Objets inanimés ...
« Objets inanimés avez-vous donc une âme ... »

La Description
Je le soupèse, il tient bien dans ma main,je le fais s'envoler plusieurs fois,
il revient toujours dans le creux de la paume de ma main, s'y complet;
l'équilibre est parfait juste à la jointure du bois et du fer.
Le bois est d'amourette, le fer brillant et pointu, inoxydable.
L'élégance de sa ligne est toute en courbe au long de son corps longiligne.
Et quand je le lance, il s'échappe, invisible soudainement
et se plante avec un bruit de dernier mot.
Jean-Pierre C.

Vexation
Je le dis tout net, jamais je n'aurais pu imaginer que l'on puisse me faire çà.
Je somnolais, tranquillement repu dans ma gaine de cuir, nettoyé de frais,
j'aime le sang mais il a la fâcheuse manie d'oxyder ma lame,
et à la longue je risquerais de noircir
et n'en finirais pas de dépérir misérablement,
moi si beau si brillant.
Je venais de faire mon office qui est de couper, découper,
sanguinoler, un véritable festin quoi.
Et maintenant, qu'est-ce-que je vois?
Cette chose molle, malodorante et blafarde,
est-ce-cela que je dois trancher, ce truc,
cause de litige entre un corbeau et un renard?
Quelle ignominie! Quel déshonneur!
Camembert de Normandie ou pas,
foi de Laguiole
je ne vous adresserai plus jamais la parole.
Jean-Pierre C.

Le violoncelle et le couteau
– Pardon.....Pardon.....Pardon je voudrais passer,
cette vitrine n'est vraiment pas grande!.........
– Pardon! Excusez-moi!
– Ah! Mais faites attention! Vous êtes dangereux!
Ces couteaux se croient vraiment tout permis!.......
– Pardon, heu....Mademoiselle, je voudrais passer devant, rejoindre
la bougie, le bol, le bonnet, et le stylo........Mademoiselle?
-Violoncelle ! Mademoiselle Violoncelle.
Mais faites donc, je vous en prie.
- Merci, je ne voudrais surtout pas vous égratigner au passage.
- Attention à mes cordes ! Voudriez-vous que je ne chante plus?
- Excusez-moi....je regardais toutes ces marques de doigt, là, là et là.
- Lalala, feriez mieux de regarder où vous allez, monsieur du couteau.
Et d'où venez-vous comme çà, aiguisé et mal élevé?
- Je suis sorti de l'armoire, j'y étais couché et personne ne me voyait,
je serai bien mieux en vitrine!
Vous, vous n'avez pas ce genre de problème,
on vous voit de loin, vous nous charmez de votre voix mélancolique,
mais moi, petit, obscur, perfide ......
- Mais vous ne manquez pas d'à-propos ni de finesse.
N'est-ce pas vous qui avez tracé les lignes de mon corps dans le bois brut?
- Si, tracé, caressé même.
- Écoutez, mettez-vous là, devant, mais près de moi; le violoncelle et
le couteau, celui qui chante les mots et celui qui les fend.
- D'accord, vous vibrerez pour moi et je fendrai l'air autour de vous
quand des yeux de convoitise se feront trop lourds.
Jean-Pierre C.

La Description
J'attends comme d'ordinaire, comme chaque jour qu'elle vienne,
qu'elle n'emmène faire un tour à la lumière.
Des heures longues, j'attends des heures sombres comme un triste amant.
Puis presque à la fin du jour la porte s'ouvre et son regard se pose sur moi.
Elle ne voit que moi, rien d'autre, ni tasse ni verre ne pourra me ravir son attention.
Je suis le seul, l'unique.
Entre ses mains je vole, pas loin,
juste à quelques pas et je me pose sur la nappe de soie.
J'attends, encore. Elle s'affaire c'est un rituel pas une mince affaire.
Choisir les feuilles, les observer, les humer, les poser dans mon creuset.
Et l'eau, douce et pure, de source et surtout pas dure.
La température, ne pas se tromper d'un degré.
Jamais elle ne m'a ébouillanté.
Voilà ! c'est près.
Entre mes berges sa liqueur sacrée
où dansent les feuilles vertes bleutées comme des petits poissons éparpillés.
A mon corps de grès elle réchauffe ses mains, me touche, me caresse,
je sais qu'elle aime mon grain.
Doucement, sa bouche à ma lèvre donne un premier baiser, puis un second,
elle me repose mais garde sa main à mon corps.
J'attends, encore, toujours. Je m'élève à nouveau comme dans un rêve,
je vais à sa bouche, je savoure l'instant.
Le mouvement fait danser le petit océan doré qui à chaque gorgée
devient mer puis lac puis étang, et quand il ne reste plus qu'une petite flaque
au fond de mon cœur je sais qu'arrive la fin du moment.
Je retourne dans l'ombre, à l'abri des portes sombres
jusqu'au jour prochain où à nouveau je serais dans ses mains.
Comme un triste amant j'attends.
Virginie D.

