Petite philosophie de la vache

Le Puy juillet 2011 140 

La Raymonde

 

Là, c’est sur j’ai vraiment le tournis de voir tous ces gens là qui s’empressent et se pressent. Ils pourraient pas brouter tranquille comme tout le monde et regarder passer les trains, et mastiquer doucement pour digérer mieux ; je pourrai, si je voulais, leur apprendre le Zen et plus de temps de pause et de méditation .
Et ces insectes fous qui me désirent tellement qu’ils se vautrent sur moi à longueur de temps, ne peuvent ils pas trouver un équilibre entre eux.
Moi, je me sens plutôt bien dans ma peau, mais je ne suis pas dupe, je sais bien qu’ils la veulent.
Donc je vais leur donner du lait et de beaux veaux pour qu’ils me lâchent le pis et me laissent longue vie.
Je connais la musique, ils me font bonne figure puis un jour au matin il me livre à la mort. J’ai vu les autres partir et ne plus revenir.
Je suis pas mal ici, j’ai un tas de copines, de l’herbe plutôt verte, et une petite fille qui une fois par an,  me donne la clé des champs.

De grappillage par ci, en écoute par là, je connais toutes leurs failles, leurs qualités aussi, et je n’ai d’autre choix dans ce passage ici, que m’en remettre à eux, en leur confiant ma vie.
Mais mon âme rebelle a du mal à l’admettre et mon corps solidaire veux faires quelques ruades, quelques coups de pied en vache avant le dernier saut.

 

Jocelyne G.

 

Le Puy juillet 2011 224 

Petite philosophie de mon bien être.

 

« Je suis une vache. Comme les autres animaux, j’ai une tête, la mienne est bien remplie comme l’est aussi mon ventre. Je mange, je digère. Mais j’arrive à me demander : que se passe-t-il autour de moi – je réfléchis et je me conseille de prendre la vie du bon côté. C’est ça être philosophe. Il y a des moments heureux où je choisis ma nourriture, donc mon équilibre, c’est nécessaire pour ma robe de vache laitière.

La musique entendue à ces moments apaise beaucoup.

La clé du bonheur c’est d’en profiter.

Comment vivent les autres animaux ? Ont-ils une vie simple, comme la mienne ? Faut-il se contenter de ce que l’on nous donne ou au contraire faire ce qu’on appelle le grapillage, prendre le bien des autres ?

J’ai peu d’amies à qui me confier, la solitude me pèse.

J’espère avoir des copines, le pré est assez grand et les fleurs très nombreuses.

Pour le moment, j’attends. Ma philosophie est celle du bien être.  Je ne suis pas une rebelle.

 

Jacqueline

 

      Le Puy juillet 2011 381 

Petite philosophie de Lolita

 

Je me demande pourquoi ces créatures qui peuplent mon pré et avec lesquelles je dois cohabiter vont et viennent en tous sens.

Ma raison me conseille de ne pas trop m'interroger là-dessus mais je ne peux pas m'en empêcher et je rumine.

Vers de terre, fourmis, oiseaux, libellules, abeilles... où vont-ils ? Que cherchent-ils ?

Ils s'agitent tellement qu'ils en perdent parfois l'équilibre.

Certains semblent travailler très dur. Ainsi les taupes qui creusent la terre inlassablement.

J'aime la musique de tout ce petit peuple champêtre. Elle m'accompagne tandis que je pâture tranquillement.

Je me trouve bienheureuse de ne pas avoir à travailler aussi dur que la fourmi. Moi, mon existence est tranquille et c'est ainsi que je conçois la philosophie de la vie, la clé de la sérénité.

Ce n'est pas que je sois inutile. Je fournis du lait. Le fermier me trait une fois par jour, en fin de journée.

Le grappillage des oiseaux m'amuse. Le printemps venu, ils sont là qui vont et qui viennent piquant un vieil épi de blé par ci une brindille par là pour faire leurs nids.

Pour en revenir à mes questions, j'aimerais bien me confier à quelqu'un mais à qui ? Je suis seule de mon espèce sans congénère à la ronde et pour communiquer avec les humains il me manque la parole.

Je m'interroge aussi sur l'environnement car, ces dernières années, mes conditions de vie se sont dégradées, l'air que je respire est pollué et l'herbe que je broute n'a plus le bon goût d'antan, empoisonnée qu'elle est par les pesticides.

La rebelle qui sommeille en moi envisage de se mettre en grève de lait !

 

Anne Rh.

 

Le Puy juillet 2011 218

Petite philosophie de la vache

 

Me voici pour quelques jours au salon de l’agriculture et ce voyage initiatique est tout à fait hallucinant.

 

Voici tout un groupe d’hommes affairés à conseiller mon propriétaire sur le toilettage de ma robe…

Ils m’ont demandé à moi ce que j’en pensais de leurs accoutrements ?

Je vois passer tooute la journée des familles, des enfants qui viennent pousser des cris, ouvrir des yeux béats…Ils nous prendront bientôt pour une béte de cirque et nous demanderont de tenir en équilibre avec une patte sur le seau à lait retourné….

