Les Bruits du Monde ...
Si tu ouvres ta fenêtre
tu entendras les bruits du monde ...
Regardes ...
une nouvelle journée commence ...
Ecrits ensemble ...
" Une journée comme un soir,
est une journée idéale pour se reposer."
Il ouvre les yeux sur son réveil qui sonne.
Alarme douce et entraînante qui l’appelle à l’action.
Il a les orteils qui craquent,
mais l’eau de la douche en cascade câlines le ranime doucement,
le ravigote carrément.
C’est l’heure de sauter dans la voiture déjà.
Une à une les rues du village s’affichent,
les frimas de l’hiver laisse la campagne figée, blanche.
Seules quelques pies bondissantes et jacassantes sont témoins de son passage.
Il est arrivé.
Sur la banquette arrière il attrape sa casquette, claque la portière et entre.
Déjà Djamila est là.
Ça va ?
Oui, on y va.
La gare est encore vide et glacée. Cinq heures trente cinq.
Tout s’allume, le temps des trains peut commencer.
Tiroir caisse, premier client connu claquant des dents.
Fait pas chaud c’matin hein ?
Et l’annonce du grand haut parleur répond de sa voix d’aluminium :
« Le train 8695 en provenance de Carro
et à destination de Marseille St Charles va entrer en gare.
Éloignez vous de la bordure du quai.
Départ 5h45.
Les freins puissants secouent les rails
et il attend la fermeture automatique des portes pour siffler.
De grands crissements en fort démarrage,
de sourire, en fou rire, il veille au bon roulement, au bon voyage.
Il siffle si souvent qu’il ne les compte pas.
Le soleil fidèle compagnon sans un bruit se couche en projecteur.
C’est l’heure à nouveau celle de l’autre bout ce coup ci.
Celle qui dit, casse-toi chez toi.
Casquette sur la banquette arrière, ce soir l’attend une blanquette.
Promis, elle lui a dit.
A demi-mots elle a osé ce soir parler d’un avenir possible.
« Peut- être, on pourrait…... tous les deux. »
Sur l’oreiller, raisonne encore en lui l’image de ses yeux,
le parfum de sa bouche,le bruit de ses bijoux et son cœur un peu plus vite bat.
Dominique H.
Lorsqu’il entendit le micro-onde sonner, il se leva du lit en geignant.
Sans vraiment souffrir, comme pour s’habituer à la vieillesse qui s’annonçait.
Il bu son café, assis sur un tabouret, accoudé au bar de la cuisine.
Il la devina derrière lui, son regard calme et bienveillant,
ses bras croisés comme si elle avait froid.
Quand il eut fini sa tasse.
Il l’entendit se retourner et se diriger, à pas comptés,
vers la baie vitrée qui donnait sur le jardin.
Il l’aida à s’asseoir sur le sol flammé d’orange et de jaune,
et s’adossa contre le merisier.
Il la soutint pendant qu’elle basculait lentement en arrière.
Il sentit sa tête, légère, sur ses cuisses.
L’air embaumait.
Le soleil traversait à peine le feuillage embrasé, immobile.
Elle respirait petitement, la bouche entrouverte.
Ils restèrent longtemps ainsi.
Puis il lui parla.
Il lui raconta un conte de son enfance.
Elle bougeait de temps à autre ses pieds, brisant quelques feuilles répandues.
Une brise légère, inattendue, leur caressa le visage.
Elle repoussa délicatement ses cheveux en arrière
et cambra légèrement la tête.
Il sentit cette pression contre lui et comprit.
Les branches bruissaient nonchalamment au-dessus d’eux,
brisant la lumière de mille éclats
qui mitraillaient le fin tranchant de la lame.
Sans que sa main n’ait à appuyer sur le manche,
il dessina de gauche à droite sur la gorge tendue un sillon
qui se coloria d’un rouge cerise.
D’une voix calme et tendre, il compta :
« un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf, dix ».
Elle garda la bouche mi-ouverte.
Son souffle ralentit en faibles cadences.
Il sentit une chaleur tiède, liquoreuse, contre sa cuisse.
Et ce fut le silence.
Il pleura, sans un sanglot, en lui disant :
« Je t’avais dit que ça ne faisait pas mal ».
Philippe A.
J'avais oublié
J'avais oublié la mer, je l'avais égarée au fond de ma mémoire.
Je suis ce matin en retrouvailles.
J'avance les deux pieds dans le sable glacé, de l'eau jusqu'au poitrail, les bras tendus les dents serrées je vais les noyer.
Au fond, les poumons vidés sur le sable posé, mes douleurs, mes regrets, mes bleus à l'âme, je vais les noyer, je vais m'en laver.
Virginie D.
Orage
Je rêve à l'aube infernale du nouveau jour où s'abattra sur nos cœurs le ciel triomphal
Je sens gronder à travers le gris acier des nuages sombres et glacés l'ébauche d'une rageuse berceuse par les dieux fredonnée
Je frémis aux parfums mêlés des quatre vents déchaînes balançant de leurs souffles les bois et forêts déchirés
Et le regard ébloui d'éclairs meurtriers j'entends tomber le crachin assassin comme une bulle immense emplis de sanglots divins.
Virginie D.
Bulle
A l’aube de ma libération
Je me balance dans ma bulle
J’entends dans le berceau les balbutiements du bébé
J’écoute la berceuse
J’ai attendu neuf mois et le voilà blotti au creux de mes bras
Belle ébauche que ce début de vie
Devant tant de beauté me voilà éblouie.
La cage
Tu es resté des mois, sans voix, au fond de ta cage,
Tu as pleuré souvent en regardant les toits
Tu as perdu la foi, tu as perdu courage
Et puis un soir d’orage, un soir de rage, tu as pensé à toi
Tu t’es dit que tu avais l’âge de partir en voyage
Que tu en avais marre de ce village, de ces murs, de ces grillages
Que tu voulais voir d’autres visages, d’autres rivages
Quitte à y aller à la nage
Alors, rapidement, tu as fait tes bagages
Et tu es parti sans moi pour un lointain voyage.
Le désespoir est provisoire
Il est resté des mois, sans voix, au fond de sa cage
Il a pleuré souvent en regardant les toits
Il a perdu la foi, il a perdu courage
Il a été libéré ce jour, à l’aube.
La liberté, ça sert à quoi ?
Il ne sait que faire, tourne comme un ours en cage
Il voudrait bien partir mais il y a de l’orage
Partir pour aller où ?
Pas de ciel sans nuage
Son corps est libéré mais son esprit vacille
Personne ne l’attend, il est toujours en cage
Ne connaît plus aucun visage
Il est désespéré
Voudrait partir en voyage
Partir pour aller où ?
Il n’a même pas de bagages.
Peut-être vers des rivages
Dont on ne revient pas.
Et puis soudain il remarque un visage
Un visage sans âge avec un regard doux.
Une voix l’interpelle :
« Monsieur vous allez où ? »
Cette voix le réchauffe, le remplit d’émotion
Il ne connaissait plus ce genre de sensation
Il remet à plus tard ses sombres intentions
La liberté ça sert à quoi ?
A fabriquer des possibles
Il retrouve la foi, retrouve le courage
Grâce à cette voix, ce regard, ce visage
Il va peut-être enfin pouvoir tourner la page ?
Dominique D.