Rivalité
Comme d'ordinaire, comme chaque jour j'avais attendu, j'avais rêvé d'elle sans faillir, certain de l'attention qu'elle saurait me donner, impatient de pouvoir l'abreuver.
Tout avait bien commencé, sur la table sagement je posait ;
Modèle unique d'un défilé qu'aucune mode ne viendrait détrôner.
C'est alors que je le vis ; Posé à quelques centimètres de moi,
immobile et froid, il me narguait.
A peine envolé, juste le bord par ses lèvres effleuré,
déjà elle me pose pour ne plus avoir d'yeux que pour lui.
Prétentieux et droit il parade dans son habit de bois.
Il l'appelle, l'attire, se fait le point de mire.
Saisi d'effroi je la vois se détourner de moi
quand le bellâtre se déploie entre ses doigts.
Ah ! Le vilain ! Le sombre ! Il cachait bien son jeu !
Voilà que de son fer il menace mon bonheur,
par sa présence il coupe court à ma joie.
Et va y qu'il tourne et retourne dedans sa paume,
il use et il abuse des éclats de lumière que sa lame me renvoie
en travers comme une offense.
L'océan refroidi, les poissons,
le ventre en l'air au fond de mon cœur,
agonisent lentement.
Comment peut elle ! Moi qui lui ai toujours été fidèle,
se détourner si vite au profit de ce scélérat ?
Mais voilà qu'à nouveau elle pose son regard sur moi.
Sans hésiter elle lui rabat son caquet dans son bois et au milieu des couverts le noie.
Elle change l'eau des poissons, se rassoie, je suis à nouveau son lagon.
Comment ai je pu douter ?
Comment ai je pu craindre un seul instant ce misérable petit poinçon ?
Virginie D.

La Description
Elle est grande et belle, même assez imposante.
Elle ne bouge jamais, ou très peu, seulement quand elle doit changer d’habitation
ce qui a dû lui arriver 4 fois dans sa vie.
Je l’ai toujours vue dans nos différentes maisons,
même dans la dernière où elle a passé 30 ans enfermée dans un grenier.
Malgré cette réclusion, elle a conservé son odeur très particulière de bois camphré.
Maintenant, elle est à moi ;
elle recèle des choses que j’aime.
Hélène A.

Souvenirs
J’avais cru ma dernière heure arrivée ;
peu à peu tous les autres meubles étaient partis chez l’un ou l’autre.
En bas, la maison était déjà vidée,
il ne restait plus que notre coin de grenier à déménager.
J’avais passé plus de 30 ans sous ces poutres
à côté de mon compère le bahut de la salle à manger.
Heureusement qu’il était là d’ailleurs,
le Régence comme je l'appelais,
car pendant toutes ces années nous avons pu égrener nos souvenirs
et même si nous étions tous les deux démantibulés, allongés dans l’ombre,
portes d’un côté, étagères de l’autre, notre âme vivait.
Lui me parlait des porcelaines et des verres en cristal qu‘il avait protégés,
moi je lui racontais des choses plus intimes sur ma vie passée
lorsque je veillais les amours d’une chambre feutrée ;
je lui racontais les lettres envoyées d’un lointain pays
que j’ai longtemps gardées dans mes tiroirs,
je lui racontais la jolie silhouette qui se reflétait dans ma grande glace biseautée,
je lui racontais les enfants qui, par 2 fois, sont arrivés dans cette chambre.
Ces nuits-là, je restais silencieuse, impatiente mais impassible.
Et au milieu de la nuit, au cri du bébé,
je pouvais enfin faire craquer le bois de mes portes
pour participer à la joie de tous.
Plus de 30 ans, dans ce grenier, inutile, impuissante.
Et puis, il y a quelques mois, la porte du grenier s’est ouverte,
mon ami le bahut a disparu planche après planche
et j’ai senti qu’on m’enlevait à mon tour,
qu’on m’emportait, qu’on me déposait en pièces détachées dans un camion froid.
Après un claquement de portes, un bruit de moteur,
le départ pour un voyage dont l’issue me semblait fatale ;
après un temps qui m’a paru interminable, le camion s’est arrêté,
les portes se sont ouvertes et j’ai entendu :
« Alors, où tu la mets ton armoire ? ».
Et j’ai compris alors que j’allais revivre, retrouver mon rôle et ma mission.
Je redevenais ce meuble utile et beau qu’un ébéniste,
il y avait bien longtemps avait créé avec plaisir et passion.
J’ai pris place dans une nouvelle chambre lumineuse et chaleureuse
et j’ai éprouvé une sorte de vertige en retrouvant malgré ces années de claustration,
la subtile odeur de camphre de mes tiroirs.
Hélène A.

