Portraits de vaches
La Raymonde
Sur un petit chemin dans la pénombre du soir de l’été finissant, la Raymonde rentre à l’étable après une longue journée de pré, de soleil, ivre d’herbe verte et de grand air.
Je la suis, c’est ma vache, j’en ai la garde ; j’ai 10 ans, je suis en vacances à la campagne.
Elle est belle ma Raymonde, sa croupe se tortille, son ventre est tout gonflé. Elle roule sa démarche entre les haies, légère. L’odeur du foin coupé monte de la chaleur du jour.
Je passe devant elle pour la voir dans les yeux. Ses longs cils mouillés sur ses gros yeux si doux qui chavirent un peu, font penser à l’ivresse que donne le vin d’ici dans les yeux des humains.
Sa queue indépendante n’arrête pas de chasser des mouches envahissantes par ses flancs attirées. Un épervier curieux qui tournait dans le ciel s’est approché de nous pour saisir quelques miettes
La musique du soir, de sa clochette aussi, envahi le chemin, et son pas si trainant soudain devient alerte. C’est l’appel de l’étable et de la nuit qui vient.
Jocelyne G.
Lolita
Par ma fenêtre, je l'observe dans le pré devant chez moi et je ne m'en lasse pas. Pourtant, il ne se passe pas grand chose dans cet enclos.
Je me demande à quoi elle pense quand elle relève la tête et que ses yeux s'immobilisent sur le lointain où ne passe aucun train.
La plupart du temps, elle a l'air triste.
Quand elle se couche dans la journée, je sais qu'il va pleuvoir demain ou qu'il va faire de l'orage.
Le plus agité chez elle c'est sa queue qui lui sert de chasse-mouches, nombreuses à la fréquenter en été.
A longueur de journée, elle arpente son pâturage nonchalamment. Sa déambulation a parfois une allure langoureuse, chaloupée.
De temps en temps elle pousse un meuglement.
Je la regarde et je la trouve belle. Elle porte une belle robe mauve tachetée de blanc, couleurs du papier d'emballage d'une marque célèbre de chocolat.
A ses oreilles sont accrochés deux pendentifs qui me rappellent les boîtes de crème de gruyère qu'on nous servait à la cantine scolaire.
Lolita, c'est ma vache de rêve qui ressuscite un pan de mon enfance...
Anne Rh.
Normandette
Dans le pré voisin il y a une vache. Je suis actuellement en Normandie et je contemple la nature où tranquillement broute une forme ronde. Cette vache s’appelle « Normandette ».
La personne chez qui je suis me parle d’elle en me disant qu’elle a trois ans et que ses taches sont particulières : très larges sur le dessus formant une carte géographique et que celles-ci ressemblent à la forme de la Normandie, ou presque, d’où son nom : Normandette.
Personnellement j’aime bien voir les vaches lorsque je suis dans le train mais je ne connais pas leur habitude. D’après mon amie, Normandette vit seule pour le moment, elle a donc un pré où elle peut choisir ses repas, ses fleurs préférées, se reposer à l’ombre et boire l’eau de la grande baignoire.
A quoi pense-t-elle ? Nul ne le sait, mais elle a l’air heureuse et profite de sa liberté. Peut-elle se souvenir de sa naissance, du passé? Mon amie me dit que le voisin a l’intention de lui donner une copine. Acceptera-t-elle la compagnie, le partage ?
Il parait que le soir lorsqu’elle en a assez de rester dehors, qu’elle a ruminé suffisamment, elle va jusqu’à la porte de sa grange et on entend des meuh_meuh impatients. Bonne nuit et heureux rêves.
Jacqueline
Précieuse
Précieuse était une grande et belle vache massive et fière aux cornes imposantes au pelage tacheté d’un brun roux doux et brillant. Elle paissait tranquillement avec ses collègues et passait de longues heures à ruminer quelque part en Savoie face au Mont Blanc. Elle avait le regard fier et volontaire et la démarche élégante. Elle secouait souvent la tête de gauche à droite pour chasser les mouches les vaches du troupeau l’imitaient à tour de rôle et cela faisait un joyeux concert de clarines un grand bafouillage musical. Tout cela c’était avant avant qu’on la choisisse avant qu’elle ne devienne l’élue parmi les élues. Pendant de longues heures et de longs jours elle avait été lavée, brossée, pesée, shampouinée, coiffée on lui avait accroché de petits rubans sur les cornes et sur la queue. Puis il y avait eu le voyage en train vers Paris plein de meuglements et de bruits inquiétants. Et elle s’était retrouvée là au milieu de la foule bruyante et tonitruante, fatiguée par cette musique assourdissante. Quel contraste avec le doux tintement des clarines ! Quelle était loin la prairie verdoyante ! Toute la journée les gens la regardaient, la palpaient, la tâtaient et même si elle entendait ça et là des compliments flatteurs, ses grands yeux étaient tristes sous ses cils interminables. Encore une semaine à ce rythme et c’est sûr elle allait déprimer à force de ruminer dans tous les sens du terme. Qu’on ne compte plus sur elle pour le salon de l’agriculture, l’an prochain, c’est sûr, elle se ferait porter pâle.
Dominique D.
Elastomère
ELASTOMERE est une vache facétieuse.
Sa douce couleur parme mitigée la distingue légèrement de ses compagnes de troupeauCependantelle n’est ni plus grande ni plus petite que ses sœurs mais elle a une démarche chaloupée caractéristique qui la fait sortir du lot un heureux tangage genre danseuse de salsa aguerrie qui fait qu’on la remarque que les yeux se plaisent à la regarder traverser tranquille son vert pâturage de brindille en brin d’herbe.
Ce qu’Elastomère préfère par-dessus tout c’est rire d’étonnement. Pour ce faire placidement elle fait de petites blagues innocentes à ses congénères aux humains qui la fréquentent aux animaux de passage.
Ainsi elle fait bafouiller son lait au sortir du pis pour voir la tête surprise du fermier.
Elle fredonne des chansonnettes quand traversent des touristes pour voir leur hébètement interrogatif.
Elle éblouit ses camarades de machouille avec l’éclat du soleil sur sa clochette pétillant dans leurs yeux.
Ce qu’elle aime surtout c’est la nouveauté ressentir l’envie d’ébahir de dérouter de faire tomber des meuh juste comme ça pour rire d’étonnement et repartir en dansant dans les champs d’herbes folles.
Anne Rp.