 

A la radio j’entends que nous sommes stressées…qui ne le serait pas ?

Etre parquées, exilées dans les murs avec en continu un brouhaha infernal….rien à voir avec notre musique, notre « meuh » international qui ravit les enfants et leur donne la clé des mots qui font rire….c’est même notre voix qu’ils ont choisi pour nous mettre en boite et les amuser.

 

Ils pensent que nous broutons ce qui nous passe sous le nez ! que nenni !

Nous avons nos gourmandises et allons faire bombance dans la vaste herboristerie de la montagne….

De grappillages en grappillages nous nous délectons par les nuits étoilées et confions nos espoirs de saisons luxuriantes à venir.

Nous nous plaisons à croire qu’un jour, rebelles nous ne viendront plus dans cette foire humaine nous donner en spectacle.

Dorénavent, nous ne recevrons plus qu’à domicile.

Dans les rue de Madras, un capharnaum de motos, de piétons, de rickschaw, de camions,  pas un espace de libre.

La vie grouille, halète, rugit, mugit, et là une vache paisible déhanchant son bassin , presque provocante, se prélasse à traverser, peu exitée par les klaxons qui fusent de tous cotés et dont quelques uns lui sont  adresés.

Ça fuse de toute part et elle, centrée sur l’objectif d’atteindre les cartons adossés à l’étalage ambulant va son chemin ….

Qui sait ? A brouter, humer, gouter les papiers ont-elles ingérer quelques bribes de philosophie, quelques sutras de Patanjali, quelques de dieux et déesses hindous qui leur voeuent un culte honorifique…

Je me prends à imaginer un lait au gout de papier dont les consonnes et les syllabes apparaitraient dans le bol du matin nous offrant une pensée du jour…..  

 

Francine G.

 

Le Puy juillet 2011 393

Petite philosophie de Précieuse

 

J’aime bien les humains quand ils me respectent quand ils me parlent gentiment sans hausser le ton bref quand ils ne sont pas vaches avec moi. J’aime tous les animaux de la ferme même les cochons qui portent bien leur nom je les trouve assez négligés et je ne peux que leur conseiller un peu plus d’hygiène serait-ce que pour l’odeur.

J’aime les poules et les lapins même si nous n’avons guère de points communs. Les poules me fascinent avec leur sens de l’équilibre quand elles restent des heures sur une seule patte à imiter les flamands roses.

J’essaye de garder de bons rapports avec les chiens même s’ils m’agacent quand ils courent dans tous les sens en aboyant sous prétexte qu’on les a chargés de faire rentrer le troupeau. Leurs aboiements mêlés au son de nos clarines fait une drôle de musique qui n’adoucit pas forcément les meurs de mes congénères.

J’aime les arbres et la nature qui explose au printemps les longues siestes dans les prés le bruit des clés que le fermier agite quand c’est l’heure de la traite.

J’aime par-dessus tout le grapillage des fleurs dans la prairie.

Je peux vous le confier : je suis une bonne nature dans l’ensemble pas rebelle plutôt du genre épicurien du genre « carpe diem ». Je prends la vie comme elle vient. Les humains ? je les trouve parfois surprenants mais ce ne sont pas de mauvais bougres et si chacun y met du sien nous pourrons cohabiter longtemps surtout s’ils se contentent de boire de notre lait et renoncent à manger notre viande.

 

Dominique D.

 

Le Puy juillet 2011 164

Petite philosophie d’Elastomère

 

Pourquoi seulement ruminer à longueur de journée ?

Je vois la fourmi qui bosse sans arrêt qui me conseille sans cesse de l’imiter. A quoi bon ?

L’herbe est là tout autour à portée de dents le fourrage m’attend à l’étable. Je me détends je profite. Pourquoi ressasser les vieilles pensées herbeuses ?

Mon équilibre passe par l’instant la joie de surprendre les rires. Mon lait s’en trouve bien meilleur au lieu de se tourner quand je me fais du mauvais sang.

Pourquoi remâcher les vieilles rancoeurs ?

La petite musique de l’inattendu me plait. Un papillon inconnu un printemps tout neuf qui déboule un taureau inespéré qui chamboule mon petit cœur de vache le goût de l’herbe qui change et verdit.

Pourquoi rabâcher encore les mêmes jours de colère ?

La clef du bonheur n’est-elle pas dans la paix ? Juste s’amuser à glaner de petites joies délicieuses dans le soleil qui dorlote la pluie qui adoucit le vent qui caresse.

M’aimer en tant que vache sans me rebattre l’esprit de ce que j’aurais pu être si. Me plaire. Me repaître avec gourmandise du moindre grapillage déguster chaque herbe de mon pré comme autant de bonbons doux.

Pourquoi triturer le passé projeter un futur inconnu ?

Juste confier à la vie la chance d’être vache juste bouger mon corps en swingant pour le plaisir de qui je suis juste faire rire le monde qui m’entoure sans remachouiller d’impossibles idées fanées.

Suis-je rebelle ?

Qu’importe. Je me sens juste belle d’être celle que je suis goûtant la vie sans ruminage avec le plaisir d’exister.

 

Anne Rp.

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