fait ceci :
il accroche des milliers de points scintillants sur les bourgeons de l'arbre
que l'homme voit derrière la vitre, derrière son reflet,
le soleil met une guirlande magique dans l'arbre
que l'homme voit derrière la vitre.
La guirlande s'anime et scintille comme de l'eau miraculeuse,
et l'arbre brille de milliers de larmes magiques.
Le reflet de l'homme dans la vitre est ému,
ému jusqu'aux larmes.
Alors il prend sa plume et par delà la musique,
par delà les images,
par delà la chaleur,
il reprend le cours de ses souvenirs
et couche le cadeau sur la page blanche de ses premiers mots :
Un jour comme un arbre scintillant de larmes miraculeuses
Jean-Pierre C.

Auto-portrait
Mon portrait ! Pas facile.
Même dans un miroir, je ne me verrais pas telle que je suis.
Dans un miroir, j’essaierais de voir ce que je voudrais voir. A mon âge c’est difficile.
- Mes yeux, rien à dire
- Mon nez, ça peut aller
- Les oreilles ça va aussi
- La bouche, pas terrible, pas à la mode
- Les dents usées.
Alors le tout ensemble, c’était mieux avant, avant.
A une époque il y avait la peau fine, le regard différent, sans lunettes, il y avait surtout le sourire.
Maintenant les rides marquent le temps et la peau n’est plus fine.
En conclusion c’était mieux avant.
Décrire un jour ou une journée.
Le jour, qui est-il ?
L’aube se dessinait dans le ciel, le jour apparaissant au loin derrière les montagnes à l’horizon, il débutait comme sortant du sommeil, faible, engourdi.
Le jour c’est la rosée qui brille sur les fleurs.
Le jour c’est la lumière qui avance avec l’heure, pâle puis plus précise.
Le jour c’est le soleil qui commence à briller et la chaleur qui peut durer jusqu’au soir.
Il veut retarder et cherche une excuse pour aller se coucher.
Il attend la nuit complète.
Enfin le jour baille et épuisé va abandonner.
Il s’endormira finalement dans les étoiles.
Aventure du Je du portrait dans ce jour là
Je, oui, c’est moi.
Il c’est un jour.
Le jour c’est un temps différent pour chacun de nous, il peut être agréable avec de bonnes nouvelles, triste si on est contrarié.
J’ai de bons souvenirs comme tout le monde. Je suis très sensible au temps météorologique. Le jour sera pour moi plus agréable avec un beau soleil.
Mon visage sera détendu, mon caractère sera différent du jour où il pleut.
Je n’étais pas aussi pénible dans ma jeunesse heureusement.
Jacqueline P.

Mon autoportrait, quel exercice !
Alors, j’ai une tête ovale avec des pommettes un peu hautes et des joues qui, hélas, se sont un peu trop remplies depuis une décennie.
Mon nez, je le trouve grossier, c'est-à-dire le contraire de parfait et c’était presque un complexe lorsque j’étais plus jeune ; de plus, il y a quelques années, il s’est cassé lorsqu’un vilain malaise lui a fait rencontrer un coin de chaise.
Ma bouche n’est pas grande, je l’aurais aimée plus gourmande.
Mes oreilles ne me semblent pas mal, enfin, normales,
même si elles ne sont pas tout à fait à la même hauteur,
mais j’ai choisi de ne jamais les cacher car elles ne sont pas très grandes
et bien collées et que j’adore leur offrir des boucles colorées.
Je n’aurais rien à dire de particulier sur mon front qui me semble d’une taille raisonnable,
s’il n’était pas déparé par le souvenir d’un grain de beauté (mais oui !)
qui s’est transformé en une vilaine petite vésicule
que la peur du bistouri m’a empêchée de faire disparaître.
Mes sourcils sont un peu épais, mais pas trop mal dessinés, même s’ils ont chacun une courbe différente :
le droit suit bien le contour de l’œil, tandis que le gauche se hausse un petit peu.
Et puis mes yeux. Ah, ceux-là, c’est ce que je préfère dans mon visage,
même si je dois parfois les cacher derrière des lunettes.
Bleu parfois gris, bleu parfois ciel, je les aime et j’aime les mettre en valeur,
allonger leurs cils et les parer de couleurs douces.
Et puis mes cheveux, de blond clair puis vénitien, ils sont devenus blancs :
mais ça, c’est le travail du temps …
Hélène A.