La Rencontre
Un jour, on a ouvert un de mes tiroirs pour y déposer un objet léger,
un peu froid, inhabituel dans mon monde calfeutré.
J’aime toutes ces choses sur lesquelles je dois veiller, mais celui-ci m’étonnait ;
je renferme plutôt des nappes, des serviettes, des pulls, des chaussettes,
quelques photos aussi ; mais voila que venait d’arriver un stylo !
Pour le saluer, j’ai fait craquer le fond du tiroir ;
il a sursauté dans la pénombre et semblait craintif dans ce nouvel environnement.
Il était très beau, nacré, mais il n’avait pas l’air bien jeune,
ce qui m’a rassurée car entre antiquités, on devait se comprendre.
Pour lier connaissance, je lui ai demandé où il était depuis tout ce temps ;
après un long silence, il s’est décidé à me dire qu’il venait de loin,
d’un pays qu’on appelait Indochine à cette époque.
C’est un jeune lieutenant qui l’avait acheté sur un marché de Saïgon
pour écrire à sa jeune femme en France de longues lettres,
souvent accompagnées de photos en noir et blanc,
dans lesquelles il racontait la vie pas toujours facile de ces périodes troublées ;
il se souvenait avec émotion des mots de tendresse,
toujours les mêmes, qu'il traçait à la fin des lettres.
Et cela a duré de longs mois.
Maintenant, il se sentait bien vieux, n’avait plus écrit un mot depuis de longues années,
mais il avait attendu patiemment, enfermé dans un plumier de bois,
vivant de souvenirs mais, à présent,
il appréhendait de faire à nouveau glisser sa plume dorée sur une feuille de papier.
Pour le réconforter, je lui ai alors révélé que toutes les lettres
sur lesquelles il a coulé son encre ont séjourné bien longtemps
dans ce même tiroir où il se trouvait à présent.
Lui les avait écrites, moi je les avais entendues lire et relire.
Nous nous sommes retrouvé des souvenirs communs,
chacun à un bout de l’histoire et bien souvent,
on se les raconte avec bonheur dans le secret du tiroir.
Hélène A.

La description
Il est rouge, jaune et bleu.
C'est un souvenir de voyage.
Une petite dame âgée me l'a vendu pour si peu.
Pourtant quelle valeur il à pour moi.
Des grimpeurs, coureurs à pied veulent me le prendre. Non.
Il garde mes pensées bien au chaud.
Dire qu'étant petit, je n'aurais jamais voulu mettre un truc pareil sur ma tête.
La belle vie
Une pelote de laine rouge, une bleue, une jaune et deux aiguilles.
Ainsi commence ma vie entre les mains d'une petite dame arménienne, l'hiver, au chaud.
Un jour, en septembre un car de touristes s'arrête au cimentière des Kachas. Ils sont comme tous les autres attirés par les petits objets, les cartes postales Parmi eux, un gars à l'allure sportive T- shirt orange, baskets, avec un bandana.
C'est lui ! J'ai trouvé ma tête.
En effet, il me montre du doigt à la dame âgée.
De suite je suis sur ma tête.
Même pas le temps d'aller d'une tête à l'autre.
Non c'est cette tête, ce crane qu'il me faut.
Depuis je grimpe, je cours, je pédale.
Jamais je ne repose.
Mon nouvel ami me raconte son histoire.
J'écoute :
Le père de sa mère était arménien.
Ainsi, je me sis construit fil à fil pour protéger les rèves d'un croisé.
L'aitre jour, je me suis retrouvé sous la casquette d'un cycliste
Je montais, montais.
Il faisait froid, le sommet était enneigé.
Ce n'est pourtant pas le Mont Ararat ?
Arrivé au sommet on a voulu me prendre en photo.
Mont Ventoux 1912 mètres !!!
Mais dans quel pays je suis ?
Eh oui, depuis j'ai voyagé.
Je ne quitte plus ma tête.
Aux concerts de rock, en randonnées,
De nouvelles musiques, de nouveaux paysages.
J'ai demandé à ma tête quel était son rêve :
« Je retournerai là bas avec mon fils ».
Christian P.