Elle est fidèle au rendez-vous.
Elle a fait se lever le soleil, l’a hissé au-dessus du grand pin pour le sublimer et faire de l’arbre,
une ombre chinoise. Elle aime jouer avec la lumière, cette journée-là.
Elle se sent toujours une âme primesautière,
elle réchauffe la rosée que la nuit a parsemée sur les herbes et les chemins ;
elle encourage les insectes à sortir de leur cocon.
Comme elle pousse le soleil à grimper toujours plus haut,
elle décide aussi de ne laisser dans le ciel que quelques bribes de nuages rosés,
pleins de douceur matinale.
Elle fait éclore les boutons du cerisier sur lesquels elle attire les abeilles,
elle hisse hors de terre les pousses de plantes odorantes que la chaleur du soleil va exalter.
Elle avance, la belle journée, seconde après seconde, avec persévérance et avec le désir d’accomplir une œuvre majeure, chaque année renouvelée.
Quand elle laisse le soleil redescendre sur l’horizon, elle sait qu’elle a réussi. Radieuse et comblée, elle va laisser la place à ses suivantes, toutes plus belles les unes que les autres.
Alors, elle appelle le merle, la bergeronnette, le simple moineau, les étourneaux, à faire éclater un hymne à la joie, à sa gloire à elle. Une hirondelle traverse le ciel et entraine à sa suite un orchestre à mille cordes pour saluer la sortie de scène de la première journée du printemps.
Hélène A.
J’ouvre un œil. 6h30 affiche le réveil.
Mon esprit endormi me dit qu’on est samedi, qu’il est vraiment trop tôt pour se lever.
Dormir encore un peu !
Un coup de poing dans l’oreiller pour me blottir dans le creux que je viens d’y créer
et je rabats les couvertures sur ma tête.
Les minutes passent.
Flûte, le sommeil ne veut plus de moi.
Je m’étire et tourne la tête vers la fenêtre où un rai de soleil perce à travers les volets ;
c’est un bon présage, alors je me lève et je pousse les volets en grand.
Le soleil se devine à travers le grand pin, dans le ciel déjà clair
où quelques nuages rosés s’effilochent paresseusement,
un merle siffle dans le cerisier.
- C’est printanier, tout ça ! Mais, on est bien le 21 mars aujourd’hui ? me dis-je.
Subitement, je me sens pleine d’entrain, je veux que cette journée soir particulière. Particulièrement positive !
Un coup d’œil dans la glace de ma vieille armoire :
les cheveux en bataille, les yeux cernés.
J’ai besoin de mon thé aux agrumes pour me mettre en train.
A cette heure matinale, tout est calme et reposant.
Mais, pour le premier jour du printemps, il ne faut pas se laisser aller :
aux grands jours, les grandes décisions.
Des baskets, un sac à dos et je pars marcher sur la plage.
Il n’y a encore personne.
Au loin, un bateau de pêche rentre au port, une mouette crie, les vagues sont encore somnolentes.
Et puis, dans le creux d’un rocher, je l’aperçois.
Une petite chienne blanche et rousse, de grands yeux interrogateurs,
qu’elle braque sur moi, promettant plein de tendresse.
Je m’approche, elle ne bouge pas ;
je tends la main lentement, mais toujours pas de réaction.
Alors, je sors de mon sac un morceau de pain et le lui tend ;
ses sens en éveil, elle renifle ma main, la manche de mon blouson, puis le pain et le happe soudain.
Elle agite la queue, le contact est établi.
Elle m’accompagne depuis 5 ans.
Hélène A.

Auto portrait
Exercice difficile
car on peut à la fois tomber dans l’auto complaisance
ou dans la fausse modestie.
Essayons tout de même.
Un visage de taille moyenne, plutôt rond, plutôt pâle,
encadré par des cheveux châtains méchés de blond,
dont la longueur peut varier selon les saisons.
Des traits assez réguliers,
pas de grandes oreilles ni de grand nez,
ni de grand menton, rien de vraiment grand,
à part les yeux peut être,
qui sont bruns derrière les lunettes sous des sourcils bien fournis.
Pas de pommettes saillantes, pas de grandes dents non plus,
la bouche est plutôt bien dessinée, la dentition est régulière.
Bref un visage que je trouve plutôt agréable les jours fastes,
quand j’ai des couleurs et le moral,
plutôt banal et terne les jours sinistres
où je ne vois plus que les rides et les cernes.
Portrait d’un jour pas comme les autres
J’avais senti tout de suite que c’était un bon jour
car il avait débuté par un matin câlin, fleuri, feutré.
C’était un jour radieux, lumineux, sonore, fier et content de lui.
La matinée s’était déroulée en douceur et midi était arrivé d’un coup,
sur le coup de midi justement,
avec l’apéro qui allait avec.
Il y avait eu grignotages et bavardages.
L’après midi avait suivi, plein de bonne humeur,
de fantaisie, de promenades et de fleurs.
Puis le soir s’était installé : soir de velours, de confidences,
de veillée autour du feu et puis la nuit était tombée sans un bruit,
juste un bâillement de fin de journée
et là j’ai compris que ce jour pas ordinaire était terminé.
Dominique D.

J’avais senti tout de suite en me réveillant
que ce n’était pas une jour comme les autres
car les pendules s’étaient mises à tourner à l’envers
et tous les appareils ménagers avaient démarré en même temps
dans un bruit assourdissant ;
un vent de folie soufflait dans l’appartement.
J’avais avalé rapidement une choucroute garnie,
bu trois ou quatre rhum grenadine,
chaussé mes bottes de sept lieux
et m’apprêtais à sortir
quand je jetais un regard dans le miroir de l’entrée.
Je n’avais pas la même tête que d’habitude, elle avait doublé de volume.
J’étais méconnaissable. Je n’avais presque plus de cheveux,
deux gros yeux globuleux, des oreilles immenses et deux mentons.
Machinalement je frottai mes mains sur le miroir,
comme pour l’essuyer et effacer cette image,
mais à mesure que je frottais, je changeais encore de tête.
Maintenant j’avais de longs cheveux rouges,
trois grands yeux de couleur différente et un cou de girafe.
Je frottai le miroir encore une fois
et voilà que j’avais une tête d’âne
avec de longues oreilles et de grands yeux tristes.
C’était effrayant.
Je poussai un grand cri et me réveillai en sursaut
au milieu des canettes, des boites de conserve et des corps endormis.
Je me souvins alors de la soirée de la veille
où nous avions essayé des mélanges improbables.
Je courus au miroir.
J’avais retrouvé mon vrai visage :
un visage brumeux de lendemain de bringue,
mais où tout était rigoureusement en place.
Dominique D.

Autoportrait
Avec ma gueule de métèque !
Oui c'est peut être pour cela que je passe difficilement les frontières.
C'est difficile de se peindre soi même.
Le matin en me rasant je ne remarque pas mon « œil noir ».
Bien sur, je me regarde alors l'expression n'est pas la même.
Mais souvent on m'a dit : ne me regarde pas avec cet œil noir !!
Mes yeux ne peuvent rien cacher.
Avec l'âge mon front s'est dégarni.
Il reste encore des cheveux gris.
En ce moment je les laisse pousser à la poète.
Philippe est le seul a avoir remarqué que j'ai une patte plus longue d'un côté ;
Décalé.
A l’aéroport de Moscou je regardais les Arméniens qui attendaient pour Erevan.
Je regardais leur nez, leurs sourcils.
Suis-je un peu comme eux ?
Maryse m'avait acheté une petite créole.
Je ne pouvais la mettre au boulot.
Aussi dès la retraite, elle était pendue à mon oreille droite.
Liberté.
Sur ma bouche, pas grand chose, elle est là.
Je détourne le regard de la glace.
Cela suffit.
On voit l'âge des arbres en coupant le tronc.
Inutile pour moi.
Regardez mes rides, elles sont là.
D'expressions vous dites !!!
Christian P.

UN JOUR
Un jour. Un jour.
Oui, mais quel jour ?
Il y en a sept, alors ?
Pique et pique et ….
Le Lundi.
Il est la reprise du travail.
Adieu sentiers, sommets, rêves.
Il est souvent ensoleillé alors que le dimanche étais pluvieux.
Il a signé un contrat avec le patronat.
Lundi est plein de courbatures du Dimanche.
Dès le matin il m’annonçait l'avenir de la semaine.
Lundi avec à son bras le premier client ouvrait la porte de la pharmacie.
C'est là où tout se décidait;
Aujourd'hui : c'est une belle dame avec le sourire.
A midi, il se repose.
Et on repart jusqu'au soir.
« le lundi au soleil » chantait Cloclo.
Lundi où es-tu? maintenant que je suis a la retraite.
Coucou !
Christian P.

RENCONTRE
Anne ,tu me fatigues !
Déjà l'autoportrait.
Le Lundi que je n'aimais pas.
Mais la rencontre des deux.
Où vas-tu chercher des idées pareilles ?
C'est le lundi 2 Janvier 1969
que j'ai mis ma blouse à la pharmacie
à Avignon.
Je me souviens encore de la glace au fond.
Je me regarde dedans.
Mais non Monsieur ce n'est pas ici !
Si, si je commence ce matin.
La glace ne me reconnaît plus.
Et pourtant c’était bien là.
J’étais jeune, amoureux, avec des cheveux bruns, bronze ;;;
Je découvrais la ville.
Je ne me souviens plus du premier client mais j'avais le trac.
Je pensais déjà au Samedi pour aller à Bedoin.
C'est peu être tous ces Lundis qui m'ont donné ces rides.
Lumière !!
C'est un Lundi soir que Patrice est né.
Je me regarde dans le miroir de la salle de bain.
C'est toi.
Petit clin d’œil :
Sacré Lundi, je t'ai eu.
Maintenant c'est tous les jours Dimanche !
Christian P.

